À Maamba, dans la province méridionale de la Zambie, une nouvelle centrale solaire commence à injecter de l’électricité dans le réseau national. Ce premier apport de 100 MW intervient alors que Lusaka cherche à réduire la vulnérabilité d’un système encore largement dépendant des barrages.
Un virage énergétique accéléré par la sécheresse
La Zambie produit historiquement l’essentiel de son électricité grâce à l’hydroélectricité. Cette spécialisation a longtemps soutenu l’industrie minière, les activités urbaines et l’électrification progressive du pays. Elle expose toutefois le réseau aux variations des pluies et des niveaux des réservoirs.
La sécheresse de 2023-2024 a rendu cette fragilité très concrète. Le gouvernement zambien avait alors indiqué que l’hydroélectricité représentait environ 85 % de la capacité installée. À la mi-mai 2024, le niveau d’eau disponible pour la production à Kariba ne permettait plus de mobiliser qu’une fraction de la puissance théorique de la centrale concernée.
La baisse de la production des barrages a entraîné des délestages prolongés. Les ménages ont dû adapter leurs usages, tandis que les petites entreprises, les ateliers et certains sites industriels ont utilisé des groupes électrogènes ou réduit leur activité. Le secteur minier, essentiel aux recettes d’exportation zambiennes, a également été exposé à ces perturbations.
Cette crise a renforcé l’intérêt d’un mix énergétique plus équilibré. Le plan intégré de développement de l’électricité, approuvé par les autorités zambiennes, prévoit ainsi de combiner solaire, éolien, thermique et hydroélectricité. L’objectif n’est pas d’abandonner les barrages, mais de limiter le risque créé par une dépendance excessive à une seule ressource.
Maamba, une centrale de 100 MW en phase de mise en service
Le projet solaire de Maamba a commencé à injecter ses premiers kilowattheures dans le réseau national le 24 septembre 2026. Cette étape marque le début de la phase de mise en service, appelée « commissioning », durant laquelle les équipements sont testés avant l’exploitation commerciale complète.
La centrale affiche une capacité de 100 MWac. Elle est située à Maamba, dans le district de Sinazongwe, au sud de la Zambie, à proximité d’activités thermiques déjà présentes sur le site. L’installation utilise des modules photovoltaïques bifaciaux montés sur des structures à suiveur à axe unique. Ces équipements orientent les panneaux au cours de la journée afin d’améliorer leur rendement.
Le projet comprend aussi un poste électrique de 330 kilovolts et les infrastructures nécessaires au raccordement au réseau national. Son investissement atteint environ 90 millions de dollars. La production doit être vendue à ZESCO, l’entreprise publique zambienne chargée de la fourniture d’électricité, dans le cadre d’un contrat d’achat d’une durée de vingt ans.
Maamba Solar Energy Limited porte le projet. La société est détenue à 65 % par Nava Global, branche internationale du groupe indien Nava Limited, et à 35 % par ZCCM Investments Holdings, la holding minière et industrielle contrôlée par l’État zambien. Cette structure associe donc capitaux privés et participation nationale dans une infrastructure stratégique.
La mise en service ne signifie pas encore que la centrale fonctionne à son niveau commercial définitif. Les équipes doivent achever les essais des onduleurs, des systèmes de suivi, du poste de transformation, des protections électriques et des dispositifs de contrôle à distance. Elles devront également vérifier la stabilité de l’injection sur le réseau.
Une progression rapide du solaire
Maamba s’inscrit dans une expansion plus large du solaire en Zambie. Selon le ministère de l’Énergie, la capacité photovoltaïque installée est passée de 88 MW en 2021 à environ 841 MW en 2026. Cette progression rapproche le pays de son objectif national d’atteindre 1 000 MW de solaire.
Le développement de centrales comme Itimpi et Chisamba a contribué à cette hausse. Le solaire fournit encore une part limitée de l’électricité effectivement disponible à chaque instant, car sa production varie selon l’ensoleillement. Cependant, il peut produire davantage pendant les heures de la journée où la demande augmente, notamment pour les activités commerciales et industrielles.
Le gouvernement zambien projette environ 2 733 MW de solaire à l’horizon 2031. L’hydroélectricité atteindrait alors 4 279 MW, contre environ 2 555 MW pour les capacités thermiques. La capacité totale pourrait s’élever à près de 10 182 MW. Ces chiffres correspondent aux projets déjà engagés ou en cours de réalisation. Ils peuvent donc évoluer si de nouvelles centrales sont ajoutées ou si certains chantiers prennent du retard.
La diversification comporte néanmoins plusieurs défis. Le solaire exige des lignes de transport capables d’acheminer l’électricité depuis les zones de production. Il nécessite aussi une meilleure gestion des variations quotidiennes de l’offre. À terme, le stockage, les interconnexions régionales et la flexibilité des centrales thermiques pourraient contribuer à stabiliser le réseau.
Un enjeu national et régional
Pour les autorités installées à Lusaka, l’enjeu dépasse la construction de nouvelles centrales. Il s’agit de sécuriser l’accès à l’électricité, de soutenir la croissance industrielle et de réduire les pertes économiques liées aux coupures. Les effets ne sont pas identiques selon les territoires : les entreprises formelles peuvent investir dans des solutions de secours, tandis que les petites activités urbaines et rurales disposent de marges financières plus réduites.
La Zambie doit également composer avec les contraintes du marché régional de l’électricité. Elle participe au Pool énergétique d’Afrique australe, un mécanisme qui permet aux pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, d’échanger de l’électricité. Ces échanges peuvent amortir un déficit temporaire, mais ils ne remplacent pas l’augmentation des capacités nationales lorsque plusieurs pays connaissent simultanément une sécheresse ou une forte demande.
La trajectoire zambienne rejoint ainsi une question qui concerne une grande partie de l’Afrique australe : comment développer rapidement l’accès à l’électricité sans exposer les réseaux aux chocs climatiques, aux coûts élevés des combustibles ou aux retards d’infrastructures ? La réponse passera probablement par des portefeuilles énergétiques plus diversifiés, mais aussi par des réseaux plus solides.
La prochaine étape sera l’entrée en exploitation commerciale complète de Maamba. Il faudra ensuite mesurer sa contribution réelle au réseau, suivre l’avancement des autres projets et vérifier si les capacités annoncées pour 2031 se concrétisent. Pour la Zambie, la réussite de cette transition dépendra autant de la construction de centrales que de la capacité à moderniser le réseau et à rendre l’électricité disponible de manière régulière.