À Libreville, la diversification minière ne relève plus d’un simple discours. Elle se joue désormais sur plusieurs projets encore en développement, avec une question centrale : comment transformer les ressources du sous-sol gabonais en revenus, en emplois et en capacités industrielles durables ?

Le projet de potasse de Banio, dans le sud-ouest du Gabon, avance vers une nouvelle étape. En parallèle, l’État cherche à relancer Maboumine, un actif contenant notamment du niobium et des terres rares. Ces deux dossiers élargissent la carte minière d’un pays encore très dépendant du pétrole et du manganèse.

Un secteur extractif concentré sur quelques ressources

En 2023, les activités extractives ont représenté 22,6 % du produit intérieur brut gabonais et 91,2 % des recettes d’exportation, d’après le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives du Gabon. Cette contribution élevée masque toutefois une forte concentration.

Les hydrocarbures ont fourni environ 81 % des revenus extractifs cette année-là. Le secteur minier reste principalement porté par le manganèse, exploité à grande échelle autour de Moanda, et par l’or. Cette structure rend l’économie sensible aux variations des cours mondiaux et limite les effets de la rente sur la transformation locale.

Le gouvernement gabonais cherche donc à élargir la base minière nationale. Une feuille de route consacrée au secteur cite notamment le niobium, les terres rares, l’uranium et le zinc parmi les ressources susceptibles de soutenir une nouvelle phase de développement, aux côtés du manganèse et de l’or.

Banio franchit le cap des études techniques

Le projet Banio est porté par la société canadienne Millennial Potash. L’entreprise prévoit une mise en production à l’horizon 2029, sous réserve de l’aboutissement des études, de l’obtention des autorisations et de la mobilisation des financements nécessaires.

La société a lancé en janvier 2026 une étude de faisabilité définitive. Ce document doit préciser les choix techniques, les coûts d’investissement, les besoins logistiques et la rentabilité du futur site. Une étude d’impact environnemental et social est menée en parallèle.

Les deux travaux doivent être achevés au second semestre 2026. Ils serviront ensuite à préparer une demande de permis d’exploitation auprès des autorités gabonaises. La décision finale d’investissement est, elle, annoncée pour le début de 2027. Ces échéances restent des objectifs industriels et non des garanties de calendrier.

Le projet bénéficie par ailleurs d’un appui financier pouvant atteindre 3 millions de dollars de la Development Finance Corporation américaine. Ce soutien finance les études préparatoires. Il ne constitue pas encore le financement complet de la mine.

La potasse est utilisée dans la fabrication d’engrais. À Banio, Millennial Potash examine un scénario de production pouvant atteindre 800 000 tonnes par an de chlorure de potassium, également appelé MOP. Le site est présenté comme une future source d’approvisionnement pour plusieurs marchés, notamment en Afrique, au Brésil et aux États-Unis.

Cette orientation donne au projet une dimension commerciale internationale. Elle ne doit cependant pas faire oublier les défis propres au Gabon : accès au site, infrastructures portuaires, transport, énergie, gestion de l’eau et insertion dans les économies locales.

Maboumine, l’autre dossier stratégique

Le projet Maboumine occupe une place différente. Il concerne un gisement associé au niobium et aux terres rares. Le niobium entre notamment dans la fabrication d’alliages métalliques résistants. Les terres rares regroupent, quant à elles, plusieurs éléments utilisés dans l’électronique, les aimants et certaines technologies énergétiques.

L’actif a été repris dans le giron de l’État gabonais après plusieurs années sous le contrôle d’Eramet. Depuis 2024, son développement est associé à New Energy Metals Holdings, une société soutenue par des investisseurs basés à Abou Dhabi.

Le 16 février 2026, New Energy Metals et la société minière publique indonésienne PT Perminas ont signé un protocole d’accord. L’objectif annoncé est de conduire de nouvelles études de faisabilité et d’examiner les conditions d’une chaîne de valeur intégrée autour du niobium et des terres rares.

À ce stade, Maboumine n’est donc pas une mine en production. Le protocole ouvre une phase d’évaluation. Il faudra encore établir la qualité et le volume des ressources, déterminer les procédés de traitement, chiffrer les infrastructures et clarifier le montage industriel.

La valeur se jouera au-delà de l’extraction

Pour Libreville, l’enjeu ne consiste pas uniquement à attirer de nouveaux opérateurs. Il s’agit surtout de mieux valoriser les ressources nationales. Une mine peut accroître les exportations sans créer une transformation industrielle significative. Elle peut aussi générer des recettes publiques limitées si les coûts, les exonérations et les mécanismes de partage ne sont pas clairement encadrés.

Le débat porte donc sur la répartition de la valeur. Les autorités devront négocier les conditions fiscales, les obligations d’emploi, la formation des Gabonais et la participation des entreprises locales. Elles devront également suivre les effets sur les territoires concernés, en particulier dans les zones éloignées de Libreville.

Pour les populations, les retombées ne se mesurent pas seulement au nombre de postes créés sur le site minier. Elles concernent aussi les routes, l’accès à l’électricité, les services de santé, les activités commerciales et la protection des moyens de subsistance. Les travailleurs du secteur formel comme les acteurs de l’économie informelle peuvent être touchés différemment par l’arrivée d’un grand projet.

La transparence représentera un autre test. Les contrats, les paiements publics, les dépenses sociales et les engagements environnementaux devront pouvoir être suivis. Le rapport 2023 de l’ITIE Gabon constitue une base utile pour mesurer le poids réel du secteur extractif et les revenus associés.

Un enjeu qui dépasse les frontières gabonaises

Le Gabon s’inscrit dans la dynamique de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, la CEMAC, qui regroupe six pays partageant notamment le franc CFA d’Afrique centrale. La diversification minière gabonaise peut donc influencer les flux régionaux de transport, d’énergie, de services et de capitaux.

Elle intervient aussi dans un contexte de compétition mondiale autour des minerais dits critiques. Cette expression désigne des ressources jugées essentielles pour l’industrie et exposées à des risques d’approvisionnement. Les priorités des États-Unis, de l’Europe et de plusieurs économies asiatiques peuvent faciliter l’accès aux financements. Elles peuvent également renforcer la pression sur les pays producteurs pour sécuriser rapidement les volumes.

Le Gabon devra ainsi éviter de remplacer une dépendance par une autre. La réussite de Banio et de Maboumine se mesurera moins à l’annonce des projets qu’à leur capacité à produire dans des conditions maîtrisées, à diversifier l’économie et à laisser davantage de valeur sur le territoire gabonais.

Les prochaines échéances sont précises : la fin des études de faisabilité et d’impact de Banio au second semestre 2026, puis une éventuelle décision d’investissement au début de 2027. Pour Maboumine, les nouvelles études permettront surtout de déterminer si le potentiel géologique peut devenir un projet industriel viable.