En Ituri, la baisse des courbes ne suffit pas encore à parler de sortie de crise
Dans l’est de la République démocratique du Congo, une amélioration épidémiologique peut vite masquer une réalité plus rugueuse. Quand les nouveaux cas reculent à Bunia ou dans certains axes de l’Ituri, la riposte, elle, reste suspendue à un détail très concret : arriver assez tôt auprès des malades, avant que la maladie ne quitte les maisons et les villages.
Cette vigilance reste d’autant plus nécessaire que l’épidémie actuelle ne se limite plus à un seul foyer. Depuis Kinshasa, les autorités sanitaires pilotent une réponse étendue, appuyée par l’OMS, Africa CDC et d’autres partenaires, dans une région marquée par l’insécurité, les déplacements de population et les flux transfrontaliers vers l’Ouganda. Dans ce contexte, parler d’un pic “passé” dit quelque chose de la tendance, mais pas encore du risque.
Un foyer parti d’Ituri, puis une crise sanitaire devenue nationale
L’épidémie en cours a été déclarée le 17 mai 2026 dans la province de l’Ituri, au nord-est du pays. Les analyses de l’Institut national de recherche biomédicale, à Kinshasa, ont confirmé une maladie à virus Ebola causée par le virus Bundibugyo. C’est la 17e flambée d’Ebola enregistrée en République démocratique du Congo depuis 1976.
Le choix de Kinshasa, au cœur de la coordination, n’est pas anodin. L’INRB, l’Institut national de santé publique et le ministère de la Santé y centralisent les données, tandis que les équipes de terrain travaillent dans des zones de santé parfois difficiles d’accès. En Afrique centrale, la CEEAC et les dispositifs sanitaires régionaux sont aussi concernés, car la maladie a déjà franchi la frontière ougandaise au cours de cette flambée.
Les faits : une amélioration réelle, mais un bilan toujours lourd
Le 15 septembre 2026, Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’INRB, a indiqué à Bunia que l’épidémie était en régression en Ituri. Il a évoqué une meilleure adhésion communautaire, une détection plus précoce des cas et un référencement plus rapide des personnes contacts. Il a aussi signalé une baisse des violences visant les équipes médicales et les structures de soins.
Le gouvernement congolais a, pour sa part, affirmé quelques jours plus tôt que le pic avait été dépassé depuis la deuxième moitié du mois d’août et que la 17e épidémie était “sous contrôle”. Selon le point de situation relayé par les autorités, 10 des 61 zones de santé touchées n’avaient signalé aucun nouveau cas depuis au moins 21 jours, tandis que le ralentissement était visible dans plusieurs zones de l’Ituri, dont Nia-Nia, Nizi et Mongbwalu.
Mais les chiffres restent élevés. Au 7 septembre, l’OMS faisait état de 6 757 cas confirmés et de 3 267 décès. Le 10 septembre, les autorités congolaises communiquaient un cumul de 7 022 cas confirmés et 3 398 décès. L’écart entre ces bilans reflète surtout des dates de clôture différentes, pas une divergence de fond : la crise demeure l’une des plus sévères que le pays ait connues, avec un taux de létalité autour de 48 %.
Ce que change la décrue, et ce qu’elle ne règle pas
La baisse des contaminations donne un peu d’air aux équipes de terrain. Elle permet de consolider la recherche des contacts, d’ouvrir davantage de centres de prise en charge et de réduire la pression sur les structures de Bunia et des zones rurales de l’Ituri. Au 1er septembre, la province disposait de 25 structures de prise en charge, dont 15 centres de traitement Ebola et 10 centres de transit. C’est un saut opérationnel important, même si l’accès reste inégal selon les territoires.
Pour les habitants, l’enjeu est plus immédiat. Dans plusieurs localités, les décès communautaires — ceux qui surviennent hors des centres de traitement — continuent de compliquer la riposte. Les écoles ont rouvert dans certaines zones touchées, ce qui montre une volonté de préserver la vie sociale, mais aussi la nécessité de renforcer la surveillance au quotidien. Dans les sites de déplacés, la mobilité des familles et la promiscuité augmentent encore le risque de transmission.
Le problème n’est donc pas seulement médical. Il est aussi logistique, financier et social. Les autorités sanitaires demandent de nouveaux financements pour les ambulances, les indemnités des soignants et la surveillance épidémiologique. Cette demande dit une chose simple : une courbe qui baisse peut remonter vite si la chaîne de soins se fragilise, surtout dans un pays où les distances, l’insécurité et la défiance communautaire pèsent encore lourd.
Une alerte congolaise qui parle aussi à la région
Cette épidémie déborde déjà le cadre de l’Ituri. L’OMS souligne une extension à six provinces, puis à une septième dans certaines mises à jour, avec des foyers en Nord-Kivu, Tshopo, Haut-Uélé, Bas-Uélé et Sud-Kivu. Le voisin ougandais a également été exposé à la dynamique transfrontalière. Pour l’Afrique centrale et les Grands Lacs, la leçon est claire : la circulation des personnes, des marchandises et des familles impose une riposte régionale, pas seulement nationale.
À Kinshasa, le plan révisé de 180 jours lancé le 4 septembre traduit ce changement d’échelle. Il vise à renforcer la surveillance, la recherche des contacts, la prise en charge et l’engagement communautaire. La suite se jouera dans les prochaines semaines, sur deux terrains très précis : la capacité à garder les nouveaux cas sous contrôle en Ituri, et la capacité à empêcher les poches actives de Nord-Kivu et des autres provinces de relancer la chaîne de transmission.