À Niamey, la question n’est plus seulement de former davantage de jeunes. Il faut surtout leur transmettre des savoir-faire directement utilisables dans les entreprises, les ateliers et les services. C’est l’objectif affiché d’un nouveau programme de coopération entre le Niger et l’Algérie.
Une formation pensée à partir des besoins du marché
Le 3 octobre 2026, un dispositif destiné à 500 stagiaires nigériens a été lancé à Boumerdès, en Algérie. Les bénéficiaires doivent être formés dans 19 spécialités techniques et professionnelles, réparties dans plusieurs établissements algériens.
Le programme cible notamment l’électricité du bâtiment, la plomberie et la soudure. D’autres filières doivent compléter ce premier ensemble. Le choix des métiers repose, selon les autorités nigériennes, sur une étude de l’Observatoire national de l’Emploi.
Cette méthode cherche à éviter une difficulté fréquente en Afrique de l’Ouest : des formations qui débouchent sur des certificats, mais peu sur des emplois. Le ministère nigérien chargé du Travail prévoit donc un accompagnement au retour. Les modalités précises de cet accompagnement n’ont toutefois pas encore été détaillées.
La cérémonie de lancement a réuni des responsables nigériens et algériens à Boumerdès. L’ambassadeur du Niger en Algérie, Aminou Malam Manzo, a salué l’accueil réservé aux stagiaires nigériens. La formation s’inscrit ainsi dans une coopération bilatérale qui dépasse les échanges diplomatiques et touche directement l’employabilité des jeunes.
Le dispositif concerne une première cohorte de 500 personnes. Il ne constitue donc pas, à lui seul, une réponse à l’ampleur du défi national. Il peut néanmoins servir de test pour mieux relier les centres de formation, les besoins des employeurs et les projets économiques du Niger.
Un marché du travail dominé par l’informel
Les données disponibles expliquent l’urgence de cette orientation. Le bulletin de l’Institut national de la statistique du Niger porte sur les jeunes de 15 à 35 ans suivis dans les huit chefs-lieux du pays.
Au deuxième trimestre 2025, le taux d’emploi de cette population s’établissait à 34,5 %. Le taux de chômage calculé selon les normes du Bureau international du Travail atteignait 25,5 %.
Le chiffre le plus révélateur concerne toutefois la nature des emplois. Selon le même bulletin, 91,3 % des jeunes occupés travaillaient dans l’informel. Ce secteur regroupe des activités indispensables à l’économie quotidienne, mais il offre souvent peu de protection sociale, de stabilité et de possibilités de progression.
La situation est aussi très différente selon le sexe. Le taux d’emploi atteignait 46,9 % chez les hommes, contre 22,1 % chez les femmes au cours de la même période. Une politique de formation efficace devra donc surveiller l’accès des jeunes femmes aux filières techniques, aux stages et aux dispositifs d’insertion.
Le bulletin de l’INS relevait également un taux de 37,4 % de jeunes qui n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation. Cette catégorie, souvent désignée par l’acronyme anglais NEET, signale une rupture avec les parcours classiques d’insertion.
Le retour au Niger sera l’étape décisive
La formation en Algérie ne produira des effets durables que si les compétences acquises trouvent un usage au Niger. Cela suppose d’identifier les entreprises susceptibles de recruter, les chantiers capables d’accueillir des stagiaires et les activités où l’installation à son compte est réaliste.
Pour un électricien, un plombier ou un soudeur, le passage de la formation à l’activité dépend rarement du seul diplôme. Il faut aussi des outils, un accès au crédit, des normes professionnelles claires et une clientèle solvable. Dans les villes, les besoins peuvent venir du bâtiment, de l’entretien des équipements et des réseaux. Dans les régions, ils peuvent être liés à l’agriculture, à l’artisanat, à l’énergie et aux services de proximité.
Le suivi des bénéficiaires permettra de mesurer la portée réelle de l’opération. Il faudra savoir combien d’entre eux auront obtenu un emploi, créé une activité ou rejoint une entreprise après leur retour. Il faudra aussi vérifier si les compétences enseignées correspondent aux équipements et aux méthodes utilisés au Niger.
Cette question est centrale, car une formation conçue sans lien avec les réalités locales peut déplacer le problème plutôt que le résoudre. À l’inverse, un dispositif associé aux employeurs et aux organisations professionnelles peut contribuer à améliorer la qualité des services et la productivité des petites entreprises.
Le Niger dispose déjà d’un réseau de formation en développement. L’Agence Nigérienne de Presse rapportait en juillet 2026 que les établissements publics de formation technique et professionnelle comptaient 96 386 apprenants pour l’année 2025-2026, dont 42 973 filles. Dix-sept programmes avaient alors été élaborés, révisés ou adaptés.
La coopération avec l’Algérie peut donc compléter l’offre nationale. Elle ne devrait pas la remplacer. Son intérêt sera plus grand si elle renforce aussi les formateurs, les programmes et les partenariats entre établissements nigériens et algériens.
Une coopération à replacer dans la nouvelle configuration régionale
Le partenariat intervient dans une Afrique de l’Ouest en recomposition. Le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont officiellement quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, le 29 janvier 2025. Les trois pays développent désormais leur coordination au sein de l’Alliance des États du Sahel, tout en conservant des liens économiques avec leur environnement régional.
Dans ce contexte, les coopérations directes prennent une importance particulière. La formation professionnelle devient un instrument de mobilité des compétences, mais aussi un levier de souveraineté économique. Pour Niamey, l’enjeu consiste à réduire la dépendance à certaines expertises extérieures tout en utilisant les partenariats disponibles.
L’Algérie possède une expérience importante dans l’organisation de la formation professionnelle et dans la mise en place de filières techniques. Pour le Niger, l’intérêt ne réside donc pas uniquement dans l’accueil de 500 stagiaires. Il peut aussi se trouver dans le transfert de méthodes, la formation de formateurs et la création de passerelles entre les deux systèmes.
L’Organisation internationale du Travail souligne de son côté que l’écart entre les compétences enseignées et les besoins des entreprises reste un défi majeur au Niger. Un projet mené avec des formateurs nigériens cherche notamment à développer des programmes fondés sur l’approche par compétences, c’est-à-dire une pédagogie centrée sur la capacité à réaliser concrètement une tâche professionnelle.
La prochaine étape sera donc moins symbolique que pratique. Elle consistera à documenter le parcours des 500 stagiaires, à publier les résultats de leur insertion et à déterminer si le modèle peut être élargi. C’est à cette condition que la coopération entre le Niger et l’Algérie pourra dépasser l’échange de places en formation et devenir un véritable outil de transformation du marché du travail.