Au nord-ouest du Mozambique, un même gisement pourrait bientôt intéresser plusieurs segments de l’industrie mondiale. À Monte Muambe, le projet ne porte plus seulement sur les terres rares. Il vise aussi le spath fluor, un minerai discret mais essentiel à la fabrication de produits chimiques, de réfrigérants, d’acier et de composants liés au nucléaire.
Cette diversification donne au site mozambicain une nouvelle importance stratégique. Elle attire l’attention des États-Unis, qui cherchent à réduire leur dépendance aux importations de minerais critiques. Pour le Mozambique, l’enjeu est différent mais tout aussi concret : transformer une ressource géologique en activité industrielle, en emplois qualifiés et en recettes nationales.
Monte Muambe change d’échelle
Le 28 septembre 2026, NeoTerra Group a annoncé avoir demandé une subvention de 5 millions de dollars au titre du programme américain U.S.-Africa Strategic Investment. La société britannique veut financer de nouveaux travaux sur le volet consacré au spath fluor du projet Monte Muambe, situé dans la province de Tete.
La demande ne constitue pas encore un financement accordé. Elle doit permettre d’évaluer une opération plus importante que le projet initial, dont la capacité envisagée atteint 50 000 tonnes de spath fluor par an. NeoTerra affirme vouloir augmenter la ressource estimée en fluorure de calcium, ou CaF₂, de 716 000 tonnes contenues à 4 millions de tonnes.
Le programme proposé comprendrait également une étude du marché régional et international du spath fluor. Il examinerait enfin la possibilité d’installer au Mozambique une unité de production d’acide fluorhydrique. Cette étape est importante : elle permettrait de ne pas limiter la valeur du projet à l’extraction et à l’exportation du minerai brut.
Les données publiées par NeoTerra sur le projet Monte Muambe indiquent une ressource minérale conforme au standard JORC de 3,48 millions de tonnes à 20,6 % de CaF₂, ainsi qu’une cible d’exploration supplémentaire. Il s’agit de ressources et de cibles géologiques, non d’une production déjà disponible.
Un soutien américain déjà engagé sur les terres rares
La nouvelle demande s’inscrit dans une relation déjà établie entre le projet et Washington. En février 2026, l’Agence américaine du commerce et du développement, ou USTDA, a signé un accord de subvention de 1,875 million de dollars avec Monte Muambe Mining.
Cette première enveloppe finance une étude de préfaisabilité sur les terres rares. Une étude de préfaisabilité sert à mesurer, avant une décision d’investissement, la faisabilité technique, économique, financière et environnementale d’un projet minier.
Selon les documents de l’USTDA, le projet pourrait viser une production annuelle d’environ 15 000 tonnes de carbonate mixte de terres rares. Ce produit contiendrait notamment du néodyme, du praséodyme, du dysprosium et du terbium, des éléments utilisés dans les aimants permanents, l’électronique et certaines applications industrielles et militaires.
Le soutien américain répond à une préoccupation de sécurité d’approvisionnement. Le spath fluor figure parmi les minéraux considérés comme critiques par les États-Unis. D’après le rapport 2026 de l’US Geological Survey, les États-Unis restent dépendants à 100 % des importations nettes pour leur consommation de spath fluor, hors ventes issues de stocks ou de sous-produits.
La Chine demeure le premier producteur mondial. Les données de l’US Geological Survey lui attribuent environ 6 millions de tonnes de production en 2025, soit près des deux tiers du total mondial estimé dans les données disponibles. Cette concentration alimente la volonté américaine de diversifier ses fournisseurs, même si la Chine ne représente pas la totalité des importations américaines.
Pour Maputo, la question est celle de la valeur créée
Le projet Monte Muambe arrive dans une période où le Mozambique cherche à mieux tirer parti de ses ressources naturelles. Le pays produit déjà du charbon, du graphite, du titane et du gaz naturel. Toutefois, l’exploitation de ces ressources ne garantit pas automatiquement une transformation locale ni une redistribution suffisante des revenus.
Le spath fluor peut ouvrir une autre voie. Une mine de 50 000 tonnes par an créerait une activité industrielle nouvelle, mais l’installation éventuelle d’une unité d’acide fluorhydrique modifierait davantage l’équation. Elle nécessiterait des compétences techniques, de l’énergie, des infrastructures et des normes strictes de sécurité. En contrepartie, elle pourrait retenir une part plus importante de la valeur au Mozambique.
Cette ambition rejoint les priorités de la Communauté de développement de l’Afrique australe, ou SADC. Cette organisation régionale défend le développement de chaînes de valeur dans lesquelles les minerais sont transformés, au moins partiellement, dans la région. Le Mozambique pourrait ainsi devenir un point d’approvisionnement, mais aussi un maillon industriel pour l’Afrique australe.
Les effets ne seraient pas identiques pour tous les acteurs. Les investisseurs chercheraient une ressource suffisamment abondante et rentable. Les autorités de Maputo devraient sécuriser les recettes fiscales, les règles environnementales et la participation des entreprises mozambicaines. Dans la province de Tete, les attentes porteraient surtout sur les emplois, les infrastructures et les retombées pour les communautés proches du site.
Le nouveau cadre mozambicain renforce cette attente. Le ministère des Ressources minérales et de l’Énergie publie désormais une loi minière actualisée ainsi qu’une loi sur le contenu local adoptée en 2026. Ces textes doivent être observés dans leur application concrète : accès des entreprises nationales aux marchés, formation, sous-traitance et transparence des revenus.
Un projet encore soumis à plusieurs conditions
La demande de 5 millions de dollars ne vaut pas décision finale. NeoTerra doit encore démontrer que l’augmentation de la ressource est techniquement réalisable et économiquement justifiée. Elle devra aussi préciser les coûts de traitement, les besoins en eau et en énergie, les conditions logistiques et les mesures de protection de l’environnement.
Le calendrier annoncé prévoit la poursuite de l’étude de cadrage pour l’opération de 50 000 tonnes par an. NeoTerra vise une décision finale d’investissement d’ici la fin de 2026 et évoque un début possible des travaux de construction en 2027. Ces échéances restent dépendantes des résultats techniques, des autorisations et de la mobilisation des capitaux.
Pour le Mozambique, Monte Muambe dépasse donc la seule question d’un financement américain. Le dossier teste la capacité du pays à négocier sa place dans les nouvelles chaînes mondiales des minerais critiques. Pour la SADC, il pose aussi la question de la transformation régionale des ressources. Quant aux États-Unis, ils devront arbitrer entre la sécurisation rapide des approvisionnements et le soutien à un projet encore en phase de développement.
Les prochaines étapes seront décisives : décision américaine sur la subvention, résultats des forages, évolution de la ressource, études métallurgiques et choix sur une éventuelle production d’acide fluorhydrique. C’est à ce moment que Monte Muambe pourra être évalué non plus comme une promesse géologique, mais comme un véritable projet industriel mozambicain.