Un quartier debout face à un feu devenu trop familier

À Bukavu, la douleur ne s’arrête pas au drame lui-même. Elle continue dans les maisons calcinées, les cartables retrouvés dans les décombres et les familles qui doivent recommencer sans repères. Dans la capitale provinciale du Sud-Kivu, un incendie n’est plus seulement un accident local. C’est aussi le révélateur d’une ville fragilisée, où l’espace urbain, l’école et la sécurité de proximité se retrouvent pris dans une même vulnérabilité.

Le choc est d’autant plus fort que la tragédie a frappé des écoliers, dans un contexte déjà lourd pour l’est de la République démocratique du Congo. Bukavu évolue depuis 2025 dans une situation institutionnelle complexe, marquée par la présence de l’AFC/M23 et par des tensions sécuritaires persistantes dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le Conseil de sécurité de l’ONU a d’ailleurs demandé, en février 2025, le retrait du M23 de Bukavu et d’autres zones occupées.

Une cérémonie funèbre après trois jours de deuil

Les 26 enfants morts dans l’incendie ont été inhumés samedi, au terme de trois jours de deuil décrétés dans les zones contrôlées par l’AFC/M23. Les victimes étaient 20 filles et six garçons. Le bilan des blessés s’est établi à 25, selon l’UNICEF, qui a confirmé que le feu avait touché des habitations et deux écoles primaires, à Furaha et Ujamaa. L’agence onusienne a également précisé que les enfants blessés recevaient des soins et qu’elle soutenait la réunification des familles séparées par la panique.

Le sinistre s’est déclaré le jeudi 10 septembre 2026, vers 8 ou 9 heures selon les sources recoupées, alors que les élèves étaient en classe. Dans la confusion, une bousculade a provoqué la mort de plusieurs enfants. Un premier bilan évoquait 20 morts, puis 27, avant de s’établir à 29 dans certaines sources hospitalières et administratives locales ; l’UNICEF a retenu, pour sa part, le chiffre d’au moins 26 enfants morts et 25 blessés. Cette variation montre la prudence nécessaire dans les premières heures d’une catastrophe.

Des inspecteurs de l’éducation ont signalé que certains enfants étaient morts piétinés après être tombés au sol, tandis que d’autres ont succombé à l’asphyxie. Ils ont aussi relevé que le feu semblait parti de plusieurs points distincts, à environ 500 mètres les uns des autres. À ce stade, l’origine du départ de feu reste inconnue. Les autorités de Kinshasa et l’administration de fait à Bukavu ont annoncé des enquêtes.

Bukavu, une ville exposée par sa propre densité

Ce drame n’est pas isolé. Bukavu connaît depuis des mois une série d’incendies répétés. Des médias congolais ont rapporté des milliers d’habitations touchées dans le Sud-Kivu depuis le début de 2025, dont plus de 1 700 à Bukavu selon des statistiques citées dans une émission locale. D’autres bilans font état de centaines de maisons détruites en quelques jours et de plus de 2 000 sinistrés laissés sans abri.

Les causes avancées reviennent souvent les mêmes : forte densité de l’habitat, urbanisation désordonnée, raccordements électriques frauduleux et moyens d’intervention insuffisants. À Kadutu, Ibanda ou Bagira, les quartiers montent sur les collines, les maisons se touchent, les passages sont étroits et le feu se propage vite. Dans ces conditions, un départ de flamme dans une habitation peut atteindre une école, puis un pâté de maisons, en quelques minutes seulement. C’est une réalité urbaine, pas une fatalité. Mais elle exige des politiques de prévention que Bukavu ne reçoit pas à la hauteur du risque.

Les conséquences pèsent d’abord sur les familles. Elles perdent des enfants, mais aussi des biens, parfois le toit, souvent les deux. Les élèves reviennent à la maison sans école, les parents sans revenus immédiats, et les sinistrés sans espace de repli. Dans une ville où la guerre a déjà affaibli les services publics, l’incendie ajoute une couche de vulnérabilité à la crise humanitaire. L’UNICEF souligne que les enfants sont exposés à une détresse psychologique durable dans un environnement marqué par l’insécurité.

Ce que ce drame dit de la RDC aujourd’hui

La portée du drame dépasse Bukavu. Il interroge la capacité de la République démocratique du Congo à protéger ses enfants dans des villes où l’autorité publique est fragmentée, où la sécurité est contestée et où l’école se retrouve parfois en première ligne. À l’est du pays, les populations vivent déjà avec les déplacements, la pression sur les services sociaux et la fragilité des infrastructures. Un incendie de ce type ne révèle donc pas seulement une défaillance technique. Il montre aussi le prix humain d’un territoire où l’État reste partiellement empêché d’agir.

Le dossier parle aussi à l’échelle régionale. La Communauté d’Afrique de l’Est et la SADC ont été saisies du conflit congolais, tandis que l’Union africaine suit de près la situation des Grands Lacs. Bukavu devient ainsi un test de plus pour la protection civile, la continuité scolaire et la gestion urbaine en zone de crise. Quand des enfants meurent dans une école à cause d’un feu qui se propage dans un quartier dense, la question n’est pas seulement celle du secours immédiat. C’est celle de l’urbanisme, de la prévention et du retour effectif de l’autorité publique dans les services essentiels.

Les prochains jours diront si l’enquête annoncée fera émerger des responsabilités précises, et si l’assistance aux familles sinistrées suivra. À Bukavu, la tragédie des écoliers rappelle une évidence souvent négligée : dans une ville sous tension, la sécurité des enfants ne dépend pas seulement des salles de classe. Elle dépend aussi des rues, des maisons, des réseaux électriques et de la capacité des autorités à prévenir l’accident avant qu’il ne devienne drame national.