Une baisse qui rassure, sans effacer le danger
Dans l’est de la République démocratique du Congo, la courbe commence à se tasser, mais l’épidémie d’Ebola n’a pas encore cédé. Quatre mois après sa déclaration officielle, le 15 mai 2026, les autorités congolaises disent voir un ralentissement net de la transmission. Le dernier bilan disponible fait état de 7 258 cas confirmés, 3 510 décès et 1 726 personnes guéries. Le bilan reste lourd. Il confirme aussi une réalité connue de la réponse sanitaire en RDC : une amélioration globale peut coexister avec des foyers actifs, parfois très éloignés les uns des autres.
Ce nouveau foyer touche d’abord l’Ituri, province frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, dans une zone où les routes, les mouvements de population et l’insécurité compliquent la surveillance. C’est là que l’épidémie a démarré, à Mongbwalu, avant de s’étendre à d’autres provinces. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que l’alerte internationale a été relevée dès la mi-mai, puis renforcée quelques jours plus tard, tant le risque de diffusion régionale était jugé sérieux.
Ituri respire par endroits, le Nord-Kivu reste sous tension
Les signaux positifs existent. À la date du 12 septembre, plusieurs zones de santé de l’Ituri, dont Adja, Kambala et Mahagi, n’avaient signalé aucun nouveau cas depuis 41 jours, selon la surveillance sanitaire relayée par les partenaires de la riposte. À l’échelle provinciale, l’Ituri demeure toutefois la zone la plus touchée. Le suivi publié par les autorités européennes de santé publique indique que la province concentrait 5 659 cas confirmés et 2 583 décès, soit l’essentiel de la charge nationale.
Mais la décrue n’est pas uniforme. Dans le Nord-Kivu, la progression reste préoccupante. Les équipes de l’OMS notent que les tendances nationales ne résument pas la réalité locale, et que certaines zones continuent d’enregistrer une transmission active. Cette dissymétrie est centrale pour comprendre la riposte : on peut gagner des jours sans cas dans une aire de santé, puis voir la maladie repartir plus loin, à cause des déplacements, des contacts non suivis ou de l’accès tardif aux soins.
La situation a aussi changé de géographie. Le Sud-Ubangi a été signalé comme nouvelle province touchée, ce qui a porté à sept le nombre de provinces affectées dans cette flambée. Ce point compte beaucoup. Une extension vers le nord-ouest du pays élargit le périmètre de la riposte, augmente les besoins logistiques et complique la surveillance transfrontalière avec la République du Congo et la Centrafrique. Les autorités sanitaires insistent donc sur le risque d’une propagation alimentée par la mobilité des habitants et des commerçants.
Ce que révèlent les chiffres sur la riposte congolaise
Le total de 7 258 cas confirmés et de 3 510 décès montre une épidémie toujours coûteuse, même si la dynamique ralentit. D’après le suivi publié le 14 septembre, l’Ituri reste l’épicentre national, devant le Nord-Kivu, avec 1 281 cas, et les autres provinces touchées, dont le Haut-Uélé, la Tshopo, le Bas-Uélé, le Sud-Kivu et le Sud-Ubangi. La même mise à jour indique aussi que 1 726 malades ont guéri. Le taux de létalité reste donc élevé, autour de 48,4 % si l’on rapporte les décès au cumul des cas confirmés.
Pour les hôpitaux de district, les centres de traitement et les équipes de santé communautaire, la baisse des cas quotidiens ne signifie pas la fin de la pression. Le personnel doit encore retrouver les contacts, isoler rapidement les malades, accompagner les familles endeuillées et limiter les enterrements à risque. L’OMS souligne qu’en phase de reflux apparent, la surveillance devient décisive, car une reprise peut surgir dans une seule zone de santé et relancer la chaîne de transmission. En RDC, l’expérience des précédentes flambées a montré qu’un foyer mal contrôlé peut rapidement peser sur plusieurs provinces.
Le sujet n’est pas seulement médical. Il est aussi social et économique. Dans l’est du pays, les marchés, le transport, les échanges entre villages et chefs-lieux, ainsi que les déplacements vers les pays voisins, sont touchés quand la peur du virus s’installe. Les ménages perdent des revenus, les structures de soins sont saturées et la confiance entre communautés et services publics devient un facteur aussi important que les médicaments. C’est pour cela que la réponse congolaise s’appuie à la fois sur le ministère de la Santé, l’Institut national de recherche biomédicale à Kinshasa, l’OMS, Africa CDC et les autorités locales.
Une alerte congolaise, mais aussi régionale et continentale
Cette flambée dépasse le seul cadre national. Elle concerne l’Afrique des Grands Lacs, un espace où les frontières administratives ne freinent ni les marchés ni les déplacements familiaux. C’est aussi pour cela que la coordination régionale a été mise en avant très tôt, à travers des échanges entre la RDC, l’Ouganda et le Soudan du Sud, avec l’appui de l’OMS et d’Africa CDC. La déclaration d’une urgence de santé publique de portée internationale a confirmé que la maîtrise d’Ebola ne se joue pas seulement à Kinshasa, mais dans tout l’arc frontalier de l’Afrique centrale et orientale.
Il faut aussi rappeler un point scientifique essentiel. La flambée actuelle est due au virus Bundibugyo, une souche d’Ebola contre laquelle il n’existe pas, à ce jour, de vaccin ou de traitement homologué spécifique. Cette donnée change la nature de la riposte. Les équipes doivent donc miser sur l’isolement rapide, le traçage des contacts, la protection des soignants et la sensibilisation communautaire, plutôt que sur une protection vaccinale de masse déjà disponible. La recherche clinique continue, mais elle ne remplace pas la surveillance de terrain.
Pour les autorités congolaises, l’enjeu des prochaines semaines sera simple à formuler, plus difficile à tenir : transformer une baisse nationale en recul durable, sans laisser une province repartir seule à la hausse. Si la tendance se confirme, l’épisode pourrait marquer un tournant pour la riposte en RDC. Si elle se brise, le pays pourrait revoir, une fois encore, ce que le virus fait de mieux : se déplacer plus vite que les certitudes.