Pour un pays enclavé, une nouvelle liaison internationale peut faire plus que raccourcir le trajet des données. Elle peut aussi éviter qu’une panne sur un corridor ne coupe une partie des échanges numériques. Pour les Centrafricains, l’enjeu sera toutefois concret seulement si la fibre atteint les réseaux locaux et si ses gains se traduisent en services accessibles.

Un troisième corridor à l’étude

La République centrafricaine (RCA) dispose déjà de liaisons terrestres vers le Cameroun et la République du Congo. Inauguré en février 2023, le réseau de la Dorsale à fibre optique d’Afrique centrale, ou Central African Backbone (CAB), a installé 935 kilomètres de fibre terrestre et sous-fluviale. Ces tronçons relient notamment Bangui aux réseaux de ses deux voisins. La Banque africaine de développement (BAD) et l’Union européenne ont soutenu le projet.

Cette infrastructure s’inscrit dans une ambition régionale plus large. La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui rassemble six pays d’Afrique centrale, soutient l’interconnexion des réseaux pour renforcer les échanges et l’accès au haut débit. Mais un réseau régional ne garantit pas, à lui seul, une liaison de secours efficace : les routes doivent être opérationnelles et suffisamment indépendantes les unes des autres.

Le 8 octobre 2026, en marge d’une rencontre numérique à Moscou, le ministre centrafricain Roger Andjalandji et son homologue de la République démocratique du Congo (RDC), Augustin Kibassa Maliba, ont évoqué la relance d’une interconnexion par fibre. Le ministre congolais a confirmé la tenue du forum et la présence de représentants centrafricains. À ce stade, aucun calendrier de travaux, tracé précis ni financement du projet n’a été rendu public.

Accéder aux câbles sous-marins par la RDC

La RDC possède des connexions à des câbles sous-marins internationaux. Le communiqué centrafricain présente une liaison terrestre comme un moyen d’acheminer le trafic de la RCA vers le câble sous-marin qui atterrit à Moanda, sur la côte atlantique congolaise. Cette perspective reste à préciser sur les plans technique et commercial : le raccordement à un réseau étranger ne signifie pas que la capacité sera automatiquement disponible à un prix avantageux.

La nouvelle route pourrait compléter les corridors qui passent par le Cameroun et la République du Congo. En cas de coupure, un itinéraire supplémentaire offrirait une solution de repli, à condition que les points de défaillance ne soient pas communs et que les opérateurs disposent de capacité de réserve. La redondance se vérifie dans l’architecture réelle du réseau, pas dans le seul nombre de pays traversés.

La vulnérabilité des infrastructures n’est pas théorique. La matière communiquée évoque des dommages sur des segments du réseau centrafricain en mars 2026, qui auraient perturbé des services télécoms. Faute de confirmation indépendante identifiée pour cet incident, il convient de traiter ce bilan comme une information rapportée, et non comme un fait recoupé.

De la capacité internationale au quotidien

Une liaison supplémentaire peut accroître la capacité disponible et réduire la dépendance à un seul corridor. Mais l’effet sur les abonnés dépend de toute la chaîne : transport jusqu’à Bangui et aux villes de province, réseaux mobiles, qualité de l’électricité, tarifs de gros et concurrence entre fournisseurs. Les zones rurales, souvent plus éloignées des principaux axes, ne profiteront pas nécessairement d’une hausse de capacité internationale sans investissements dans les réseaux domestiques.

Les travaux de la Banque mondiale sur les câbles sous-marins estiment qu’un doublement de capacité peut s’accompagner d’une baisse des prix du haut débit en Afrique subsaharienne. L’ampleur varie selon les marchés et les technologies. Ce résultat régional n’est pas une prévision spécifique pour la RCA : la transmission de ces économies aux particuliers dépend notamment de la concurrence et des conditions d’accès aux infrastructures.

Les chiffres d’accès à Internet doivent également être maniés avec prudence. Le ministère centrafricain aurait estimé en mai 2026 que le taux de pénétration était passé de 15,5 % au début de 2025 à 30 %. La série de la Banque mondiale, fondée sur les données de l’Union internationale des télécommunications, indique pour sa part 14 % d’individus utilisant Internet en 2024. Les périodes et méthodes pouvant différer, ces valeurs ne sont pas directement comparables et ne confirment pas à elles seules une progression récente.

Des décisions encore attendues

Pour concrétiser le projet, Bangui et Kinshasa devront préciser le tracé, les responsables de la construction et de l’exploitation, le partage des coûts, les modalités d’accès à la capacité et les conditions de maintenance transfrontalière. La protection physique des câbles et la coordination entre régulateurs compteront aussi. Ce sont ces choix qui détermineront si la liaison sert plusieurs opérateurs ou demeure dépendante d’un nombre limité d’acteurs.

La portée dépasse les deux capitales. Pour les pays de la CEMAC, la connexion entre réseaux nationaux peut renforcer les échanges numériques régionaux, mais elle suppose des règles d’interconnexion lisibles et des accords durables. Pour les usagers centrafricains — administrations, entreprises, étudiants et ménages — le test sera plus simple : une connexion plus stable, disponible au-delà de Bangui et à un coût soutenable.

Le projet avec la RDC demeure donc une piste de diversification, pas encore une nouvelle route Internet en service. La prochaine étape sera la publication d’engagements vérifiables sur le financement, le calendrier et l’exploitation. Sans ces éléments, le bénéfice annoncé reste potentiel.