À Lusaka, la diplomatie économique entre dans une phase plus opérationnelle. Après avoir sécurisé un partenaire émirati pour Mopani Copper Mines, la Zambie veut désormais élargir la relation à l’énergie, aux infrastructures, à l’agriculture et à la transformation locale des minerais.
Le président Hakainde Hichilema se rendra aux Émirats arabes unis les mardi 29 et mercredi 30 septembre 2026. Cette visite de travail intervient quelques semaines après le début de son second mandat et doit donner une traduction concrète à l’agenda économique « Grow Zambia ».
Une visite placée sous le signe de la diplomatie économique
Le déplacement a été annoncé par les autorités zambiennes. Hakainde Hichilema répond à l’invitation du président émirati, Mohamed bin Zayed Al Nahyan. Les deux dirigeants doivent examiner l’état des accords existants et identifier les projets qui tardent encore à se concrétiser.
Des protocoles d’accord pourraient être signés pendant les échanges officiels. Ils devraient couvrir l’exploitation minière, la valorisation des minerais, l’agriculture, l’énergie, les transports, la logistique, le tourisme et la santé. La Zambie souhaite également avancer vers un accord de partenariat économique global, destiné à faciliter les échanges et les investissements entre les deux pays.
Le programme prévoit aussi un forum d’affaires et d’investissement. Le chef de l’État doit rencontrer des entreprises émiraties et échanger avec la communauté zambienne installée aux Émirats. L’objectif est de rapprocher les engagements politiques des décisions d’investissement prises par les groupes privés.
Cette orientation correspond à la nouvelle ligne diplomatique défendue par Lusaka. En septembre 2026, Hichilema a demandé aux nouveaux représentants étrangers accrédités en Zambie de transformer les relations diplomatiques en débouchés commerciaux, en investissements et en emplois. La présidence zambienne présente cette approche comme un pilier du programme « Grow Zambia ».
Le cuivre reste le point d’ancrage du partenariat
Le rapprochement avec Abou Dhabi ne part pas de zéro. Les intérêts émiratis sont déjà présents dans le secteur minier zambien, notamment à travers International Resources Holding, ou IRH. Cette entreprise détient 51 % de Mopani Copper Mines, tandis que ZCCM-IH, la société minière publique zambienne, conserve 49 % du capital.
L’opération représente un engagement initial de 1,1 milliard de dollars. Elle a été réalisée en 2024 par l’intermédiaire de Delta Mining, une filiale d’IRH. Le gouvernement zambien a également obtenu le rétablissement d’une « golden share », une action donnant à l’État des droits spécifiques sur certaines décisions stratégiques. Le ministère zambien des Mines a détaillé les modalités de la transaction au Parlement.
Mopani exploite deux grands complexes miniers dans la Copperbelt, à Nkana et à Mufulira. La relance de ces sites compte pour l’emploi régional, les fournisseurs locaux et les recettes publiques. Elle compte aussi pour la stratégie nationale, qui vise à augmenter fortement la production de cuivre et à développer davantage d’activités industrielles autour du minerai.
IRH affirme vouloir porter la production de Mopani à 200 000 tonnes de cuivre cathodique par an dans les prochaines années. L’entreprise a ensuite évoqué un objectif plus ambitieux de 300 000 tonnes annuelles à l’horizon 2029. Ces projections restent dépendantes de la remise à niveau des équipements, de la disponibilité de l’électricité et de l’accès à de nouvelles réserves.
Selon les informations publiées par l’entreprise en juillet 2025, la production de minerai de Mopani avait progressé de 35 % au premier semestre 2025 par rapport à la même période de 2024. La production de cuivre contenu avait augmenté de 54 %. Ces chiffres proviennent de l’opérateur lui-même et doivent donc être lus avec la prudence habituelle concernant les données communiquées par une société sur ses propres activités. IRH a publié les principaux indicateurs de cette reprise opérationnelle.
De la mine à la transformation locale
Pour Lusaka, l’enjeu ne se limite pas à attirer des capitaux étrangers dans l’extraction. La priorité consiste aussi à conserver davantage de valeur en Zambie. Cela implique de développer le traitement, la métallurgie, les services miniers, la maintenance industrielle et les infrastructures nécessaires à l’exportation.
Cette ambition se heurte toutefois à plusieurs contraintes. Le secteur minier consomme beaucoup d’électricité, alors que la Zambie reste exposée aux variations de sa production hydroélectrique. Les entreprises doivent également composer avec les distances entre les zones minières, les corridors d’exportation et les marchés internationaux.
Les investissements dans les routes, le rail, les postes-frontières et la logistique pourraient donc avoir un effet plus large que le seul secteur du cuivre. Ils bénéficieraient aux grandes entreprises, mais aussi aux producteurs agricoles et aux petites entreprises installées dans les villes minières. À l’inverse, un accord qui se limiterait à l’exportation de minerai créerait moins de retombées pour l’économie locale.
La question de la gouvernance restera également centrale. La participation de ZCCM-IH donne à l’État une présence directe dans Mopani. Elle ne dispense pas les autorités de publier des informations claires sur les financements, les objectifs de production, les recettes fiscales et les engagements sociaux de l’entreprise.
Un rapprochement qui dépasse le tête-à-tête bilatéral
La relation entre la Zambie et les Émirats s’inscrit dans une compétition plus large pour l’accès aux minerais stratégiques africains. Le cuivre est recherché pour les réseaux électriques, les véhicules électriques et les équipements liés à la transition énergétique. Les pays producteurs cherchent donc à attirer les capitaux tout en négociant de meilleures conditions industrielles.
La Zambie agit aussi dans le cadre de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui regroupe notamment plusieurs pays voisins et coordonne des politiques régionales dans les transports, l’énergie et le commerce. Les infrastructures reliant la Copperbelt aux ports d’Afrique australe donnent à tout investissement zambien une dimension régionale.
La présence diplomatique s’est renforcée en parallèle. La Zambie a ouvert son ambassade à Abou Dhabi en 2023. En septembre 2026, l’émir Mohammed Saeed Mohammed Alkaabi a présenté ses lettres de créance comme premier ambassadeur résident des Émirats en Zambie, selon les autorités zambiennes. Cette évolution confirme l’approfondissement institutionnel des relations entre Lusaka et Abou Dhabi.
La visite des 29 et 30 septembre devra donc être évaluée sur ses suites. Les annonces seront importantes, mais leur mise en œuvre le sera davantage. Pour les Zambiens, le résultat attendu se mesurera dans les mines, les usines, les emplois, l’accès à l’énergie et la qualité des infrastructures, bien au-delà des salles de réunion d’Abou Dhabi.