À Boundiali, le potentiel d’une grande mine se mesure aussi à ce qui restera dans la région après les travaux : des emplois qualifiés, des marchés pour les entreprises ivoiriennes et des infrastructures durables. Les premières estimations sont importantes. Mais elles ne disent pas encore quelle part des retombées bénéficiera directement aux habitants.

Un projet aurifère encore en phase de préparation

Situé dans le nord de la Côte d’Ivoire, le projet de Boundiali s’inscrit dans l’essor de l’exploration aurifère du pays. Le gouvernement présente cette découverte comme un gisement majeur. Toutefois, une ressource minérale estimée n’est pas encore une production : le projet doit franchir des étapes techniques, administratives et financières avant l’ouverture d’une mine.

Le 8 octobre 2026, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a reçu à Abidjan les responsables d’Aurum Resources, société australienne qui développe le projet. Le directeur général, Caigen Wang, a évoqué environ 100 tonnes d’or identifiées par les forages. L’agence publique ivoirienne AIP rapporte pour sa part une estimation d’environ 115 tonnes. Ces chiffres sont des évaluations de ressources, et non une quantité d’or déjà extraite ou garantie.

Les documents techniques publiés par l’entreprise évaluent les ressources à 3,22 millions d’onces, soit près de 100 tonnes. Une étude de préfaisabilité publiée en juin 2026 retient une réserve probable de 1,21 million d’onces, distincte de l’ensemble des ressources. Elle prévoit une production cumulée d’environ 1,5 million d’onces sur onze ans. Cette différence rappelle que toutes les ressources recensées ne deviennent pas nécessairement des réserves exploitables.

Des emplois annoncés, leur répartition reste à préciser

Selon les annonces gouvernementales du 8 octobre, la construction pourrait mobiliser 4 200 emplois directs et indirects. L’exploitation en générerait environ 2 200 à partir de 2028. Le calendrier reste prévisionnel : l’entreprise indique viser une première production au premier semestre 2028, tandis que la construction est attendue à partir de la fin 2026.

Ces volumes ne précisent ni la part des postes réservée aux travailleurs ivoiriens, ni leur durée, ni les qualifications demandées. Les emplois indirects peuvent aussi recouvrir des situations diverses : sous-traitance locale, transport, restauration ou prestations spécialisées. Pour les habitants de Boundiali et des localités voisines, la différence entre un emploi temporaire de chantier et un poste durable est concrète.

Le contenu local — la participation des entreprises, des travailleurs et des fournisseurs du pays à un projet — constitue donc un enjeu central. Les autorités ivoiriennes affichent cette priorité dans le secteur minier. Les données officielles indiquent que les emplois miniers sont passés de 8 291 en 2016 à 16 325 en 2024. Cette progression donne une mesure de l’expansion du secteur, mais ne renseigne pas à elle seule sur la qualité des emplois ni sur leur répartition géographique.

À l’échelle locale, les retombées dépendront aussi des contrats accordés aux entreprises ivoiriennes, de la formation professionnelle et des infrastructures réalisées. Le ministre des Mines a évoqué la nécessité de projets structurants capables de bénéficier aux populations au-delà de la durée de vie de la mine. Cela pose une question de suivi : qui choisira ces investissements, selon quels critères et avec quelle transparence ?

Le financement et les autorisations restent décisifs

Boundiali n’a pas encore obtenu le feu vert final à la construction. Aurum indique avoir engagé une étude de faisabilité définitive et viser une décision d’investissement vers la fin de 2026. L’entreprise mentionne également des demandes de permis d’exploitation en cours. Autrement dit, le calendrier annoncé dépend encore des conclusions de l’étude, des autorisations et de la mobilisation des capitaux.

Les montants avancés ne sont pas identiques. L’étude de préfaisabilité d’Aurum chiffre à 342 millions de dollars les dépenses de préproduction. La communication gouvernementale du 9 octobre évoque un investissement d’environ 503 millions de dollars. Ces estimations peuvent couvrir des périmètres différents ; les éléments publics consultés ne permettent pas de les comparer poste par poste. Il est donc préférable de les attribuer séparément plutôt que de les présenter comme un coût unique établi.

La mine s’inscrit dans une trajectoire nationale où l’or prend une place croissante. Pour la Côte d’Ivoire, membre de la CEDEAO, l’enjeu dépasse les recettes d’un seul projet : il touche à la transformation locale, aux compétences et à la capacité de mieux intégrer les fournisseurs nationaux aux chaînes minières ouest-africaines. L’expérience d’autres projets dans le pays montre que les annonces d’emplois et d’investissements doivent être suivies au fil des permis et du chantier.

Pour Boundiali, les prochaines étapes seront donc déterminantes : publication de l’étude définitive, décision d’investissement, délivrance des permis et précisions sur les recrutements locaux. C’est à ces jalons que se vérifiera l’écart entre le potentiel géologique annoncé et les bénéfices économiques effectivement accessibles aux Ivoiriens.