À Asanko, les permis courent désormais jusqu’aux années 2040. Pour les communautés proches de la mine, l’enjeu dépasse la durée d’exploitation : il concerne aussi les emplois, les revenus publics et les effets durables de l’activité minière sur le territoire.

Un actif au cœur d’un secteur en recomposition

La mine d’or d’Asanko se trouve dans la région Ashanti, sur la ceinture aurifère d’Asankrangwa. Galiano Gold en assure l’exploitation. Le groupe détient 90 % de la société minière, tandis que l’État ghanéen conserve une participation de 10 %. Le complexe comprend plusieurs zones d’extraction et une usine capable de traiter 5,8 millions de tonnes de minerai par an.

Le renouvellement intervient dans un secteur qui pèse lourd au Ghana, mais dont la structure évolue. En 2025, la production nationale d’or a atteint 5,94 millions d’onces, selon les données de la Chambre des mines rapportées par la Ghana News Agency. La production des petits exploitants a augmenté, tandis que celle des grandes mines a légèrement reculé. Ainsi, la hausse des volumes nationaux ne profite pas uniformément à tous les segments de l’industrie. Les chiffres de la production aurifère ghanéenne en 2025.

Cette évolution nourrit un débat sur la part de la valeur qui reste dans le pays. À Accra, les autorités cherchent à mieux encadrer la commercialisation de l’or et à renforcer les retombées économiques nationales. Pour les grandes exploitations, la question porte aussi sur la stabilité des règles, les recettes fiscales et les retombées pour les régions minières.

Deux permis prolongés, un plan de mine sécurisé

Le 8 octobre 2026, Galiano Gold a annoncé la prolongation des permis miniers d’Abirem et de Miradani. Selon l’entreprise, le premier est étendu de 15 ans, jusqu’en 2041. Le second est prolongé de 17 ans, jusqu’en 2043. Ces autorisations couvrent des gisements et des infrastructures importants pour le fonctionnement du site. Le communiqué déposé par Galiano Gold sur les permis d’Asanko.

Les secteurs concernés comprennent notamment Nkran et Miradani Nord. L’entreprise indique également que l’usine de traitement et des équipements associés se trouvent dans le périmètre des permis. Leur prolongation apporte donc une visibilité réglementaire à long terme. Elle ne garantit toutefois ni la quantité d’or qui sera extraite, ni la rentabilité future de la mine : ces résultats dépendront des réserves, des investissements, des coûts et des conditions du marché.

Nkran occupe une place particulière dans les projets du groupe. Galiano prévoit d’y développer une troisième phase d’exploitation à ciel ouvert, appelée Nkran Cut 3. L’entreprise situe le démarrage des livraisons de minerai au début de 2029. Son objectif est de dépasser alors 200 000 onces d’or par an. À titre de comparaison, Asanko a produit 121 191 onces en 2025. Pour 2026, la société prévoit une production comprise entre 140 000 et 160 000 onces. Ces données et objectifs sont ceux de l’exploitant, et non des résultats déjà acquis. Les données de production et les prévisions publiées par Galiano.

Le groupe mise aussi sur l’exploration de Nkran et d’Abore pour évaluer le potentiel d’une exploitation souterraine. À Abore, les réserves à ciel ouvert sont épuisées, selon les éléments communiqués par l’entreprise. Cette transition vers d’autres zones et méthodes d’extraction vise à maintenir l’alimentation de l’usine. Elle suppose néanmoins des études techniques, des dépenses et des autorisations supplémentaires.

Les retombées locales restent déterminantes

Pour Galiano, les permis prolongés soutiennent le plan d’exploitation et pourraient faciliter de nouveaux investissements. Pour l’État, une mine durablement active peut contribuer aux recettes publiques, aux exportations et à l’emploi formel. Les effets ne se répartissent cependant pas automatiquement entre Accra, les régions minières et les ménages vivant autour du site. Les emplois directs ne résument pas les retombées : comptent aussi les contrats attribués aux entreprises ghanéennes, les achats locaux, les taxes et la gestion des terres.

La durée annoncée pose également la question du suivi environnemental et social. Une exploitation prolongée implique de surveiller l’eau, les poussières, les résidus miniers et la remise en état des zones exploitées. Les autorités ghanéennes, notamment la Commission des minéraux et le ministère des Terres et des Ressources naturelles, ont un rôle dans l’encadrement du secteur. Les communautés, elles, sont directement concernées par l’accès aux terres, les moyens de subsistance et la qualité de l’environnement. Une prolongation de permis ne dispense pas l’entreprise de ses obligations ni les pouvoirs publics de leur contrôle.

Cette vigilance s’inscrit dans un contexte plus large. Au Ghana, les activités artisanales et à petite échelle représentent désormais une part majeure de la production d’or. Elles offrent des revenus à de nombreux travailleurs, mais soulèvent aussi des difficultés de formalisation et de protection des ressources naturelles. Le défi pour les autorités consiste donc à faire coexister grandes mines encadrées, exploitants locaux et exigences de préservation, sans confondre leurs réalités ni leurs responsabilités.

Un signal à suivre dans la région

Le dossier d’Asanko concerne d’abord le Ghana, mais il rejoint des questions présentes dans toute l’Afrique de l’Ouest : qui contrôle les ressources, qui capte leur valeur et comment les communautés participent-elles aux décisions qui transforment leur territoire ? La CEDEAO, organisation régionale des États ouest-africains, fournit un cadre de coopération économique, même si l’octroi et le suivi de ces permis relèvent d’abord des autorités nationales ghanéennes.

La prochaine étape sera concrète : vérifier si les travaux avancent vers l’échéance annoncée de 2029 et si la production progresse sans relâcher les exigences sociales et environnementales. Le chiffre de 200 000 onces reste une ambition de l’entreprise. Sa réalisation dépendra de l’exécution du projet, des réserves confirmées et des décisions réglementaires à venir. Pour les habitants des zones minières comme pour les finances publiques, la durée des permis n’aura de portée réelle que si les bénéfices et les coûts de l’exploitation sont suivis dans la durée.