Au Mali, Bougouni transforme le lithium en activité industrielle. Au Ghana voisin, Kodal Minerals veut désormais vérifier si un autre permis peut suivre cette voie. Mais entre des échantillons prometteurs et une mine rentable, il reste plusieurs années de travaux, de décisions publiques et de financement.
Du site malien à un nouveau pari ghanéen
Le projet Asamankese se trouve dans l’est du Ghana, à environ 75 kilomètres par la route d’Accra. Son permis couvre 156 km². Le sous-sol appartient à la formation géologique birimienne, présente dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et connue pour ses ressources minérales. Kodal y recherche notamment du spodumène, un minéral qui contient du lithium.
Cette expansion s’inscrit dans une région où les États cherchent à mieux tirer parti de leurs ressources, tout en attirant des capitaux et des compétences. Le Ghana dispose déjà d’un projet avancé à Ewoyaa. En mars 2026, son Parlement a approuvé le contrat minier correspondant, après des discussions sur les conditions de partage des revenus et la place de l’État. Le débat porte aussi sur la manière dont les populations et l’économie nationale bénéficieront de l’exploitation.
Au Mali, Bougouni constitue le précédent opérationnel de Kodal. La mine a commencé à produire du concentré en 2025. L’entreprise a déclaré 80 429 tonnes produites pendant les neuf premiers mois de 2026. Ce concentré est transporté vers le port ivoirien de San Pedro avant son exportation. Le projet associe Kodal, le groupe chinois Hainan Mining et l’État malien, qui détient une participation dans la société exploitante.
Un accord progressif, pas encore une mine
Le 19 octobre 2026, Kodal a annoncé un accord avec la société ghanéenne GH Geo-Consult. La compagnie britannique a acquis une première participation de 10 % dans le projet pour 300 000 dollars. Le partenaire doit encore demander aux autorités ghanéennes le transfert du permis à la coentreprise créée pour mener les travaux.
Kodal pourra augmenter sa part jusqu’à 80 % sur cinq ans, à condition de financer les étapes convenues. Un investissement minimal de 1,25 million de dollars permettrait de viser 30 %. Pour atteindre 60 %, la société devra notamment réaliser une première estimation des ressources. La dernière étape prévoit une étude de faisabilité définitive, document qui évalue les conditions techniques, économiques et environnementales d’une exploitation.
Les premiers résultats de terrain donnent des raisons de poursuivre l’exploration, mais ne permettent pas de conclure à la présence d’un gisement exploitable. Selon les données publiées par Kodal, 95 des 164 échantillons de roche analysés dépassent 1 % d’oxyde de lithium. La teneur maximale annoncée atteint 2,49 %. Deux secteurs, Amantra et Nfranta, sont considérés comme prioritaires. Des forages de reconnaissance au diamant sont prévus avant la fin de 2026.
Ces chiffres décrivent des échantillons prélevés en surface. Ils ne mesurent ni le volume total du minerai sous terre, ni la régularité de sa teneur. Il faudra les confronter aux résultats des forages, puis établir une estimation des ressources. Même après cette étape, une étude de faisabilité et les autorisations nécessaires resteront indispensables avant toute décision de construction.
La valeur ajoutée et les retombées restent à établir
L’expérience de Bougouni peut aider Kodal à organiser les travaux et à mieux appréhender les contraintes d’un projet minier ouest-africain. Mais chaque site a sa géologie, ses infrastructures et ses interlocuteurs publics. La réussite d’une exploitation au Mali ne garantit donc pas celle d’Asamankese. La société pourra aussi suspendre ses dépenses d’exploration tout en conservant les parts déjà acquises, selon les conditions annoncées.
Pour le Ghana, l’enjeu dépasse l’arrivée d’un nouvel investisseur. La question est de savoir quelle part de la valeur créée restera dans le pays : recettes publiques, emplois qualifiés, contrats attribués aux entreprises locales ou transformation du minerai. Le débat autour d’Ewoyaa montre que les modalités de propriété et de partage des revenus sont déjà au cœur des discussions nationales. Asamankese intervient dans ce contexte, mais son accord d’exploration ne préjuge pas des conditions d’une éventuelle mine.
Au Mali, Bougouni montre qu’une production commerciale est possible, mais aussi qu’elle dépend d’un montage associant partenaire étranger et participation publique. Le concentré est exporté par la Côte d’Ivoire, ce qui relie le projet aux infrastructures et aux corridors de transport régionaux. Pour les travailleurs, les fournisseurs et les communes proches du site, les retombées dépendront notamment des recrutements, des achats locaux, des recettes publiques et de la gestion des impacts environnementaux.
Une compétition régionale encore à ses débuts
Les deux projets illustrent des étapes différentes de la chaîne minière : Bougouni produit déjà, tandis qu’Asamankese reste au stade de l’exploration. Pour Kodal, l’accord ouvre une possibilité de croissance au Ghana. Pour les autorités et les communautés, il marque surtout le début d’un processus où les données géologiques, les règles minières et les engagements locaux devront être examinés au fil des étapes.
Les prochains repères sont concrets : le transfert du permis à la coentreprise, le lancement des forages annoncés avant la fin de 2026, puis la publication de leurs résultats. À l’échelle ouest-africaine, la comparaison entre Mali et Ghana portera autant sur la découverte de ressources que sur la capacité à négocier des partenariats, à encadrer les projets et à répartir leurs bénéfices. Pour Asamankese, la première inconnue reste simplement la taille et la qualité d’un éventuel gisement.