Dans les localités éloignées des grands centres, l’enjeu ne se limite pas à tirer des lignes électriques. Il faut aussi rendre le service assez fiable pour qu’un atelier puisse travailler, qu’un centre de santé fonctionne et qu’un ménage utilise effectivement l’électricité au quotidien.

Au Bénin, un nouveau financement vise précisément la distribution : le réseau qui achemine l’électricité jusqu’aux usagers. Mais les résultats dépendront autant des raccordements réalisés que de la capacité à fournir un courant régulier et abordable.

Un réseau à renforcer dans sept départements

Le 13 octobre 2026, le Bénin et la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) ont signé un accord de prêt de 65 millions de dollars pour la deuxième phase du Projet de distribution de l’électricité, PADSBEE II. L’accord a été signé par le président de la BADEA, Abdullah K. Al Musaibeeh, et Hugues Oscar Lokossou, ministre délégué chargé de la mobilisation des ressources extérieures et de la gestion de la dette.

Le programme prévoit d’étendre et de densifier le réseau de la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE), mais aussi de mettre certaines installations aux normes. Les travaux doivent couvrir 127 localités dans sept départements : l’Alibori, l’Atacora, le Borgou, les Collines, l’Atlantique, l’Ouémé et le Plateau.

Les objectifs annoncés comprennent le raccordement de 61 127 ménages, de services publics et de 4 300 très petites entreprises. Des retombées sont également attendues pour la filière cotonnière. Ces chiffres décrivent les cibles du projet ; ils ne constituent pas encore un bilan de réalisations.

La signature intervient alors que l’accès à l’électricité reste inégal. La Banque mondiale estime qu’en 2024, 59 % de la population béninoise avait accès à l’électricité. Ce taux national ne dit toutefois pas, à lui seul, si le service est continu, ni comment les situations diffèrent entre villes et campagnes.

Des raccordements ne garantissent pas, à eux seuls, un service fiable

Le renforcement des lignes de distribution peut rapprocher le réseau des ménages et des activités économiques. Pour les petites entreprises, disposer d’un raccordement stable peut faciliter la conservation des produits, l’utilisation d’équipements ou l’allongement des horaires de travail. Pour les services publics, la continuité de l’alimentation importe aussi au fonctionnement quotidien des écoles et des structures de santé.

Mais l’effet concret dépendra de la réalisation des ouvrages, de leur entretien et de l’approvisionnement en électricité. Un raccordement ne garantit pas automatiquement une alimentation régulière, et le coût du service reste déterminant pour les ménages comme pour les très petites entreprises. Les informations disponibles ne précisent pas le calendrier détaillé des travaux ni les modalités de suivi des raccordements annoncés.

Le prêt s’inscrit dans une trajectoire d’investissement déjà engagée. Le PADSBEE, lancé en 2022, vise plus largement à améliorer l’accès du Bénin à l’énergie électrique. D’autres initiatives, dont le projet Benin Electricity Access Scale-up soutenu par la Banque mondiale, participent également à l’extension des infrastructures. Leur complémentarité et la coordination des chantiers seront importantes pour éviter les écarts entre les réseaux construits et les besoins des localités.

Le pays s’est fixé des objectifs d’accès à l’énergie à l’horizon 2030. À l’échelle africaine, cette priorité rejoint Mission 300, initiative portée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement pour accélérer les raccordements sur le continent. Le défi est commun, mais les réponses doivent tenir compte des réalités propres à chaque réseau national.

Une opération régionale, avec des enjeux locaux

Pour les localités ciblées, les bénéfices ne se mesureront pas seulement au nombre de poteaux ou de compteurs installés. Il faudra observer la qualité de l’alimentation, les délais de raccordement et la capacité des usagers à payer le service. Les ménages, les petites entreprises et les services publics n’ont ni les mêmes usages ni les mêmes moyens.

La dimension territoriale compte également. Les travaux annoncés concernent des départements du nord, du centre et du sud du Bénin. La répartition effective des investissements entre les 127 localités déterminera qui bénéficiera en premier des améliorations et si les zones moins desservies obtiennent une progression mesurable.

Le financement de la BADEA s’ajoute ainsi à un effort plus large de densification du réseau, tandis que les besoins dépassent la seule construction d’infrastructures. Pour les autorités béninoises, l’enjeu sera de transformer les engagements financiers en services utilisables. Pour les partenaires régionaux et continentaux, le PADSBEE II illustre une question centrale de l’électrification en Afrique de l’Ouest : comment faire suivre l’extension du réseau par une fourniture suffisamment fiable pour soutenir les ménages et l’activité économique.

Les prochaines étapes à surveiller sont le démarrage et le calendrier des travaux, puis la publication de résultats vérifiables sur les raccordements et la qualité du service. C’est à cette aune que pourra être évaluée la portée concrète de l’accord signé à Porto-Novo, capitale du Bénin.

Le compte rendu béninois des accords de financement avec la BADEA rapporte les détails financiers et les objectifs annoncés pour PADSBEE II. Les données de la Banque mondiale sur l’accès à l’électricité au Bénin situent le taux national à 59 % en 2024. Le gouvernement béninois documente par ailleurs le lancement du programme PADSBEE et ses objectifs d’infrastructure.