À Bambali, dans la région de Sédhiou, l’enjeu ne se limite pas à construire une usine. Il s’agit de relier une production agricole locale à des unités capables de la transformer, de la conserver et de la vendre. Le projet SM10 Agro, porté par l’international sénégalais Sadio Mané, veut franchir cette étape avec un investissement annoncé de 11,7 milliards de francs CFA.
Un projet pensé comme une chaîne agro-industrielle
La première pierre du complexe a été posée le 19 septembre 2026 à Bambali. La cérémonie s’est tenue en présence de responsables de l’État, d’élus locaux et de représentants des communautés. Le projet doit associer une plantation de manguiers à une plateforme industrielle spécialisée dans le traitement et la transformation des fruits.
D’après les informations communiquées par l’Agence de presse sénégalaise, le parc vise une capacité annuelle de traitement de 8 500 tonnes de mangues. Trois débouchés sont annoncés : la pulpe, la mangue séchée et le beurre de mangue. Le dispositif doit également intégrer des activités de tri, de conditionnement et d’exportation.
Le périmètre agricole projeté atteint 500 hectares. Il pourrait accueillir environ 78 000 manguiers de variété Kent, selon des éléments présentés par la presse sénégalaise. À terme, l’objectif annoncé dépasse 1 000 emplois directs au démarrage. Certaines communications évoquent jusqu’à 2 500 emplois directs lorsque l’ensemble du projet sera pleinement opérationnel.
Ces chiffres décrivent toutefois une trajectoire attendue, et non une activité déjà installée. Les travaux sont annoncés pour mars 2027. La montée en puissance dépendra donc de la sécurisation du foncier, du calendrier de construction et de la capacité du complexe à obtenir un approvisionnement régulier.
Le foncier, première étape avant la production
La principale difficulté concerne l’écart entre le site industriel et la plantation agricole. Selon les informations relayées par Le Soleil, 10 hectares étaient alors identifiés pour accueillir l’usine. Les 500 hectares destinés aux vergers restaient, eux, à réunir.
Cette distinction est déterminante. Une usine peut être construite sur une emprise limitée, mais son fonctionnement dépend d’un volume suffisant de fruits. Sans vergers sécurisés, SM10 Agro devra s’appuyer sur des producteurs partenaires et sur une logistique d’approvisionnement capable de réduire les pertes entre la récolte et la transformation.
Le maire de Bambali, Ibrahima Touré, avait indiqué que les discussions se poursuivaient pour atteindre la superficie prévue. Cette déclaration montre que le projet ne repose pas uniquement sur un financement privé. Il implique aussi des décisions locales, des procédures foncières et un accord durable avec les populations concernées.
Dans les zones rurales sénégalaises, le foncier agricole ne constitue pas une simple formalité administrative. Il touche aux droits d’usage, aux activités existantes et à l’équilibre entre investissement, production familiale et gestion des ressources naturelles. La réussite du projet dépendra donc autant de la clarté des accords que de la construction des bâtiments.
Le rôle de l’APIX dépasse les autorisations
L’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux, l’APIX, accompagne SM10 Agro dans ses relations avec l’administration sénégalaise. Elle intervient notamment sur les autorisations, les démarches foncières, les permis et l’accès aux dispositifs d’incitation destinés aux investisseurs.
Le directeur général de l’APIX, Bakary Séga Bathily, a résumé cette fonction en présentant l’agence comme une interface entre l’investisseur et les services publics. Son rôle consiste à identifier les blocages, à coordonner les interlocuteurs et à faciliter l’avancement du projet.
Le dispositif peut aussi concerner les avantages fiscaux et douaniers applicables à certains investissements. Lors de la présentation du projet, l’APIX avait indiqué que SM10 Agro pourrait bénéficier, sous conditions, d’exonérations pendant cinq ans sur certains équipements importés. Ces mesures doivent réduire le coût initial de l’installation, sans remplacer les obligations liées au foncier, à l’environnement ou à l’emploi.
Cette intervention illustre une réalité souvent moins visible des grands investissements privés au Sénégal. Le capital permet de lancer un projet, mais sa mise en œuvre exige ensuite une coordination entre les collectivités territoriales, les services techniques, les producteurs et les opérateurs économiques.
Un enjeu pour Sédhiou et la Casamance
Pour Sédhiou, l’intérêt du projet tient à la création d’une activité industrielle en dehors de Dakar et de Thiès. La région dispose de ressources agricoles, mais manque encore d’unités capables de transformer une part importante de sa production sur place. SM10 Agro veut répondre à cette faiblesse en installant plusieurs maillons de la chaîne dans le même territoire.
La transformation locale peut modifier les revenus et les débouchés. Les producteurs pourraient vendre une partie de leur récolte à une unité industrielle, tandis que les jeunes et les femmes pourraient accéder à des emplois, à des formations ou à des activités de transport, de maintenance et de services.
Les effets ne seront cependant pas identiques pour tous. Les emplois industriels se concentreront autour du site de Bambali. Les producteurs éloignés devront disposer de moyens de collecte et de transport adaptés. De leur côté, les petits exploitants devront connaître les normes de qualité, les calendriers d’achat et les conditions de paiement appliquées par le complexe.
Le projet devra aussi composer avec la saisonnalité de la mangue. Une usine fonctionnant plusieurs mois par an doit sécuriser ses stocks, ses équipements et ses marchés. La diversification annoncée, avec la pulpe, le séchage et le beurre de mangue, peut contribuer à mieux valoriser les récoltes et à limiter les pertes post-récolte.
Une expérience suivie au-delà du Sénégal
SM10 Agro s’inscrit dans une ambition plus large de transformation locale en Afrique de l’Ouest. Dans l’espace de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, plusieurs pays cherchent à vendre davantage de produits transformés plutôt que des matières premières brutes.
La filière mangue présente un potentiel régional, mais elle dépend de la qualité des routes, des chaînes du froid, des normes sanitaires et de l’accès aux marchés. Pour le Sénégal, un complexe implanté à Bambali pourrait renforcer les échanges entre la Casamance, les autres régions productrices et les marchés ouest-africains. Il pourrait aussi soutenir les exportations vers l’Europe et le Moyen-Orient, si les standards requis sont respectés.
Les prochaines étapes seront donc décisives : sécurisation effective des 500 hectares, lancement des travaux, installation des unités industrielles et définition des relations avec les producteurs. Le calendrier annoncé pour mars 2027 constituera un premier point de contrôle. Ensuite, le niveau réel des emplois, des volumes transformés et des revenus distribués permettra de mesurer la portée économique de l’investissement.