Avant de chercher du gaz ou du pétrole, encore faut-il savoir où les recherches ont une chance d’aboutir. Au Maroc, un nouvel accord vise à améliorer cette connaissance du sous-sol. Il intervient alors que la production nationale de gaz reste faible et que les industriels dépendent largement des approvisionnements extérieurs.
Mieux connaître les bassins avant d’attirer les capitaux
Le 7 octobre 2026, Viridien a annoncé un accord-cadre avec l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM). L’entreprise française doit travailler avec l’organisme public marocain sur des données géophysiques et leur analyse. Le dispositif concernerait des bassins sédimentaires terrestres et offshore, c’est-à-dire des formations géologiques où peuvent se trouver des hydrocarbures. Viridien a confirmé l’accord dans son annonce du 7 octobre. Un média économique marocain en a également rapporté les grandes lignes. Les précisions publiées au Maroc confirment que les détails opérationnels restent limités.
Le communiqué ne donne ni la liste des bassins visés, ni la superficie couverte, ni le budget ou le calendrier. Il ne permet donc pas encore de mesurer l’ampleur des travaux. Il s’agit d’un cadre de collaboration, pas de l’annonce d’une découverte ni du lancement confirmé d’un projet d’extraction.
Le modèle dit « multiclient » consiste à acquérir et traiter des données qui pourront ensuite être commercialisées auprès de plusieurs sociétés intéressées. En mutualisant le coût de la collecte, ce système peut réduire la dépense initiale de chaque entreprise. Il ne garantit toutefois ni la présence de ressources exploitables, ni la décision d’investir dans un forage.
L’ONHYM, dirigé par Amina Benkhadra, est l’agence publique chargée des ressources en hydrocarbures et des mines. Pour le Maroc, disposer de données plus détaillées peut aider à mieux présenter ses bassins aux investisseurs. Mais la qualité des informations, leur accès et les conditions des futurs permis compteront autant que leur volume.
Un secteur à relancer, sans promesse de production rapide
La faiblesse de l’offre locale donne à cette initiative un enjeu économique concret. Selon le ministère marocain de la Transition énergétique et du Développement durable, le pays a produit 23,18 millions de mètres cubes de gaz naturel en 2025. Médias24 rapporte, pour sa part, une production de 24 millions de mètres cubes, contre 40 millions en 2024. L’écart peut tenir aux méthodes de comptabilisation ou aux arrondis ; les deux chiffres indiquent une forte baisse. Les données du ministère marocain et le bilan publié par Médias24 situent la production à un niveau modeste.
Cette production ne suffit pas à couvrir les besoins du pays. Le gaz alimente notamment des usages industriels, et toute baisse peut peser sur les entreprises raccordées aux réseaux concernés. En revanche, l’accord de données ne changera pas directement les factures ni l’approvisionnement à court terme : l’exploration précède les forages, puis l’évaluation technique et commerciale d’éventuelles découvertes.
Plusieurs projets illustrent cet écart entre potentiel exploratoire et production effective. Le champ offshore d’Anchois, porté par Chariot, attend encore des financements pour avancer. Dans le bassin de Guercif, au nord-est du pays, la société britannique Predator Oil & Gas a lancé en septembre 2026 un forage d’exploration. Le Desk a rapporté le démarrage des travaux à Guercif. Ces opérations restent des tests : leurs résultats ne préjugent pas d’une exploitation rentable.
Les effets éventuels se répartiraient inégalement. Les administrations et les investisseurs gagneraient d’abord en information géologique. Les industriels pourraient bénéficier, à terme, d’une offre locale plus prévisible, mais seulement si les découvertes débouchent sur des installations et des réseaux adaptés. Les territoires concernés, eux, verraient surtout les conséquences concrètes au stade des campagnes de terrain, des forages et des infrastructures. À ce stade, l’accord ne précise ni les zones retenues ni les retombées locales attendues.
La donnée ne remplace ni l’exploration ni le débat énergétique
Le Maroc cherche à conjuguer sécurité d’approvisionnement et transformation de son système énergétique. Une meilleure connaissance du sous-sol peut soutenir l’exploration, mais elle ne répond pas à elle seule aux arbitrages sur les coûts, l’environnement ou la place des hydrocarbures dans la stratégie nationale. Les ressources envisagées doivent encore être confirmées, et leur exploitation éventuelle dépendra de sa faisabilité économique et des choix publics.
La portée de l’accord dépasse aussi le seul marché marocain. En Afrique du Nord, les projets énergétiques s’inscrivent dans des échanges régionaux et des partenariats internationaux, alors que les relations politiques entre pays du Maghreb freinent depuis longtemps une intégration économique plus poussée. Le Maroc appartient à l’Union du Maghreb arabe, mais l’existence de cette organisation ne signifie pas que les marchés énergétiques régionaux fonctionnent comme un ensemble intégré.
À l’échelle continentale, l’enjeu est celui de la maîtrise et de la circulation des connaissances géologiques. Les partenariats avec des entreprises étrangères peuvent apporter des compétences et des financements. La valeur durable de l’opération dépendra aussi du partage de l’expertise avec les équipes marocaines et de la capacité des institutions nationales à exploiter les données obtenues.
La prochaine étape sera donc moins une annonce générale qu’une série de décisions vérifiables : quels bassins seront étudiés, quand les travaux commenceront, quelles données seront produites et selon quelles conditions elles seront accessibles. Tant que ces éléments ne sont pas publiés, l’accord ouvre une phase de connaissance du sous-sol, pas une nouvelle ère de production gazière.