Une nouvelle étape pour un système électrique en recomposition

En Zambie, l’électricité n’est plus seulement une affaire de barrages et de saisons. C’est devenu un sujet industriel, budgétaire et stratégique. Quand une économie veut produire davantage de cuivre, faire tourner ses villes et alimenter ses mines, elle ne peut plus dépendre d’une seule source. C’est dans ce contexte qu’un nouveau projet éolien entre en scène dans la Copperbelt, au moment où Lusaka accélère la diversification de son mix électrique.

La province de la Copperbelt occupe une place particulière dans cette recomposition. Elle concentre une partie de la demande des mines, des services et des industries qui soutiennent l’économie zambienne. Or, dans la région, la question n’est pas seulement de produire plus. Il faut aussi transporter l’électricité, la vendre dans de bonnes conditions et sécuriser les contrats. C’est précisément l’un des rôles du Southern African Power Pool, la plateforme régionale qui permet aux utilities de l’Afrique australe d’échanger de l’énergie et d’organiser un marché commun de l’électricité.

Un projet éolien de 200 MW au cœur de la Copperbelt

Le projet Masaiti, situé dans le district de Mpongwe, dans la province zambienne de la Copperbelt, passe désormais sous le contrôle de Sturdee Energy. L’opération porte sur une centrale éolienne de 200 MW, développée jusque-là par Upepo Energy Zambia. Le site dispose déjà de plusieurs années de mesures anémométriques sur place, ce qui montre un niveau de préparation avancé, même si le chantier n’a pas encore démarré.

Le projet n’est pas isolé du réseau. Il doit être raccordé à la ligne de transport 330 kV exploitée par ZESCO, l’électricien public zambien. Cette donnée est importante. En Afrique australe, la qualité d’un projet ne se mesure pas seulement à sa puissance installée, mais aussi à sa capacité à rejoindre un réseau fiable et à trouver des acheteurs. L’environnement électrique zambien est justement en train de se structurer autour de nouvelles lignes, de nouveaux appels d’offres et d’un recours accru aux producteurs indépendants.

Le dossier reste cependant à finaliser. Le bouclage financier n’a pas été annoncé, pas plus que le montant de l’investissement ou le calendrier détaillé des travaux. À ce stade, l’enjeu est donc double : sécuriser les financements et verrouiller les débouchés commerciaux. Sturdee Energy dit envisager plusieurs clients, dont ZESCO, des opérateurs du Southern African Power Pool, des traders d’électricité ainsi que des clients miniers et industriels, via des contrats bilatéraux.

La Zambie diversifie enfin son électricité

Cette arrivée intervient alors que la Zambie a fortement accru ses capacités solaires. Le ministère zambien de l’Énergie affirme que la capacité solaire installée est passée de 88 MW en 2021 à 841 MW en 2026, tandis que la capacité totale installée est montée de 3 100 MW à 4 576 MW sur la même période. Ces chiffres traduisent une inflexion réelle. Le pays ne s’appuie plus uniquement sur l’hydroélectricité, même si celle-ci reste centrale.

Cette diversification répond à une contrainte concrète : la vulnérabilité du système aux sécheresses. Le développement du solaire a servi de réponse rapide, mais le gouvernement cherche désormais des capacités plus complémentaires. L’éolien, associé au solaire et au stockage par batteries, permet de lisser une partie de la production et de rapprocher l’offre des besoins réels des clients. C’est d’ailleurs la logique affichée par le projet Masaiti, qui combine déjà ces trois technologies dans sa conception.

La montée en puissance du secteur privé est un autre marqueur de cette phase. Le gouvernement a ouvert davantage le marché, simplifié certaines procédures et encouragé les producteurs indépendants. Cette orientation attire des investisseurs qui recherchent des projets bancables et des contrats de long terme. Le pouvoir public y voit une manière de combler rapidement le déficit d’offre, tout en limitant la pression sur les finances de l’État.

Le cuivre, moteur de la demande et arbitre des priorités

L’arrière-plan économique compte autant que la politique énergétique. La Zambie a fixé un objectif de 3 millions de tonnes de cuivre par an d’ici 2031. Le cap est affiché par le ministère des Mines et par les services de suivi présidentiels. Pour y parvenir, le pays mise sur de nouvelles mines, des extensions d’unités existantes et une meilleure disponibilité de l’énergie.

Dans ce schéma, l’électricité devient une variable de compétitivité. Pour les compagnies minières, l’enjeu est simple : disposer d’un courant stable, prévisible et suffisamment bon marché pour maintenir les chaînes de production. Pour les ménages urbains, l’enjeu est plus direct encore : réduire les coupures et retrouver une continuité de service. Pour les zones rurales, l’intérêt est différent, car les projets adossés au réseau peuvent aussi soutenir l’extension progressive de l’accès à l’électricité.

Le choix du site de Masaiti n’est pas anodin. La Copperbelt n’est pas seulement une province minière ; c’est aussi un espace où la tension entre production, transport et consommation est très visible. Un projet éolien de 200 MW y a une portée symbolique et pratique. Il montre que les renouvelables ne concernent plus seulement le solaire distribué ou les toitures urbaines. Elles entrent dans les grands actifs de réseau et dans les stratégies d’approvisionnement industriel.

Un signal pour l’Afrique australe

Le dossier zambien dépasse les frontières du pays. Dans la SADC, la sécurité énergétique reste un sujet partagé. Les États membres cherchent à renforcer les interconnexions, à attirer du capital privé et à mieux valoriser les ressources renouvelables locales. Le Southern African Power Pool sert précisément de cadre à cette circulation régionale de l’électricité. Plus un projet comme Masaiti avance, plus il s’inscrit dans une logique de marché régional, et pas seulement nationale.

Il faut aussi surveiller la suite. Le premier point décisif sera le financement. Le deuxième sera le contrat d’achat, car aucun projet de cette taille ne tient sans débouché clairement sécurisé. Le troisième portera sur la livraison des infrastructures de transport, notamment les liaisons qui relient la Copperbelt au reste du réseau. C’est là que se joue souvent l’écart entre annonce et mise en service.

À l’échelle continentale, la séquence zambienne confirme une tendance nette : les pays africains ne se contentent plus d’ajouter de la capacité. Ils cherchent des systèmes plus flexibles, plus résilients et moins exposés aux chocs climatiques. La Zambie, avec son cuivre, ses interconnexions régionales et son essor solaire, teste désormais une nouvelle étape de cette transition. L’éolien à Masaiti en est un signe tangible.