La couverture numérique du Nigeria bute encore sur une réalité très simple : l’électricité

Au Nigeria, le marché télécoms est massif, mais il reste inégal. Les données de la Commission nigériane des communications indiquent 195,108,814 abonnements mobiles en juillet 2026, tandis que les abonnements Internet atteignaient 157,405,351 en mai 2026. Pourtant, dans de nombreuses localités rurales, la connexion dépend encore d’un réseau électrique trop instable pour faire tourner durablement les antennes, les routeurs et les équipements de transmission.

C’est précisément là qu’intervient le programme Distributed Access through Renewable Energy Scale-Up, ou DARES, un dispositif financé par la Banque mondiale et porté par la Rural Electrification Agency, l’agence publique chargée d’accélérer l’accès à l’électricité en zones rurales et mal desservies. Le projet doit toucher 17,5 millions de Nigérians et s’appuie sur des solutions solaires décentralisées, des mini-réseaux et des financements privés mobilisés autour d’un crédit de 750 millions de dollars.

Des pylônes, des panneaux solaires et un enjeu plus large que la simple connexion

Dans ce cadre, Hotspot Network Limited a été retenue pour déployer des infrastructures de télécommunications et de haut débit dans 500 communautés mal desservies à travers le pays. Le projet prévoit des services voix et données en 2G et 4G, du Wi-Fi communautaire et des équipements numériques alimentés par des énergies renouvelables. L’information a circulé dans la presse nigériane le 15 septembre 2026, tandis que le cadrage du programme DARES reste confirmé par les documents et communiqués officiels de la REA et de la Banque mondiale.

L’idée est cohérente avec une contrainte structurelle bien connue au Nigeria : l’écart d’accès à l’électricité entre villes et campagnes. La Banque mondiale estimait encore récemment qu’en 2023, l’accès à l’électricité atteignait 84 % en zone urbaine contre 26 % en zone rurale. Dans ces conditions, alimenter les sites télécoms par l’énergie solaire ne relève pas du confort technique. C’est une condition de base pour que les infrastructures restent opérationnelles là où le réseau national est faible ou absent.

Le gouvernement nigérian essaie d’attaquer le problème sur plusieurs fronts. Le ministère des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique a confirmé en 2026 le lancement de Project BRIDGE, un programme destiné à déployer 90 000 km de fibre optique, à couvrir les 36 États, le Territoire de la capitale fédérale et plus de 770 collectivités locales. Le ministère a aussi évoqué 3 700 nouveaux pylônes télécoms, des sites prioritaires pour les zones rurales et un recours complémentaire aux satellites.

Cette stratégie dit beaucoup du modèle recherché par Abuja. Le pays ne veut plus opposer connectivité et énergie. Il veut les assembler. Dans les villages, cela peut changer la vie des élèves qui suivent des cours en ligne, des centres de santé qui transmettent des données, des commerçants qui utilisent des paiements numériques et des petites entreprises qui dépendent d’une connexion stable pour vendre au-delà du marché local. Dans les grandes villes, en revanche, le débat porte davantage sur la qualité du service, la capacité des opérateurs et le coût réel de l’accès.

Ce que ce chantier raconte du Nigeria, de la CEDEAO et du continent

Le cas nigérian dépasse les frontières nationales. Dans l’espace de la CEDEAO, où les États sont confrontés à des écarts massifs d’électrification et de couverture numérique, le Nigeria sert souvent de test à grande échelle. Quand Abuja réussit à combiner électrification décentralisée et infrastructure numérique, le modèle peut inspirer d’autres pays de la région, notamment ceux où l’extension du réseau coûte trop cher pour dépendre uniquement du maillage classique.

Le programme DARES s’inscrit aussi dans une logique continentale plus large. La Banque mondiale rattache désormais cette initiative à son agenda Mission 300, qui vise à accélérer l’accès à l’électricité en Afrique. Pour le Nigeria, l’enjeu est double : réduire le déficit d’accès à l’énergie et consolider une économie numérique déjà dominante en Afrique par la taille de son marché télécoms. Pour le continent, le signal est clair : la transition numérique n’avancera pas à plein régime sans infrastructure énergétique fiable, surtout hors des capitales et des grands axes.

Reste la question de l’exécution. Les annonces publiques sur les tours, la fibre et les satellites fixent une direction, mais le test se joue sur le terrain, dans les localités isolées. Le défi n’est pas seulement de poser des équipements. Il faut les maintenir, les financer, les sécuriser et les intégrer à des usages locaux concrets. C’est là que se mesure la portée réelle d’un programme présenté à Abuja comme un chantier d’inclusion, et non comme une simple opération d’infrastructure.