À Abidjan, quatre projets ont été distingués après huit mois de travail sur leur modèle économique. Leurs secteurs diffèrent — entretien d’articles de luxe, intelligence artificielle, santé et insertion professionnelle — mais ils partent d’une même question : comment transformer une réponse à un besoin concret en activité viable ?

Un programme ancré à Abidjan, dans un écosystème ouest-africain

Le Demo Day de Challenge+ Afrique s’est tenu le jeudi 1er octobre 2026, dans les locaux de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), à Abidjan. Douze entrepreneurs de la promotion 2025-2026 y ont présenté leurs projets, au terme de huit mois d’accompagnement. L’événement a aussi marqué l’accueil d’une nouvelle promotion, celle de 2026-2027.

La capitale politique ivoirienne est Yamoussoukro, mais Abidjan concentre une grande partie des activités économiques et des réseaux entrepreneuriaux du pays. Le programme, lancé en Côte d’Ivoire en 2021, s’inscrit dans un paysage qui dépasse les frontières nationales : Challenge+ Afrique accompagne aussi des porteurs de projets à Dakar. Cette implantation dans deux pôles d’Afrique de l’Ouest donne au dispositif une dimension régionale, sans effacer les réalités propres à chaque marché.

Ce contexte compte. Pour une jeune entreprise, une formation peut aider à préciser une offre, établir des coûts et préparer un plan de développement. Elle ne remplace toutefois ni l’accès au financement, ni les débouchés commerciaux, ni la connaissance des règles applicables dans les pays où l’entreprise souhaite opérer. La présentation devant un jury constitue une étape de visibilité ; elle ne vaut pas, à elle seule, preuve de rentabilité ou de création d’emplois.

Quatre prix, quatre réponses à des besoins différents

Le jury, présidé par Tchancia Yoro et composé de Yénita Bamba, Julien Latouche, Florence Tahiri épouse Fadika et Marie Flore Bationo, a attribué quatre prix au lieu des trois initialement prévus. L’Agence ivoirienne de presse confirme la tenue du Demo Day le 1er octobre et le prix du meilleur business plan remis à Roxane Gnaman-Bamba. Les autres distinctions et la présentation des projets sont également rapportées par des médias ivoiriens.

Le premier prix du meilleur business plan revient à TouchedeLuxe Care, porté par Roxane Gnaman-Bamba. Le projet propose des services et des produits d’entretien destinés aux sacs et accessoires haut de gamme. Il vise un segment précis du marché, où la qualité du service et la fidélisation de la clientèle seront déterminantes.

Le deuxième prix du meilleur business plan distingue Esono, fondé par Kadry Diallo. Cette jeune entreprise développe des solutions d’intelligence artificielle adaptées aux besoins des petites et moyennes entreprises africaines. L’enjeu sera de convertir une offre technologique en outils utiles, accessibles et compatibles avec les moyens des entreprises ciblées.

Le prix Coup de cœur du jury est attribué à Naturazen, porté par le Dr Posset-Kassam. Ce projet de santé intégrée entend proposer des services de diagnostic dans les domaines de la santé et de la beauté. Comme pour toute activité touchant à la santé, son développement dépendra notamment de la qualité des prestations, des compétences mobilisées et du cadre réglementaire applicable.

Enfin, le prix du projet à impact revient à Zakir, cabinet de conseil porté par Eulalie Kouassi. Il accompagne des démarches d’insertion professionnelle et développe des plans visant à renforcer l’impact social. Pour ce type d’activité, l’utilité se mesurera notamment à la capacité de transformer les dispositifs proposés en parcours concrets vers l’emploi.

La formation face à l’épreuve du marché

Les quatre projets illustrent des voies différentes de création de valeur. Certains visent directement des clients et des revenus commerciaux ; d’autres associent prestation de service et objectifs sociaux. Dans les deux cas, les prochaines étapes seront décisives : éprouver la demande, maîtriser les coûts, fidéliser les clients et démontrer que l’activité peut tenir dans la durée.

HEC Paris indique que 93 % des entrepreneurs accompagnés par Challenge+ Afrique depuis plus de cinq ans poursuivent leur aventure entrepreneuriale. Ce chiffre décrit la continuité de l’activité entrepreneuriale, mais ne précise pas, à lui seul, la taille, la rentabilité ou la pérennité des entreprises concernées. En février 2026, Fraternité Matin rapportait également ce taux, ainsi que plus de 340 emplois créés selon les données présentées à l’occasion des cinq ans du programme. Ces indicateurs restent ceux communiqués sur le dispositif ; ils ne mesurent pas directement les résultats futurs des quatre projets primés.

La transmission entre générations d’entrepreneurs a aussi marqué la cérémonie. Tchancia Yoro, ancienne lauréate du prix Coup de cœur, présidait le jury. Esther Dagri, diplômée d’une promotion précédente, animait l’événement. Cette présence d’anciens participants met en avant un réseau professionnel et des expériences partagées, en complément des cours et de l’accompagnement académique.

Une portée régionale à suivre dans la durée

La nouvelle promotion 2026-2027 prend le relais alors que la Côte d’Ivoire cherche à consolider ses entreprises locales et à renforcer les liens économiques ouest-africains. Les projets d’intelligence artificielle, de services, de santé et d’insertion peuvent, en principe, répondre à des besoins présents dans plusieurs pays. Leur extension régionale dépendra cependant de leur capacité à s’adapter aux usages, aux règles et aux conditions de financement propres à chaque marché.

Le prochain indicateur utile ne sera donc pas seulement le nombre de distinctions remises, mais le parcours des entreprises après la scène : activités effectivement lancées, clientèle récurrente, emplois durables et partenariats noués. Le Demo Day donne une visibilité aux porteurs de projets ivoiriens et ouest-africains ; c’est leur mise à l’épreuve du terrain qui dira si les modèles présentés peuvent grandir au-delà de la formation.