Une hausse de la production ne suffit pas à garantir que l’électricité arrive sans coupure dans les quartiers, les commerces et les entreprises. À Addis-Abeba, l’Éthiopie veut renforcer les maillons du réseau qui transportent et distribuent le courant, alors que la capitale se prépare à accueillir un rendez-vous climatique mondial en 2027.

La capitale au cœur des travaux

Le 13 octobre 2026, le Parlement éthiopien a approuvé un financement concessionnel de 145,8 millions de dollars de l’Association internationale de développement (IDA), le guichet de prêts et de dons du Groupe de la Banque mondiale destiné aux pays à faible revenu. La décision concerne la première phase du projet de réforme et de modernisation du secteur électrique. Les détails du vote et du montant ont été rapportés par l’Agence de presse éthiopienne (ENA) ; les données publiques de la Banque mondiale confirment l’existence d’un programme national de modernisation du secteur, mais ne permettent pas de vérifier séparément cette approbation parlementaire précise.

Les travaux annoncés ciblent surtout le transport et la distribution : extension du réseau, construction de sous-stations, rénovation d’installations existantes et pose de lignes souterraines. Ce sont des infrastructures moins visibles qu’un barrage, mais essentielles pour acheminer l’électricité des centrales jusqu’aux usagers. Les conditions annoncées pour le prêt sont une période de grâce de six ans et un remboursement sur 31 ans, selon les informations présentées au Parlement et relayées par l’ENA.

Le projet accompagne aussi la préparation de la COP32, la conférence des Nations unies sur le climat que l’Éthiopie doit accueillir à Addis-Abeba en 2027. L’ONU et l’Union africaine ont confirmé le rôle de l’Éthiopie comme pays hôte. Pour les autorités, la continuité de l’électricité est un enjeu de fonctionnement pour un événement qui réunira délégations, organisations et médias. Mais les mêmes infrastructures doivent répondre, au-delà du sommet, aux besoins quotidiens d’une capitale en croissance.

Produire davantage ne règle pas tout

L’Éthiopie investit dans de nouvelles capacités de production. Le parc éolien d’Assela, inauguré le 16 avril 2026, ajoute 100 mégawatts au réseau national, selon l’ENA. Le Premier ministre Abiy Ahmed a également déclaré que la capacité installée du pays avait atteint 10 000 MW. Cette annonce est rapportée par l’agence, mais les sources consultées ne fournissent pas de bilan indépendant détaillé permettant de vérifier ce chiffre global.

La progression de l’offre électrique rend d’autant plus nécessaire la modernisation des lignes et des postes. Une centrale peut produire, mais un réseau sous-dimensionné, mal entretenu ou vulnérable aux pannes limite la quantité d’énergie effectivement livrée. La Banque mondiale souligne, dans ses documents sur l’électricité en Éthiopie, que la fiabilité du service et la résilience du réseau restent des défis à traiter en parallèle de l’accès et de la production.

Les chiffres d’accès doivent également être lus avec précision. La Banque mondiale estime que 56,6 % de la population disposait d’un accès à l’électricité en 2024. Un autre indicateur, issu de son cadre à plusieurs niveaux de service, situe à 44 % la part de la population ayant accès à un service au moins élémentaire, selon les résultats préliminaires de l’enquête 2025. Ces mesures ne décrivent pas exactement la même chose : être raccordé ou vivre dans une zone desservie ne garantit ni une alimentation régulière, ni une puissance suffisante.

Le décalage concerne différemment les habitants et les activités économiques. Dans la capitale, les coupures peuvent affecter les commerces, les ateliers, les services numériques et les équipements publics. Les entreprises capables d’investir dans des générateurs ou des solutions de secours disposent d’une marge de protection que les petites structures et les ménages n’ont pas toujours. À l’échelle nationale, les zones rurales restent confrontées à un accès plus limité au réseau, ce qui rend nécessaires des solutions complémentaires, notamment hors réseau.

Un enjeu éthiopien, des connexions régionales

La trajectoire électrique éthiopienne dépasse les frontières nationales. Le pays est membre de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation régionale de la Corne de l’Afrique, et de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). La fiabilité du réseau compte pour l’activité industrielle intérieure, mais aussi pour les échanges d’électricité et les projets d’interconnexion avec les pays voisins. La capacité à transporter l’énergie, pas seulement à la produire, pèsera donc sur la place de l’Éthiopie dans un système régional en développement.

À l’échelle continentale, le chantier rejoint un défi plus large : étendre l’accès tout en améliorant la qualité du service, et le faire avec des réseaux capables d’intégrer davantage de sources renouvelables. L’Union africaine a salué le choix de l’Éthiopie pour accueillir la COP32. L’état de ses infrastructures énergétiques donnera une dimension concrète aux discussions sur la transition et les investissements climatiques, sans que l’accueil du sommet puisse à lui seul mesurer les progrès réalisés.

La prochaine étape sera la mise en œuvre : calendrier des chantiers, choix des sites, décaissement du financement et amélioration observable de la continuité du service. Le prêt approuvé fixe un cadre financier ; il ne constitue pas encore la preuve que les habitants et les entreprises verront moins de coupures. Pour Addis-Abeba comme pour les autres régions, le résultat dépendra de la capacité à transformer les investissements dans le réseau en courant disponible, régulier et accessible.