À Ampasindava, dans le nord-ouest de Madagascar, l’étape administrative franchie par un projet de terres rares ouvre une question plus large : qui décidera de ses conditions, et quelles retombées atteindront les communautés voisines ? La réponse ne dépendra pas seulement du permis minier. Les autorisations environnementales, les consultations et le financement restent déterminants.
Un permis formalisé, mais pas encore le feu vert à la construction
Le 12 octobre 2026, la société Harena Rare Earths a annoncé la formalisation du permis d’exploitation d’Ampasindava. L’entreprise affirme que cette étape entérine des engagements sociaux, environnementaux, techniques et financiers convenus avec le ministère malgache des Mines. Elle fait suite à la signature, le 11 août, du cahier des charges minières, qui encadre les obligations de l’exploitant. L’annonce réglementaire de Harena sur Ampasindava précise toutefois qu’un permis environnemental et des plans de gestion doivent encore être obtenus ou achevés avant les travaux d’infrastructure de la phase pilote.
La distinction est importante. La formalisation du permis minier ne signifie pas que la mine commerciale peut démarrer. Harena indique devoir mener l’étude d’impact environnemental et social, ainsi que les consultations publiques prévues dans le cadre réglementaire malgache. Une usine pilote doit ensuite éprouver les méthodes d’extraction et de traitement. Ses résultats alimenteraient une étude de faisabilité définitive, avant toute décision finale d’investissement.
Le calendrier avancé par l’entreprise prévoit une mobilisation de financements et un début de construction en 2027. La production commerciale est visée pour 2028. Ces échéances restent des objectifs d’entreprise, et non des dates garanties par les autorisations déjà annoncées.
Des chiffres prévisionnels et des questions encore ouvertes
Selon les données de préfaisabilité communiquées par Harena, le projet nécessiterait un investissement initial de 142 millions de dollars. La société estime qu’il pourrait produire 71 000 tonnes d’oxydes de terres rares sur vingt ans. Parmi les éléments recherchés figurent le dysprosium et le terbium, utilisés notamment dans certains aimants permanents pour moteurs électriques et équipements électroniques. Ces volumes et coûts restent des estimations techniques : l’usine pilote et l’étude définitive doivent encore en préciser la faisabilité.
Le contexte mondial explique l’intérêt industriel pour ces minerais. Les États cherchent à diversifier l’approvisionnement en matières utilisées dans des technologies de pointe, alors que la séparation et la transformation des terres rares sont très concentrées. Ampasindava pourrait contribuer à cette diversification, mais le gisement ne devient pas pour autant une chaîne locale de valeur. La transformation, les contrats d’achat, les infrastructures et les compétences disponibles pèseront aussi dans la répartition des bénéfices.
Pour Madagascar, l’enjeu est donc de convertir une ressource minérale en recettes publiques, emplois et activités économiques durables, sans reporter les coûts sur les habitants ou les milieux naturels. La capitale, Antananarivo, et les administrations nationales négocient le cadre du projet ; les effets directs, eux, se joueront d’abord dans les localités proches de la presqu’île. Les emplois de chantier peuvent être temporaires, tandis que les besoins en routes, énergie et services peuvent durer. Les revenus attendus dépendront du démarrage effectif, des prix et des prélèvements prévus par la loi.
Les communautés au centre du prochain test
Le désaccord sur la participation locale est déjà public. Le 13 août, le Centre de recherches et d’appui pour les alternatives de développement – Océan Indien (CRAAD-OI) et des organisations malgaches ont contesté la procédure. Ils affirment que des habitants de 18 fokontany, des unités locales de vie administrative, s’opposent au projet et dénoncent l’absence de consultation préalable. Ce sont les affirmations de ces organisations ; elles ne constituent pas, à elles seules, une décision de justice ni une évaluation indépendante des effets du projet. Elles rendent néanmoins incontournable la question de la qualité et de l’accessibilité des consultations à venir. Le communiqué des organisations malgaches sur Ampasindava expose leurs objections.
Cette contestation rappelle que les engagements inscrits dans un cahier des charges doivent être vérifiables sur le terrain. Les habitants ont besoin d’informations compréhensibles sur l’eau, les sols, les terres agricoles, les déplacements éventuels et les mécanismes de plainte. Les autorités, de leur côté, devront expliquer comment les observations seront prises en compte. Une consultation ne se mesure pas au nombre de réunions, mais aussi à la possibilité réelle d’influer sur les décisions.
Le Code minier malgache refondu en 2023 encadre l’exploitation et prévoit notamment des ristournes minières destinées aux collectivités territoriales. Il constitue le cadre légal dans lequel s’inscrit le projet, sans régler automatiquement les questions de transparence ou de partage local. Le texte officiel du Code minier de Madagascar distingue notamment les redevances perçues par l’État et les ristournes réservées aux collectivités.
Un enjeu malgache qui résonne dans la région
Madagascar est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale de coopération économique et politique. Le pays peut ainsi inscrire ses choix miniers dans des échanges régionaux sur le commerce, les infrastructures et la transformation des ressources. La fiche de Madagascar auprès de la SADC rappelle cette appartenance. À l’échelle continentale, Ampasindava pose une question familière à plusieurs pays africains : comment attirer les investissements et répondre à la demande de minerais stratégiques, tout en conservant une part plus importante de la valeur et en protégeant les droits des populations concernées ?
Les prochaines étapes permettront de distinguer l’avancée réglementaire d’un projet réellement prêt à construire. Il faudra suivre l’obtention du permis environnemental, le contenu des consultations, le lancement de la phase pilote et le financement annoncé. Pour les Malgaches concernés, la crédibilité d’Ampasindava se jugera autant à ces garanties concrètes qu’aux promesses de production et de recettes.