Dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, l’or entre dans une nouvelle phase. La mine de Koné a produit ses premières onces le 26 septembre 2026, avant même l’achèvement de toutes ses installations. Pour l’État ivoirien, cette mise en route confirme le poids croissant du secteur minier dans une économie encore largement portée par l’agriculture.
Un projet situé au cœur de la nouvelle carte minière ivoirienne
Le gisement de Koné se trouve dans les départements de Kani et de Dianra, dans la région du Worodougou. Le site est exploité par la société canadienne Montage Gold, à travers sa filiale ivoirienne. La première pierre avait été posée le 18 décembre 2024, en présence du ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie.
Le projet s’inscrit dans la stratégie d’Abidjan visant à diversifier les revenus nationaux. La production d’or ivoirienne est passée de 23,54 tonnes en 2015 à 59,124 tonnes en 2024, selon le portail officiel de promotion de l’économie ivoirienne. Les autorités ont annoncé une production de 59,33 tonnes pour 2025 et visent désormais le seuil des 100 tonnes au cours de la prochaine décennie.
Le gouvernement ivoirien souhaite également faire du pays le premier producteur africain d’or à l’horizon 2035. Cette ambition place la Côte d’Ivoire en concurrence avec le Ghana, premier producteur du continent selon les années, mais aussi avec le Mali, le Burkina Faso et la Tanzanie, dont les industries aurifères disposent déjà d’une longue expérience.
Une première coulée obtenue avant la pleine capacité
Montage Gold a annoncé le 27 septembre 2026 avoir réalisé la première coulée d’or de Koné. Environ 1 140 onces, soit près de 35,4 kilogrammes, ont été produites à partir du circuit consacré au minerai oxydé. Ce minerai, plus proche de la surface et généralement plus simple à traiter, permet de démarrer l’exploitation avant la mise en service complète des équipements destinés à la roche dure.
La compagnie indique que plus de 400 000 tonnes de minerai avaient déjà été traitées depuis l’introduction du minerai dans le circuit oxydé, le 8 septembre 2026. La production commerciale de cette première unité est attendue au quatrième trimestre 2026. Le circuit de traitement de la roche dure doit, lui, être achevé au deuxième trimestre 2027.
Le projet représente un investissement d’environ 712 millions de dollars. Son étude de faisabilité prévoit une durée de vie de seize ans et une production annuelle supérieure à 300 000 onces durant les huit premières années. Le gisement principal de Gbongogo doit entrer progressivement dans le dispositif, avec plusieurs gisements satellites annoncés pour 2027.
Ces données décrivent une montée en puissance, et non encore le régime permanent de la mine. La première coulée constitue une étape industrielle importante. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, de mesurer la production annuelle réelle. Celle-ci dépendra de la stabilité des installations, de l’alimentation régulière de l’usine et de la qualité du minerai extrait.
Des emplois et des attentes dans les territoires
Selon Montage Gold, la construction a généré environ 3 600 emplois directs. Plus de 95 % de ces postes auraient été occupés par des ressortissants ivoiriens. La compagnie prévoit aussi environ 1 500 emplois permanents pendant la phase d’exploitation.
Pour les populations de Kani, de Dianra et des localités voisines, l’enjeu ne se limite pas au nombre d’emplois. Les attentes concernent également les contrats attribués aux entreprises locales, la formation technique, l’accès aux infrastructures et la redistribution des revenus miniers. Dans les zones rurales, ces retombées peuvent modifier les équilibres économiques, mais elles créent aussi une forte demande de transparence.
Le précédent des grands projets miniers ivoiriens montre que la présence d’une mine transforme rapidement les besoins en logement, en transport, en eau et en services publics. La pression peut aussi s’accentuer sur les terres agricoles et les activités informelles. Le suivi des indemnisations, de la sécurité au travail et de la réhabilitation des sites sera donc déterminant sur la durée.
La Côte d’Ivoire doit par ailleurs contenir l’orpaillage illégal. Le gouvernement estime que les circuits clandestins feraient sortir chaque année du pays des volumes d’or très importants, avec des pertes fiscales et environnementales considérables. L’essor de l’exploitation industrielle ne fera pas disparaître automatiquement cette activité. Il devra s’accompagner d’un contrôle effectif des territoires et de solutions économiques pour les communautés concernées.
Un enjeu national, mais aussi ouest-africain
La montée en puissance de Koné intervient dans une Afrique de l’Ouest où les États cherchent à mieux capter la valeur de leurs ressources. La Côte d’Ivoire est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Cette organisation favorise la coopération régionale, même si les politiques minières restent principalement nationales.
Dans la sous-région, les investisseurs observent avec attention l’évolution des cadres réglementaires, de la fiscalité et des relations entre les compagnies et les États. La Côte d’Ivoire met en avant la stabilité de son environnement d’affaires et une stratégie ouverte aux capitaux privés. En retour, la question du contenu local et de la transformation des matières premières devient de plus en plus centrale.
La progression de la production ivoirienne ne dépendra donc pas d’une seule mine. Elle reposera sur l’entrée en production de nouveaux projets, l’amélioration des sites existants, la lutte contre les circuits clandestins et la capacité de l’État à obtenir davantage de retombées économiques. Le projet de Koné peut accélérer cette trajectoire, mais il ne la garantit pas.
Les prochaines échéances seront concrètes : la production commerciale du circuit oxydé avant la fin de 2026, l’achèvement du circuit de roche dure au deuxième trimestre 2027, puis la montée en régime des gisements de Gbongogo et des satellites. C’est à ce moment que la Côte d’Ivoire pourra mesurer la contribution réelle de Koné à son objectif de 100 tonnes d’or et à son ambition de devenir une puissance aurifère majeure du continent.