À Kinshasa, la bataille autour de la Constitution a changé de visage. Après la mobilisation de l’opposition contre toute révision de la loi fondamentale, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti du président Félix Tshisekedi, a voulu montrer que le pouvoir pouvait lui aussi remplir les rues.

Le mardi 22 septembre 2026, des milliers de militants et de sympathisants ont participé à une marche dans la capitale de la République démocratique du Congo. Le cortège a défendu les institutions, le dialogue politique et le principe d’un référendum constitutionnel.

Une mobilisation soigneusement encadrée à Kinshasa

Les participants se sont rassemblés dans la matinée autour du siège de l’UDPS, dans la commune de Limete. Beaucoup portaient des vêtements blancs, présentés par les organisateurs comme un signe de paix et d’unité.

La marche devait partir de la 11e Rue, sur le boulevard Lumumba. Elle devait ensuite passer par la station Cohydro, Sendwe et Kasa-Vubu, avant de rejoindre le terrain annexe du stade des Martyrs. Cet itinéraire avait été arrêté avec les autorités provinciales de Kinshasa.

La veille, le gouverneur de la capitale avait demandé aux organisateurs de respecter le parcours convenu et de préserver le caractère pacifique du rassemblement. L’appel visait aussi à limiter les perturbations dans une ville où les grandes manifestations paralysent rapidement la circulation et l’activité commerciale.

Des militants de l’UDPS/Tshisekedi ont défilé aux côtés de plusieurs formations alliées, notamment les Progressistes de Samy Badibanga et l’Alliance des Congolais progressistes de Gentiny Ngobila. La présence de ces partis devait donner à la mobilisation une dimension plus large que celle du seul parti présidentiel.

Dans un compte rendu publié par l’Agence congolaise de presse, les autorités de Kinshasa ont indiqué que des mesures de sécurité avaient été prévues pour accompagner le cortège. Les premiers comptes rendus disponibles n’ont pas fait état de débordements majeurs.

Le référendum au centre du message politique

La marche ne portait pas uniquement sur le soutien au chef de l’État. Elle servait surtout à afficher l’adhésion du camp présidentiel au projet de réforme constitutionnelle et à la loi encadrant le recours au référendum.

À l’arrivée du cortège, Augustin Kabuya, secrétaire général et président intérimaire de l’UDPS, a appelé Félix Tshisekedi à accompagner cette démarche. « Le moment est venu où vous devez nous aider à changer cette Constitution », a-t-il déclaré devant les manifestants, selon Actualite.cd.

Le responsable de l’UDPS s’est appuyé sur l’article 5 de la Constitution. Celui-ci affirme que la souveraineté nationale appartient au peuple et qu’elle peut notamment s’exercer directement par référendum. Cette référence constitue l’un des arguments centraux du pouvoir pour défendre une consultation populaire.

Le camp présidentiel présente la réforme comme une réponse à l’évolution du pays et aux limites du texte actuel. Ses adversaires y voient plutôt un risque de modification des règles du jeu au profit du président en exercice. Le débat dépasse donc la technique juridique. Il touche directement à l’équilibre institutionnel et à la succession présidentielle.

La Constitution congolaise limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Pour l’opposition, tout projet de changement pourrait ouvrir indirectement la voie à une nouvelle candidature de Félix Tshisekedi. Le pouvoir, de son côté, soutient qu’aucune décision définitive sur une éventuelle candidature ne peut être déduite d’une simple discussion sur la révision constitutionnelle.

Une réponse directe à la mobilisation de l’opposition

La marche du 22 septembre intervient quelques jours après un rassemblement de l’opposition organisé à Kinshasa le 15 septembre. Cette première mobilisation dénonçait le changement de Constitution et la perspective d’un troisième mandat présidentiel.

La manifestation de l’UDPS a donc aussi pris la forme d’une démonstration de force. Le parti présidentiel voulait montrer que la contestation de la réforme ne représentait pas l’ensemble de la société congolaise. L’opposition cherche, à l’inverse, à empêcher que la mobilisation de la majorité soit présentée comme un mandat populaire incontestable.

Cette confrontation se joue particulièrement dans les grands centres urbains. À Kinshasa, les partis disposent de réseaux militants anciens, de moyens logistiques et d’une forte visibilité. Dans les provinces, l’adhésion réelle à la réforme est plus difficile à mesurer. Une foule rassemblée dans une capitale ne suffit pas à établir un consensus national.

La question est également sociale. Les militants encartés, les responsables locaux et les acteurs de l’économie informelle ne participent pas toujours aux mobilisations pour les mêmes raisons. Certains viennent défendre une orientation politique. D’autres espèrent préserver leur influence, leur accès aux institutions ou leurs réseaux de protection.

Le message du pouvoir s’est aussi inscrit dans le contexte sécuritaire de l’est de la République démocratique du Congo. Plusieurs participants ont associé leur soutien à Félix Tshisekedi à la lutte contre l’agression attribuée par Kinshasa au Rwanda et aux groupes armés actifs dans les provinces orientales.

Ce lien entre réforme institutionnelle et défense de la souveraineté nationale permet au pouvoir de rassembler des préoccupations différentes. Toutefois, il peut aussi brouiller le débat. La recherche d’une solution à la crise sécuritaire ne répond pas automatiquement aux questions posées par une modification de la Constitution.

Un débat qui dépasse les frontières congolaises

La séquence politique congolaise sera suivie avec attention par les partenaires régionaux de la RDC, notamment au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC. L’organisation régionale accompagne Kinshasa sur les questions de sécurité dans l’est du pays et défend officiellement le principe de stabilité constitutionnelle.

À l’échelle de l’Union africaine, les modifications constitutionnelles liées à la durée des mandats restent un sujet sensible. Le continent a connu plusieurs crises après des tentatives de dirigeants visant à prolonger leur maintien au pouvoir. Chaque processus national est différent, mais les précédents régionaux rendent la transparence de la procédure déterminante.

Les prochaines étapes seront donc essentielles. Il faudra connaître le contenu précis du projet, la procédure retenue par les institutions, le calendrier d’un éventuel référendum et les garanties accordées aux forces politiques concurrentes. La participation populaire devra aussi être évaluée au-delà des images de mobilisation dans les rues de Kinshasa.

Pour le pouvoir comme pour l’opposition, la rue est devenue un indicateur de rapport de force. Elle ne remplacera toutefois ni le débat parlementaire, ni le contrôle juridictionnel, ni la consultation nationale. En République démocratique du Congo, l’enjeu central sera de savoir si la réforme annoncée peut être conduite sans aggraver la polarisation politique.