En Côte d’Ivoire, l’accès au crédit reste un passage décisif pour les entreprises dirigées par des femmes. À Abidjan, un partenariat entre NSIA Banque Côte d’Ivoire et la Banque africaine de développement (BAD) cherche à réduire cet obstacle en combinant financement, garantie et accompagnement.
Un dispositif conçu pour dépasser le simple prêt bancaire
Le 24 septembre 2026, NSIA Banque Côte d’Ivoire a accueilli une délégation de la BAD, du programme We-Fi et de plusieurs institutions financières partenaires. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre d’une visite consacrée aux résultats de l’initiative AFAWA, pour « Affirmative Finance Action for Women in Africa », un programme panafricain destiné à améliorer l’accès des femmes entrepreneures au financement.
La démarche ne repose pas uniquement sur la mise à disposition de crédits. Elle associe des solutions financières adaptées, un suivi de proximité et une meilleure prise en compte des contraintes propres aux petites et moyennes entreprises (PME) dirigées par des femmes.
Pour les banques, l’enjeu consiste notamment à mieux évaluer des entreprises qui disposent parfois de peu de garanties classiques, mais qui présentent un potentiel de croissance réel. Pour les entrepreneures, l’objectif est d’obtenir des ressources suffisamment importantes pour acheter des équipements, renforcer la production ou conquérir de nouveaux marchés.
La Garantie AFAWA joue ici un rôle de partage du risque. Elle permet aux institutions financières partenaires de soutenir davantage d’entreprises féminines, y compris lorsque celles-ci ne répondent pas entièrement aux critères habituels de financement.
Vingt PME financées pour 2,219 milliards de FCFA
Depuis le lancement du partenariat, 20 PME dirigées par des femmes ont obtenu des financements d’un montant cumulé de 2,219 milliards de FCFA, soit environ 3,84 millions de dollars. Ce bilan a été présenté lors de la visite du 24 septembre 2026.
Les entreprises concernées évoluent dans des secteurs variés. La restauration, le transport, l’agro-industrie, le commerce, le bâtiment et les travaux publics, les services, l’éducation et la distribution figurent parmi les activités représentées.
Cette diversité est importante. Elle montre que l’entrepreneuriat féminin ivoirien ne se limite pas à quelques métiers traditionnellement associés au commerce de proximité. Les femmes investissent aussi dans la production, la construction, la logistique, l’éducation et les activités liées aux chaînes de valeur alimentaires.
Selon la BAD, les bénéficiaires ont utilisé ces ressources pour accroître leurs capacités de production, acquérir du matériel, diversifier leurs offres et accéder à de nouveaux débouchés. Certaines ont également créé des emplois. Toutefois, le bilan publié ne détaille pas le nombre total d’emplois générés ni la répartition des financements par secteur.
La rencontre a notamment permis d’échanger avec Ariane Monney, responsable du restaurant et établissement hôtelier Casa Èkwa, Yvette Yelematou Soro, dirigeante de l’entreprise de construction Lemias Engineering, et Blandine Koffi, fondatrice de Poisson d’Afrique dans le secteur de la pêche.
Un enjeu qui dépasse la Côte d’Ivoire
Le partenariat prend place dans un contexte continental marqué par un déficit persistant de financement. La BAD estime à 42 milliards de dollars l’écart d’accès au financement entre les femmes et les hommes entrepreneurs en Afrique. Cette estimation couvre plusieurs secteurs et chaînes de valeur, dont l’agriculture.
La banque africaine explique ce déficit par plusieurs facteurs. Les femmes disposent moins souvent de garanties exigées par les établissements financiers. Elles rencontrent aussi des difficultés pour formaliser leurs activités, présenter des états financiers ou accéder à des réseaux commerciaux. De leur côté, certaines banques manquent encore d’outils pour évaluer correctement les besoins et les risques des entreprises féminines.
AFAWA répond à ces difficultés sur trois fronts : l’accès au financement, le renforcement des capacités et l’amélioration de l’environnement des affaires. Le programme travaille donc avec des banques, des organisations d’accompagnement et des acteurs publics.
Le programme We-Fi, ou Women Entrepreneurs Finance Initiative, complète cette approche. Cette initiative internationale soutient des projets destinés à lever les obstacles financiers et non financiers rencontrés par les entreprises détenues ou dirigées par des femmes dans les pays en développement.
La place de l’initiative dans l’économie ivoirienne
En Côte d’Ivoire, l’accès des femmes au capital concerne directement la transformation du tissu productif. Les PME jouent un rôle important dans la création d’activités, mais beaucoup restent de petite taille et disposent de marges financières limitées.
Dans la capitale politique, Yamoussoukro, comme à Abidjan et dans les autres pôles économiques, les difficultés ne sont pas identiques. Les entreprises proches des sièges bancaires et des grands marchés bénéficient généralement d’un meilleur accès à l’information. À l’inverse, les entrepreneures installées dans les villes secondaires ou les zones rurales doivent souvent composer avec des coûts logistiques plus élevés, une offre bancaire moins dense et des réseaux commerciaux plus restreints.
Le financement ne suffit donc pas à lui seul. Une entreprise peut obtenir un prêt et rester fragilisée si elle ne maîtrise pas sa comptabilité, si ses fournisseurs sont irréguliers ou si elle ne dispose pas d’un accès stable aux marchés. C’est pourquoi NSIA Banque met en avant l’accompagnement de proximité associé au crédit.
« Nous sommes convaincus que les femmes entrepreneures jouent un rôle déterminant dans le développement économique de notre pays », a déclaré Sékou Chérif Sanogo, directeur général adjoint de NSIA Banque Côte d’Ivoire. Il a également assuré que la banque entend proposer des solutions adaptées et un accompagnement local pour favoriser le développement durable des entreprises.
Cette orientation rejoint les appels régulièrement lancés par les autorités ivoiriennes en faveur d’une mobilisation accrue du secteur privé et des institutions publiques. Elle s’inscrit aussi dans les priorités de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui cherche à renforcer l’intégration économique régionale et la participation des femmes aux échanges et à la création de valeur.
Le prochain test : mesurer la durée des résultats
Le premier bilan est positif sur le volume de financements annoncés. Il reste toutefois à mesurer la solidité des entreprises bénéficiaires dans le temps. Le suivi devra porter sur la croissance du chiffre d’affaires, la capacité de remboursement, la création d’emplois et la présence des entreprises sur de nouveaux marchés.
Il faudra également vérifier si le mécanisme atteint des entrepreneures installées en dehors d’Abidjan. Une concentration des financements dans la capitale économique limiterait la portée territoriale du dispositif, alors que les activités agricoles, commerciales et artisanales se développent dans l’ensemble du pays.
Le partenariat prévu entre NSIA Banque Côte d’Ivoire et la BAD court jusqu’au 22 février 2029, selon les éléments communiqués dans le cadre du programme. D’ici cette échéance, l’enjeu sera de transformer les financements individuels en une dynamique plus large : davantage d’entreprises formalisées, des chaînes de valeur mieux structurées et une participation accrue des femmes à l’économie ivoirienne.
À l’échelle africaine, l’expérience ivoirienne servira aussi de point de comparaison pour les autres institutions financières partenaires d’AFAWA. La question centrale ne sera pas seulement de savoir combien de crédits ont été accordés, mais combien d’entreprises auront réellement changé d’échelle.