Dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, la mine de Koné passe du chantier à la production. Pour l’État, les collectivités et les communautés voisines, l’enjeu commence maintenant : transformer une richesse souterraine en recettes durables, en emplois qualifiés et en infrastructures utiles.
Une entrée en production plus rapide que prévu
Le groupe canadien Montage Gold a réalisé une première coulée d’or le 26 septembre 2026, dans le district du Woroba. Cette étape intervient environ vingt mois après le lancement des travaux de construction, engagé en décembre 2024.
La société indique avoir traité plus de 400 000 tonnes de minerai depuis l’alimentation du circuit consacré au minerai oxydé, le 8 septembre. La première coulée aurait produit environ 1 140 onces d’or, soit près de 35,5 kilogrammes. Ces données proviennent de communications de l’entreprise et ont été rapportées par plusieurs médias, dont la presse ivoirienne.
La production commerciale doit toutefois monter progressivement en puissance. Le circuit destiné au minerai dur reste en cours de développement. Montage Gold vise une exploitation pleinement opérationnelle au cours de l’exercice 2027, avec une capacité annoncée supérieure aux prévisions initiales.
Lors du Mining Forum Americas 2026, le directeur général Martino De Ciccio a évoqué une production annuelle comprise entre 350 000 et 400 000 onces pendant les dix premières années. L’étude de faisabilité actualisée de 2024 retenait jusqu’ici une moyenne d’environ 301 000 onces par an. Cette nouvelle ambition devra encore être confirmée par les résultats techniques et industriels du site.
Un projet qui change d’échelle pour le secteur minier ivoirien
Le projet Koné est situé dans la région du Worodougou, sur l’axe Batogo-Fadiadougou, entre les départements de Kani et de Dianra. Lors de la pose de la première pierre, le gouvernement ivoirien l’avait présenté comme le premier grand projet minier du pays et comme l’un des plus importants projets aurifères d’Afrique de l’Ouest.
La Côte d’Ivoire cherche depuis plusieurs années à diversifier une économie encore fortement portée par l’agriculture, notamment le cacao. L’or occupe désormais une place croissante dans cette stratégie. La production nationale est passée de 25 tonnes en 2015 à 58 tonnes en 2024, selon des données reprises par plusieurs analyses consacrées au secteur.
Koné arrive donc dans un paysage régional marqué par l’essor de l’or, mais aussi par des changements réglementaires et politiques. La Côte d’Ivoire appartient à la CEDEAO, l’organisation qui réunit plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Elle se présente comme un espace plus stable pour les investisseurs miniers que certains marchés voisins confrontés à des révisions rapides de leurs codes miniers ou à une forte instabilité politique.
Cette attractivité ne garantit pas, à elle seule, une répartition équilibrée de la valeur créée. Elle oblige plutôt les autorités à suivre avec précision les engagements fiscaux, sociaux et environnementaux du projet.
Des recettes publiques liées au prix de l’or
L’État ivoirien détient 10 % du capital de la société d’exploitation, tandis que Montage Gold en détient 90 %. Cette participation publique peut permettre à la Côte d’Ivoire de percevoir des dividendes lorsque la mine dégagera des bénéfices et que ceux-ci seront distribués.
Les recettes publiques proviendront aussi des impôts et des prélèvements miniers. L’étude de faisabilité publiée en 2024 retenait notamment un impôt sur les bénéfices de 25 % et une redevance calculée selon le prix de vente de l’or. Elle estimait à environ 330 millions de dollars les redevances gouvernementales cumulées sur seize années d’exploitation.
Ce montant ne constitue pas une recette garantie. Il dépend du volume réellement produit, du cours de l’or, des coûts d’exploitation, des éventuelles extensions du gisement et du régime fiscal applicable.
La fiscalité a d’ailleurs évolué depuis cette estimation. L’annexe fiscale ivoirienne pour 2025 a relevé les taux de la taxe ad valorem sur l’or. Lorsque le prix de vente de l’once atteint ou dépasse 2 000 dollars, le taux peut atteindre 8 %, contre 6 % dans le barème précédent. La Direction générale des impôts précise que cette modification concerne aussi les conventions minières déjà en vigueur. Le Bulletin officiel de la Direction générale des impôts détaille cette réforme.
La hausse du cours de l’or peut donc accroître les recettes publiques. Elle augmente aussi l’exposition du budget ivoirien aux fluctuations du marché mondial. La performance financière de Koné devra être évaluée sur plusieurs années, et non à partir de la seule première coulée.
Des emplois, mais surtout un enjeu de contenu local
La mine devrait créer plus de 1 000 emplois directs pendant la phase d’exploitation, selon les estimations communiquées lors du lancement du projet. La construction a mobilisé plusieurs milliers de travailleurs, avec une part importante de main-d’œuvre locale annoncée par les autorités et l’entreprise.
Le nombre d’emplois ne suffira toutefois pas à mesurer l’impact de Koné. La question centrale sera celle du contenu local. Elle concerne les entreprises ivoiriennes capables de fournir des équipements, des services de transport, de maintenance, de restauration, de sécurité ou de formation.
La législation ivoirienne prévoit également une contribution au développement local minier. Une fraction du chiffre d’affaires doit alimenter des projets destinés aux communautés concernées. Pour le projet Koné, les premières projections évoquaient plusieurs dizaines de millions de dollars sur la durée de vie initiale de la mine, tandis que le gouvernement avait annoncé près de 19,8 milliards de francs CFA pour des infrastructures socio-économiques et communautaires.
Dans les zones rurales, l’effet concret dépendra de la transparence des décaissements et du choix des projets. L’accès à l’eau, aux soins, à l’éducation, aux pistes rurales et à l’électricité pèsera davantage dans la vie quotidienne que les montants annoncés dans les documents financiers.
Le prochain test sera celui de la durée
Koné renforce les ambitions de la Côte d’Ivoire dans l’or. Il peut soutenir les recettes publiques, stimuler les fournisseurs locaux et renforcer l’activité économique dans le Woroba. Il peut aussi contribuer à l’objectif national de rejoindre les principaux producteurs africains.
Mais la réussite du projet se mesurera à d’autres indicateurs : respect des engagements environnementaux, sécurité des travailleurs, indemnisation des personnes affectées, accès des entreprises ivoiriennes aux marchés et publication régulière des paiements versés à l’État.
La prochaine échéance sera la montée en régime de la production commerciale en 2027. Les autorités devront également préciser l’évolution du cadre minier national, alors qu’une réforme du Code minier est attendue. Pour la Côte d’Ivoire, le défi n’est donc plus seulement de produire davantage d’or. Il consiste à faire en sorte que cette production consolide durablement l’économie nationale et les territoires qui portent la mine.