Pour Accra, rejoindre les BRICS ne serait pas une rupture avec ses partenaires actuels, mais une tentative d’élargir sa marge de manœuvre. Le gouvernement ghanéen veut formaliser sa candidature à un groupe devenu plus large, tout en reconnaissant que la décision ne lui appartient pas seul.
Une candidature à construire, pas une adhésion acquise
Le 6 octobre 2026, à Accra, le ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa a annoncé que le Conseil des ministres avait approuvé le principe d’une demande officielle d’adhésion. Il s’exprimait aux côtés de son homologue indien, Subrahmanyam Jaishankar, en visite au Ghana. La candidature n’a pas encore été déposée et son calendrier n’a pas été précisé. La Ghana News Agency rapporte que le gouvernement prépare désormais cette démarche.
Accra a déjà demandé le soutien de New Delhi. Jaishankar s’est dit favorable aux aspirations ghanéennes, mais a rappelé que l’adhésion relève d’un examen collectif des membres. L’appui indien est donc un signal diplomatique, pas une promesse d’entrée. Le groupe décide par consensus, et le Ghana devra convaincre l’ensemble de ses membres. Une dépêche de l’AFP publiée par Arab News confirme cette réserve.
Le sigle BRICS désigne aujourd’hui un forum de coopération entre onze États : le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et l’Indonésie. Le groupe organise des consultations politiques et économiques, mais ne fonctionne pas comme une union douanière offrant automatiquement à ses membres un marché commun ou des avantages commerciaux. La présidence brésilienne des BRICS présente la composition et l’évolution du groupe.
L’élargissement récent donne à la démarche ghanéenne un contexte africain concret. L’Afrique du Sud est membre depuis 2011 ; l’Égypte et l’Éthiopie ont rejoint le groupe en 2024. Le Nigeria et l’Ouganda, eux, ont obtenu le statut distinct de pays partenaires. Cette catégorie permet une coopération avec les BRICS, sans équivaloir à une adhésion pleine. La distinction compte : le Ghana n’a pas encore précisé publiquement quel statut il vise.
Accra cherche des options économiques supplémentaires
Le gouvernement de John Dramani Mahama présente cette initiative comme un moyen de diversifier les relations extérieures et d’attirer des partenariats utiles à l’investissement, à l’emploi et à l’industrialisation. Ablakwa a insisté sur le fait que le Ghana ne comptait pas abandonner ses relations existantes, notamment avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. L’objectif affiché est d’ajouter des interlocuteurs, et non de remplacer les anciens.
Cette précision est importante dans un pays qui cherche à consolider son économie après une période de fortes tensions financières et de restructuration de sa dette. La politique de diversification ne garantit toutefois ni nouveaux financements ni accès privilégié aux marchés. Les BRICS sont un espace de concertation entre gouvernements aux intérêts parfois différents. Pour Accra, les retombées dépendront surtout des accords concrets négociés avec chaque partenaire : investissements productifs, transferts de compétences, débouchés pour les entreprises et transformation locale des matières premières.
Le ministre a mis en avant la volonté de mieux valoriser les ressources ghanéennes au lieu de s’en tenir à leur exportation brute. C’est un enjeu qui touche à la fois l’État, les entreprises et les travailleurs. Une transformation locale plus importante pourrait créer des emplois et retenir davantage de valeur dans le pays, mais elle suppose des infrastructures, des financements, des compétences et une demande suffisante. Une annonce diplomatique ne règle pas ces contraintes.
Les échanges avec l’Inde illustrent déjà la dimension bilatérale de la démarche. Ablakwa a cité New Delhi, Pékin et Brasília parmi les partenaires économiques importants du Ghana. La visite indienne ouvre aussi des discussions dans plusieurs secteurs, mais ces coopérations doivent être distinguées de la candidature aux BRICS : elles peuvent avancer indépendamment de la décision du groupe. Pour les entreprises ghanéennes, l’enjeu sera de transformer les annonces en contrats et en activités locales, au-delà des échanges entre capitales.
Un calcul régional et diplomatique
Le Ghana reste ancré en Afrique de l’Ouest et membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Une éventuelle adhésion aux BRICS ne remplacerait pas ce cadre régional. Elle ajouterait plutôt une autre enceinte diplomatique, à l’heure où plusieurs pays africains cherchent à renforcer leur représentation dans les discussions sur les règles économiques mondiales et les institutions internationales.
Cette stratégie comporte aussi un équilibre à tenir. Accra veut diversifier ses partenariats sans donner l’impression de choisir un camp dans les rivalités entre grandes puissances. Les membres des BRICS ne partagent pas toujours les mêmes priorités, et le groupe ne parle pas d’une seule voix sur tous les dossiers. Pour le Ghana, multiplier les relations peut élargir les possibilités de négociation, mais exige de défendre ses intérêts au cas par cas.
La prochaine étape sera le dépôt formel du dossier, puis son examen par les membres. D’ici là, il faudra observer si Accra précise le statut recherché et quelles priorités économiques elle associe à sa demande. La portée de cette initiative se mesurera moins au symbole d’une candidature qu’aux coopérations capables de soutenir l’emploi, l’industrialisation et une plus grande valeur ajoutée au Ghana.