À mesure que la fibre gagne du terrain en Tanzanie, la qualité de son installation devient un enjeu aussi concret que la vitesse de connexion. Des câbles trop bas ou des poteaux fragilisés peuvent menacer les passants, interrompre le service et compliquer l’entretien des réseaux.

La réponse du régulateur s’inscrit dans une phase d’expansion rapide des infrastructures numériques. Elle pose une question centrale pour les Tanzaniens : comment raccorder davantage de foyers et d’entreprises sans multiplier les installations mal coordonnées ?

Un délai pour corriger les installations jugées à risque

L’Autorité de régulation des communications de Tanzanie (TCRA) aurait accordé 30 jours aux fournisseurs d’accès à Internet pour corriger plusieurs défauts relevés lors d’inspections sur le terrain. L’avis, rapporté le 13 octobre, mentionne notamment des poteaux inclinés, des câbles suspendus trop bas et l’absence de marquage permettant d’identifier les propriétaires des équipements.

À la date de publication, le délai et les constats précis n’ont pas pu être recoupés par un second compte rendu indépendant. Ils sont donc rapportés avec attribution. En revanche, la TCRA a bien publié en 2026 des règles encadrant le déploiement des câbles à fibre optique. Celles-ci couvrent notamment les installations aériennes et souterraines, le partage des poteaux ou des conduits, la maintenance et la gestion des pannes. Les règles officielles de la TCRA sur le déploiement de la fibre donnent ainsi un cadre réglementaire à la croissance du secteur.

Un câble trop bas peut être accroché par un véhicule ou un équipement de chantier. Un poteau instable peut tomber et endommager plusieurs liaisons à la fois. Au-delà du risque matériel, une rupture peut couper l’accès à des services utilisés par les ménages, les commerces et les administrations.

La fibre s’étend, mais reste minoritaire dans le fixe

Les opérateurs accélèrent leurs investissements alors que la demande de connexions plus stables progresse. Yas Tanzania a lancé son offre de fibre à Dodoma après un premier déploiement à Dar es Salaam. Des médias tanzaniens ont confirmé cette extension dans la capitale politique du pays. Le lancement de Yas Fiber à Dodoma illustre la concurrence pour desservir de nouveaux quartiers et entreprises.

À Zanzibar, un accord conclu avec les autorités prévoit, selon le quotidien tanzanien The Citizen, un investissement de 300 milliards de shillings sur vingt ans. Le projet vise les îles d’Unguja et de Pemba et ambitionne de raccorder environ 100 000 foyers au cours de ses trois premières années. Le compte rendu de l’accord entre Yas Fibre et Zanzibar précise qu’il s’agit d’un partenariat avec l’agence locale chargée des infrastructures de technologies de l’information et de la communication.

L’opérateur public TTCL poursuit lui aussi l’extension de son réseau. Les chiffres rapportés dans les informations disponibles évoquent une nouvelle phase destinée à rendre la fibre accessible à 400 000 foyers supplémentaires, avec des objectifs de couverture de 750 000 foyers en juin 2027 puis d’un million en juin 2028. Ces échéances n’ont pas été recoupées ici auprès d’une source indépendante.

Les données attribuées à la TCRA pour la fin mars 2026 donnent une image encore contrastée du marché : environ 590 000 abonnements Internet fixes, dont près de 391 500 sans fil et 198 700 filaires. La fibre n’est qu’une partie de cette dernière catégorie. Autrement dit, l’extension des réseaux est visible, mais les connexions filaires ne dominent pas encore l’accès fixe.

Partager les infrastructures pour limiter les doublons

Le partage des poteaux et des conduits figure parmi les outils prévus par les règles de la TCRA. La mutualisation consiste à permettre à plusieurs opérateurs d’utiliser une même infrastructure, plutôt que de multiplier les équipements sur une rue ou un axe donné. Elle peut réduire l’encombrement et faciliter les inspections, à condition que les responsabilités d’entretien soient clairement établies.

Cette coordination compte particulièrement dans les villes en croissance, où les réseaux télécoms cohabitent avec l’électricité, l’éclairage public et les travaux de voirie. Elle importe aussi hors des grands centres : les coûts d’installation et d’entretien peuvent rendre les zones moins densément peuplées moins attractives pour les opérateurs. Les annonces de couverture nationale ne signifient donc pas que chaque foyer sera raccordable au même moment.

Pour les ménages, l’arrivée de la fibre peut offrir une connexion plus stable, utile au travail, à l’éducation ou aux démarches administratives. Mais la présence d’un câble dans un quartier ne garantit ni un raccordement immédiat ni un tarif accessible. Pour les entreprises, les administrations et les opérateurs, la continuité du service dépend aussi de la qualité des équipements, de leur maintenance et de la clarté des règles de partage.

Un enjeu tanzanien qui dépasse les frontières

La Tanzanie appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), organisation régionale qui rassemble notamment les pays voisins autour d’objectifs d’intégration économique. Les réseaux fiables comptent pour les échanges, les services numériques et les entreprises qui travaillent au-delà des frontières. La coordination des infrastructures nationales constitue donc un élément pratique de cette intégration, même si la mesure rapportée concerne d’abord des installations sur le territoire tanzanien.

La prochaine étape sera de vérifier si les fournisseurs corrigent les défauts signalés et si la TCRA rend compte des suites données. Les règles adoptées en 2026 montrent que le régulateur entend encadrer le déploiement au-delà des seules annonces d’investissement. Pour la Tanzanie, l’enjeu est désormais double : étendre la fibre depuis Dodoma et Dar es Salaam jusqu’à davantage de localités, tout en assurant la sécurité, l’entretien et la continuité des réseaux.