À Bamako, un terrain destiné à protéger un aéroport est devenu le centre d’un vaste litige foncier. Le procès attendu le 12 octobre doit examiner comment des parcelles ont été attribuées dans une zone classée au domaine public de l’État, et qui en porte la responsabilité.

Un espace stratégique, des occupations installées

Le domaine de l’aéroport international Modibo-Keïta de Bamako-Sénou est protégé par un décret de 1999. Il couvre environ 7 194 hectares et doit préserver les activités aéroportuaires ainsi que la sécurité des avions et des riverains. L’Office de radio et télévision du Mali a rappelé ce cadre lors des démolitions engagées en janvier 2021.

Pourtant, des habitations, des entrepôts et des installations industrielles ont pris place dans cette emprise au fil des années. Le dossier judiciaire porte sur plusieurs milliers de parcelles. Les chiffres publiés varient selon les documents et les articles : autour de 3 000 lots sont évoqués dans des comptes rendus récents, tandis que le résumé du dossier mentionne environ 3 500. Ces estimations ne doivent pas être confondues avec un décompte définitif établi par le tribunal.

La complexité ne tient pas seulement à la délimitation d’un domaine public. Des occupants ont affirmé avoir reçu des documents administratifs, notamment des autorisations d’occupation temporaire. Le Journal officiel malien a bien publié des arrêtés de ce type pour des parcelles de la zone. La question centrale est donc aussi de savoir comment des actes délivrés par des autorités ont pu coexister avec le classement de l’espace en emprise aéroportuaire.

Ce que la justice doit examiner

L’audience du procès d’Adama Sangaré et de ses coaccusés est annoncée pour le lundi 12 octobre 2026, après deux renvois, les 5 et 8 octobre. L’Agence malienne de presse et de publicité et L’Essor ont confirmé cette nouvelle date. Sangaré, ancien maire du District de Bamako, doit comparaître avec huit coaccusés, selon ces comptes rendus.

Les poursuites portent sur des soupçons liés au morcellement et à la régularisation de terrains dans le domaine aéroportuaire. Les qualifications rapportées comprennent notamment le détournement de deniers publics, le faux et l’usage de faux. Les accusations ne valent pas déclaration de culpabilité : les prévenus contestent les faits et la juridiction doit entendre les parties avant de statuer.

Le montant de 526 millions de francs CFA, cité dans certains récits du dossier au titre de frais d’édilité, doit lui aussi être traité avec prudence. Les comptes rendus plus récents évoquent des évaluations financières différentes, parfois proches de 484 millions, sans toujours préciser les bases de calcul. Ces chiffres ne sont donc pas interchangeables. Le procès devra établir les montants retenus et leur lien éventuel avec les faits poursuivis.

La défense avance, d’après les éléments communiqués, qu’un ancien président malien aurait ordonné le morcellement dans le cadre du processus de réconciliation nationale, notamment pour mettre des parcelles à disposition de responsables de groupes armés du Nord engagés dans le processus de paix. Cette explication relève de l’argumentation des avocats : elle ne constitue pas, à ce stade, une conclusion judiciaire.

Des conséquences au-delà des prévenus

Pour les responsables publics, l’enjeu est la délimitation des compétences entre mairie, services fonciers et autorités nationales. Pour les occupants, la procédure peut remettre en cause des biens construits ou acquis sur la foi de documents présentés comme officiels. Quant aux habitants des quartiers concernés, ils sont directement touchés par les démolitions et l’incertitude sur le statut des terrains. Les conséquences ne se limitent donc pas à l’issue pénale du dossier.

En 2021, des démolitions ont été lancées dans la zone aéroportuaire afin de faire respecter son affectation et de réduire les occupations. L’Agence malienne de presse a rapporté que le gouvernement invoquait les impératifs de sécurité et le classement du domaine. Ce précédent rappelle qu’une décision judiciaire sur les responsabilités individuelles ne réglera pas automatiquement la situation des ménages, des détenteurs de documents ou des constructions déjà réalisées.

Le procès intervient aussi dans une période de recomposition institutionnelle au Mali. Depuis le 29 janvier 2025, le pays ne fait plus partie de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Il demeure membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Le contentieux foncier est d’abord national, mais il touche à des questions de gouvernance, de sécurité des infrastructures et de confiance dans l’administration qui concernent toute la région.

Un test de cohérence administrative

Le dossier met en évidence une tension concrète : l’État a classé une vaste zone pour un usage stratégique, tandis que des parcelles ont été occupées ou régularisées au fil du temps. La justice devra distinguer les décisions prises, les actes effectivement délivrés et les responsabilités de chaque prévenu. Elle devra aussi préciser ce qui relève d’une éventuelle infraction et ce qui découle d’années de décisions administratives contradictoires.

La suite dépendra des débats à l’audience et des pièces examinées. Pour les Maliens concernés, le résultat ne se mesurera pas seulement aux condamnations ou aux relaxes. Il dépendra aussi de la clarté apportée sur le devenir des titres, des occupants et du périmètre réservé à l’aéroport de Bamako-Sénou.