Un financement plus large, mais pas pour tous les chercheurs

Au Nigeria, la question n’est plus seulement de savoir combien l’État met sur la table pour la recherche. Elle est plus précise : qui a réellement le droit d’y accéder ? Le débat est sensible, parce qu’il touche à la fois à la qualité scientifique, à l’équité entre établissements et à l’efficacité d’un système d’enseignement supérieur déjà sous pression.

Dans un pays où Abuja pilote une architecture universitaire vaste, mais fragmentée, le choix du Tertiary Education Trust Fund, ou TETFund, reste déterminant. Cet organisme public a été conçu pour soutenir les institutions tertiaires publiques grâce à des ressources issues de la fiscalité, et non comme un guichet ouvert à l’ensemble du secteur. Cette logique administrative structure encore aujourd’hui l’accès aux financements de recherche.

Le cycle 2026 du fonds national de recherche

Le TETFund a lancé, pour le cycle 2026 du National Research Fund, un appel à notes conceptuelles qui ouvre la campagne de dépôt des dossiers du 31 août au 15 octobre 2026, sans prolongation annoncée. Le budget retenu atteint 10 milliards de nairas pour ce cycle, contre 6,09 milliards de nairas consacrés à 174 projets lors du cycle précédent, soit une hausse annoncée de 64,2 %.

Le fonds dit vouloir soutenir des projets dans 30 domaines prioritaires, répartis entre sciences humaines et sociales, sciences, ingénierie, technologie, innovation et autres thèmes transversaux. Sur le papier, l’éventail est large. Dans les faits, l’accès reste fermé à une partie du paysage universitaire nigérian.

La ligne de partage est nette. Les lignes directrices du TETFund réservent ce financement aux enseignants des institutions tertiaires publiques. Les universités privées, pourtant nombreuses et parfois bien positionnées dans le pays, ne peuvent pas déposer. La liste officielle de la Commission nationale des universités recense 168 universités privées accréditées au Nigeria.

Une taxe commune, un accès inégal

Le paradoxe tient aussi au mode de financement du dispositif. La Nigeria Tax Act 2025 a instauré une development levy de 4 % sur les bénéfices imposables des entreprises, avec une redistribution qui accorde 50 % au TETFund. Le ministère des finances a confirmé que les Tax Acts 2025 s’appliquent depuis le 1er janvier 2026, ce qui ancre désormais ce mécanisme dans le nouveau cadre fiscal fédéral.

Autrement dit, l’argent provient d’une base fiscale large, portée par l’ensemble de l’économie formelle, mais les chercheurs du privé en restent exclus. Cette architecture peut être défendue au nom du mandat public du TETFund. Elle peut aussi être lue comme un frein à la circulation des compétences entre universités publiques et privées, alors même que les deux composantes participent, chacune à leur manière, à la formation du capital humain du pays. C’est une lecture d’inférence, mais elle correspond au déséquilibre entre la source de la taxe et le cercle des bénéficiaires.

Le problème n’est pas seulement budgétaire

Le Nigeria ne manque pas d’établissements. Il lui manque encore une masse critique de résultats visibles à l’échelle mondiale. Le classement QS World University Rankings 2025 recense plus de 1 500 établissements dans 105 systèmes d’enseignement supérieur. Mais aucune université nigériane n’y figure dans le top 500. Des sources universitaires nigérianes et la presse locale ont d’ailleurs relevé que les meilleures institutions du pays restent, pour l’essentiel, cantonnées à des bandes bien plus basses, loin du peloton de tête mondial.

Ce constat a un effet concret. Dans les grandes villes, les établissements capables d’attirer des enseignants-chercheurs, des partenariats et des étudiants payants cherchent davantage de flexibilité. Dans les régions moins dotées, les universités publiques restent souvent l’outil principal de mobilité sociale. Le choix de réserver le fonds de recherche au secteur public protège donc un socle national, mais il ne répond pas encore à la question de la performance scientifique, ni à celle de l’émulation entre institutions.

Cette situation illustre un débat plus large qui traverse l’Afrique de l’Ouest : faut-il financer d’abord le statut institutionnel, ou la capacité démontrée à produire de la recherche utile, mesurable et publiée ? Au Nigeria, la réponse reste pour l’instant politique avant d’être académique. Le TETFund soutient le système public, mais il n’a pas encore franchi le pas d’un financement fondé sur la seule qualité des projets, quel que soit le statut de l’université porteuse.

Ce que l’on surveille désormais

La suite se jouera à deux niveaux. D’abord, dans la sélection des projets financés par le cycle 2026, qui dira si le relèvement de l’enveloppe améliore réellement la diversité et l’ambition des travaux soutenus. Ensuite, dans le débat plus profond sur l’orientation du financement public : consolidation du secteur public, ou ouverture graduelle à des équipes privées jugées sur leurs résultats.

Pour la CEDEAO, dont le Nigeria reste une puissance démographique, économique et universitaire majeure, l’enjeu dépasse un simple guichet de subvention. Il concerne la capacité de la région à retenir ses chercheurs, à produire des savoirs utiles aux politiques publiques et à rivaliser dans les grands classements internationaux sans copier des modèles importés. Dans cette perspective, le cas nigérian devient un test : l’argent public peut-il encore servir d’accélérateur, même lorsqu’il reste distribué selon des frontières institutionnelles anciennes ?