Une filière discrète, mais stratégique
Dans plusieurs pays africains, le café ne fait plus les gros titres depuis longtemps. Pourtant, derrière les grands noms du continent, des producteurs plus modestes tentent de reconstruire une chaîne de valeur qui peut créer des revenus, des emplois et des débouchés à l’export. Le mouvement est visible de Madagascar à la République démocratique du Congo, en passant par le Nigeria et la République centrafricaine.
Le point commun est simple : ces États veulent sortir d’une logique de survie pour revenir à une logique d’organisation. Il ne s’agit plus seulement de cultiver du café, mais de remettre debout des plantations vieillissantes, des coopératives fragiles, des circuits de collecte insuffisants et une transformation locale trop faible. Dans un marché mondial tendu, chaque amélioration de rendement ou de qualité compte.
Madagascar veut réinstaller le café dans son économie agricole
À Antananarivo, les autorités malgaches ont discuté, le 18 août 2026, d’un programme décennal baptisé « Kaoatry » avec une délégation de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique, la BADEA. L’enveloppe évoquée atteint 150 millions de dollars, pour environ 45 000 hectares ciblés sur la période 2026-2036. Une autre présentation du projet évoque même une montée en puissance plus large, avec des objectifs de productivité, de transformation et d’extension des surfaces.
Le choix de Madagascar n’est pas anodin. Le café y reste une culture de rente connue, mais son poids a reculé. Des données agricoles compilées par la FAO et reprises par des sources spécialisées situent la production à près de 49 500 tonnes en 2024, loin des niveaux plus élevés observés à la fin des années 1980. Cette baisse traduit une réalité classique dans plusieurs filières tropicales : des plantations vieillies, peu d’investissement et une commercialisation irrégulière.
Le programme malgache vise donc à faire plus que planter. Il cherche à moderniser l’ensemble de la filière, depuis les parcelles jusqu’à l’exportation. C’est là que l’enjeu devient économique : si la production progresse, les zones rurales peuvent gagner en trésorerie, les coopératives en volume et l’État en recettes d’exportation. À l’inverse, sans débouchés stables, l’augmentation des superficies reste théorique.
Quatre pays, quatre stratégies de relance
Madagascar n’est pas seul à réinvestir ce créneau. Au Nigeria, le gouvernement fédéral a lancé, le 29 mai 2026, un plan de relance du café sur dix ans avec des acteurs de la filière et des gouvernements d’États producteurs. L’initiative couvre 14 États, parmi lesquels Ondo, Cross River, Plateau, Ekiti, Oyo et Taraba. Elle veut redonner une base productive à une industrie affaiblie par le vieillissement des plantations et le manque d’investissement.
Le cas nigérian montre une autre difficulté : la filière existe, mais elle est restée longtemps sous-exploitée. Dans ce pays de plus de 220 millions d’habitants, le café pourrait d’abord servir le marché intérieur, avant d’espérer une reprise des exportations. La valeur ajoutée dépendra surtout de la transformation locale, de la structuration des producteurs et de la régularité de l’offre. Sans cela, le pays restera un petit acteur face aux grandes origines africaines du café.
En République centrafricaine, la relance suit un autre chemin. Un programme pilote lancé le 14 août 2026 prévoit la mise à disposition de 601 180 hectares et vise, à terme, 25 000 tonnes de café par an, contre 1 145,2 tonnes exportées en 2025 selon une note du ministère des Finances. Le projet annonce aussi des centres de collecte, de l’irrigation, des intrants et un appui technique aux producteurs.
La République centrafricaine part de plus loin que Madagascar ou le Nigeria. Mais l’orientation est claire : reconstruire une filière d’exportation dans un pays où le café reste, avec le diamant, l’or et le bois, l’un des produits de référence du commerce extérieur. La question n’est pas seulement agricole. Elle touche aussi à l’accès aux routes, au stockage, au financement et à la stabilité des zones de production.
En République démocratique du Congo, le projet lancé à Beni, le 28 février 2026, cible le robusta dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Il doit accompagner 12 000 agriculteurs sur cinq ans, avec l’appui de Rikolto, du Fonds international de développement agricole et de JDE Peet’s. Le projet mise sur la régénération des plantations, l’accès aux semences et le renforcement des coopératives.
Ce que ces relances disent du continent
Ces quatre pays ne poursuivent pas le même objectif exact, mais ils affrontent le même problème de fond : une filière café qui ne peut plus se contenter d’être agricole. Elle doit devenir industrielle, logistique et commerciale. Cela suppose des pépinières, des routes, des entrepôts, des unités de lavage, de la torréfaction, des normes de qualité et des acheteurs réguliers. Sans cette chaîne complète, les récoltes se perdent ou se vendent mal.
Les données de la Banque centrale du Congo montrent d’ailleurs combien le recul peut être brutal quand la filière s’abîme : la production de café du pays est tombée de 64 503 tonnes en 2020 à 26 976 tonnes en 2024. En RDC comme ailleurs, le défi n’est donc pas seulement de produire davantage. Il faut aussi restaurer la confiance des producteurs, qui investissent rarement dans une culture dont les revenus restent incertains.
Pour les États, le café peut redevenir un outil de diversification. C’est particulièrement vrai dans des économies encore très dépendantes de quelques produits primaires ou de l’aide extérieure. Pour les ruraux, en revanche, l’enjeu est plus immédiat : disposer de plants, de formation, de débouchés et d’un prix qui couvre le travail. C’est là que se joue la différence entre une annonce et une relance durable.
La séquence ouverte en 2026 mérite donc attention. Madagascar mise sur un financement structuré de long terme. Le Nigeria cherche à coordonner 14 États producteurs. La Centrafrique tente une reconstruction plus frontale. La RDC travaille sur la réhabilitation d’un bassin historique. Ensemble, ces initiatives disent quelque chose de plus large : le café africain ne se limite pas aux locomotives du continent. Il existe aussi dans des pays moins visibles, où la relance passe par la patience, la technique et la gouvernance.