Un accord énergétique ne crée ni emplois ni recettes à lui seul. Pour Brazzaville et Maputo, l’enjeu est désormais de transformer une coopération annoncée en échanges de compétences, en projets réalisables et en retombées qui dépassent les grandes entreprises du secteur.

Le 7 octobre 2026, les présidents Denis Sassou-Nguesso et Daniel Chapo ont signé à Brazzaville plusieurs instruments de coopération, dont un mémorandum sur les hydrocarbures. Les deux pays ont aussi inscrit à leur agenda l’agriculture, la pêche, le tourisme, l’enseignement supérieur et la gestion des forêts.

Deux trajectoires énergétiques différentes

La République du Congo, dont la capitale est Brazzaville, dispose d’une industrie pétrolière installée de longue date. Le Mozambique, pays d’Afrique australe dont la capitale est Maputo, mise notamment sur le gaz naturel du bassin du Rovuma, au nord-est de son territoire.

Cette différence peut favoriser des échanges complémentaires. Le Congo possède une expérience de production pétrolière et cherche à renforcer la transformation locale de ses ressources. Le Mozambique développe des projets de gaz naturel liquéfié (GNL), un gaz refroidi pour être transporté par navire, ainsi que les infrastructures nécessaires à leur exploitation.

Le mémorandum signé entre les deux États prévoit une coopération couvrant l’exploration et la production de pétrole et de gaz, mais aussi le raffinage, le traitement, le stockage, le transport et la commercialisation des produits. Le ministère mozambicain des Ressources minérales et de l’Énergie indique également que le texte ouvre la voie à des échanges techniques autour du GNL et à un comité mixte chargé de préparer les programmes de coopération. Le détail du mémorandum énergétique Congo-Mozambique reste toutefois à traduire en projets et en responsabilités clairement définis.

Des promesses d’investissement à mettre en perspective

À Maputo, le gouvernement présente le gaz comme un levier de transformation économique. À l’ouverture de la Foire internationale de Maputo, le 31 août 2026, Daniel Chapo a évoqué entre 50 et 60 milliards de dollars d’investissements potentiels dans le secteur gazier sur cinq à dix ans. Ces montants correspondent à des projections présidentielles, et non à des investissements déjà réalisés.

Le chiffre a été rapporté par le média mozambicain 360 Mozambique, qui détaille les projets associés aux groupes Eni, TotalEnergies et ExxonMobil. Le calendrier et le financement de ces projets restent soumis à des décisions d’entreprise, à des conditions de sécurité et à la réalisation d’infrastructures. Les projections gazières présentées par Daniel Chapo doivent donc être lues comme des objectifs, pas comme une garantie de revenus futurs.

Un autre repère concerne le projet Mozambique LNG de TotalEnergies, dans la province de Cabo Delgado. L’Associated Press a rapporté sa reprise en janvier 2026, après l’arrêt décidé en 2021 dans un contexte d’insécurité. L’agence indique que les premières livraisons de gaz sont alors attendues en 2029. La reprise du chantier ne signifie pas que tous les risques locaux ont disparu : les affrontements et les besoins de protection restent des enjeux pour les communautés comme pour les opérateurs.

Pour le Congo, l’objectif annoncé de porter la production pétrolière à 500 000 barils par jour d’ici 2030 témoigne de l’ambition de consolider le secteur. Mais augmenter l’extraction ne règle pas automatiquement la dépendance aux importations de carburants. Le raffinage, les capacités de stockage, les réseaux de distribution et le coût des produits pour les ménages déterminent aussi les effets concrets de la politique énergétique.

Les retombées dépendront des entreprises locales

Les deux gouvernements affichent une volonté de diversifier leurs partenariats. À Pointe-Noire, le ministère congolais du Développement industriel a mis en avant les possibilités de coopération entre acteurs privés, notamment dans l’énergie, les infrastructures, le commerce et l’industrie. Cette ville portuaire joue un rôle central dans les activités pétrolières du Congo ; elle pourrait donc être un point d’ancrage pour les échanges professionnels et logistiques.

Pour les entreprises locales, la question décisive sera l’accès aux marchés des grands projets. La fourniture de pièces, la maintenance, le transport, la restauration industrielle ou la formation technique peuvent ouvrir des débouchés aux petites entreprises. Encore faut-il des règles de contenu local applicables, des appels d’offres accessibles et des compétences adaptées. Sans ces mécanismes, les investissements risquent de rester concentrés autour des opérateurs internationaux et de leurs sous-traitants déjà établis.

Les bénéfices ne se répartissent pas non plus de manière uniforme. Les emplois liés aux plateformes et aux chantiers concernent des bassins d’activité précis, tandis que les recettes publiques doivent financer des services et des infrastructures dans l’ensemble du pays. Au Mozambique, les projets du Rovuma se situent dans une région où l’insécurité a perturbé les communautés et l’activité économique. Au Congo, la dépendance aux revenus pétroliers expose les finances publiques aux variations des cours mondiaux.

Les deux pays partent aussi d’un niveau d’échanges commerciaux modeste. La matière fournie évalue le commerce bilatéral à environ 20 millions de dollars en 2024, sur la base des données de l’Observatoire de la complexité économique. Ce chiffre n’a pas été corroboré ici par une seconde publication indépendante. Il doit donc être attribué à cette base et manié avec prudence, plutôt que présenté comme une mesure définitive du potentiel commercial.

Une commission mixte pour surveiller l’exécution

Le rapprochement s’inscrit dans la relance de la Grande Commission mixte, instance bilatérale qui coordonne les priorités de coopération. Selon l’Agence congolaise d’information, sa première session s’est tenue du 5 au 6 octobre à Brazzaville. Onze projets d’accords ont été finalisés, et les deux parties ont convenu d’un mécanisme de suivi. La prochaine session est annoncée à Maputo en 2028, ce qui donne aux administrations un horizon pour mesurer les avancées.

Cette échéance compte : les accords couvrent aussi des secteurs éloignés des hydrocarbures, comme l’enseignement supérieur, les petites et moyennes entreprises, la pêche et le tourisme. Leur mise en œuvre permettra de vérifier si la coopération se limite aux déclarations présidentielles ou crée des liens durables entre institutions, entreprises et professionnels des deux pays. Le compte rendu de la première commission mixte mentionne d’ailleurs la nécessité d’un suivi et de travaux complémentaires dans d’autres domaines.

Le dossier dépasse ainsi la relation entre deux producteurs d’hydrocarbures. Il pose une question régionale : comment convertir les ressources naturelles en valeur ajoutée, en compétences et en revenus plus largement partagés ? Pour Brazzaville comme pour Maputo, les indicateurs à suivre seront les projets effectivement lancés, les fournisseurs locaux retenus, les formations financées et les infrastructures mises en service. C’est sur ces résultats, plutôt que sur le montant annoncé des investissements, que se jugera la portée du partenariat.