Un match, un concert ou une salle pleine ne suffisent pas à bâtir une industrie sportive. Il faut aussi des droits commerciaux, des lieux adaptés, des formations et des entreprises capables de faire circuler les revenus localement. C’est sur cette chaîne de valeur que Helios Investment Partners cherche désormais à renforcer sa présence.
Un marché en croissance, mais encore peu financé
Les projections disponibles donnent une mesure de l’opportunité, sans garantir qu’elle se réalisera. Oliver Wyman estime le marché sportif africain à plus de 12 milliards de dollars et envisage un montant supérieur à 20 milliards d’ici 2035. Une autre projection, citée par la Société financière internationale (SFI) et Proparco, table sur un marché qui ferait plus que doubler d’ici 2028. Ces chiffres dépendent des investissements, de la demande et de la capacité à mieux commercialiser les compétitions. Les estimations d’Oliver Wyman sur l’économie du sport en Afrique et les éléments publiés par Proparco sur le financement du secteur soulignent tous deux le potentiel et le déficit de capitaux.
Le manque ne concerne pas seulement les stades. Il touche aussi les centres de formation, la production audiovisuelle, la gestion des droits, la billetterie et l’organisation d’événements. Sans ces maillons, les athlètes peuvent attirer l’attention internationale tandis qu’une part limitée des recettes est captée par les entreprises et les travailleurs du continent.
Les occasions et les contraintes varient selon les pays. Le Nigeria dispose d’un vaste public et d’un écosystème commercial important, tandis que d’autres marchés peuvent s’appuyer sur des compétitions régionales, des salles polyvalentes ou des partenariats avec les diffuseurs. Les conditions d’accès aux capitaux, les infrastructures et les revenus des ménages ne sont toutefois pas les mêmes à Lagos, Nairobi, Johannesburg ou dans les villes secondaires.
Helios assemble plusieurs activités
Helios Sports & Entertainment Group (HSEG) réunit des investissements dans le sport, les événements, le divertissement et les infrastructures. La plateforme compte notamment une participation dans NBA Africa, qui développe les activités commerciales de la ligue nord-américaine sur le continent et participe à la Basketball Africa League, organisée avec la FIBA.
Son portefeuille comprend également Zaria Group, actif dans les infrastructures et l’immobilier de loisirs, ainsi que The Malachite Group, associé à des événements et marques culturelles comme Afro Nation. HSEG a aussi créé une coentreprise avec la Professional Fighters League pour lancer PFL Africa, une ligue d’arts martiaux mixtes. Les informations sur ces participations sont détaillées par Helios dans la présentation de HSEG.
La logique est de rapprocher des actifs qui se renforcent potentiellement : une compétition attire un public, les droits et partenariats génèrent des recettes, et les salles accueillent plusieurs types d’événements. Mais cette complémentarité reste un objectif commercial. Elle ne garantit ni la rentabilité de chaque projet ni une redistribution équitable des revenus.
En 2025, la SFI et Proparco ont annoncé des investissements en fonds propres pouvant atteindre 50 millions de dollars dans HSEG, dont jusqu’à 30 millions pour la SFI et 20 millions pour Proparco. Ce soutien d’investisseurs institutionnels donne à la plateforme des moyens supplémentaires, mais invite aussi à suivre la gouvernance, les rendements attendus et la place des partenaires africains dans les décisions. Le communiqué de Proparco précise les montants annoncés et les secteurs visés.
Le test nigérian : transformer l’intérêt en activité durable
Le Nigeria offre un cas concret pour observer cette stratégie. PFL Africa a annoncé son premier événement dans le pays à Lagos, le 13 juin 2026, au Eko Convention Center. Le programme devait réunir des combattants locaux et internationaux. Cette étape s’inscrit dans une expansion sportive qui ne repose pas uniquement sur le football. L’annonce de PFL Africa situe l’événement et son programme.
Un chiffre d’investissement privé mérite toutefois une attribution précise. En octobre 2025, la Commission nationale des sports du Nigeria a déclaré que son modèle de partenariats public-privé avait attiré plus de 50 milliards de nairas dans l’économie sportive. Des médias nigérians ont relayé ce bilan. Il s’agit d’un chiffre annoncé par l’institution, et non d’une mesure indépendante détaillant les sommes effectivement dépensées, les projets concernés ou les emplois créés. Le ministère nigérian de l’Information rapporte cette déclaration de la Commission nationale des sports.
Pour la population, les retombées dépendront de ce qui se passe au-delà des tribunes. Un événement peut soutenir l’hôtellerie, les transports, la restauration, la sécurité, les techniciens et les vendeurs indépendants. Mais ces gains restent ponctuels si les contrats, les formations et les infrastructures ne débouchent pas sur des activités régulières. Les emplois qualifiés et les opportunités de fournisseurs locaux doivent aussi être évalués, pas seulement le montant des investissements annoncés.
La question de la valeur créée sur le continent
La stratégie de Helios s’inscrit dans une tendance plus large : des investisseurs cherchent à structurer les droits, les événements et les équipements plutôt qu’à financer une seule compétition. Pour les organisations sportives africaines, l’enjeu est de négocier des partenariats qui apportent des capitaux et des compétences sans abandonner la maîtrise des actifs, des données d’audience ou de la propriété intellectuelle.
Ce débat concerne les gouvernements, les fédérations, les entreprises et les collectivités. Les capitales peuvent attirer de grands événements, mais les académies, clubs et petites entreprises des régions ont besoin d’un accès durable aux terrains, aux équipements et aux financements. La croissance du marché ne dira donc pas, à elle seule, qui en bénéficie.
Les prochaines étapes à surveiller sont concrètes : la réalisation des engagements financiers, l’activité effective des ligues, la viabilité des infrastructures et la publication de résultats sur l’emploi local. La projection de 20 milliards de dollars à l’horizon 2035 donne un ordre de grandeur. Le véritable test sera la capacité des acteurs installés dans chaque pays à conserver une part plus importante de la valeur produite.