Dans les zones arides mauritaniennes, chaque reprise végétale compte

En Mauritanie, planter un arbre n’est pas un geste symbolique. C’est souvent une tentative de garder un sol en place, de freiner le vent et de protéger des activités rurales déjà fragiles. Dans un pays où la désertification touche plus de 84 % du territoire selon les autorités, la restauration du couvert végétal reste un enjeu de survie économique autant qu’écologique.

Cette réalité dépasse la seule question des arbres. Elle concerne les éleveurs, les cultivateurs, les familles installées autour des villages, mais aussi les villes exposées à l’ensablement, au premier rang desquelles Nouakchott. La pression est d’autant plus forte que la Mauritanie se trouve au cœur de la Grande Muraille verte, l’initiative de l’Union africaine lancée en 2007 pour lutter contre la dégradation des terres dans le Sahel et le Sahara.

Une campagne récurrente, pensée comme un outil de restauration

Les autorités mauritaniennes ont lancé une nouvelle campagne de semis aériens portant sur 3 tonnes de graines d’arbres dispersées dans des zones réparties sur neuf régions. Le choix de cette méthode n’est pas nouveau. Déjà en 2024, le ministère de l’Environnement avait présenté une campagne nationale de semis aériens comme une opération de restauration des terres, en insistant sur la préparation des zones, la mobilisation des équipes et le suivi après dispersion.

Le principe est simple. Les graines sont larguées sur des espaces identifiés à l’avance, avec l’idée d’utiliser des espèces adaptées à la sécheresse et aux conditions arides ou semi-arides. Cette logique correspond aux approches défendues par la FAO dans plusieurs projets de restauration au Sahel mauritanien, où la reconstitution des terres passe par un mélange de semis, de fixation des dunes, de régénération naturelle et de protection des jeunes pousses.

Mais les spécialistes rappellent qu’un semis aéroporté ne produit pas, à lui seul, une forêt. Les graines doivent trouver un sol favorable, une humidité suffisante et surtout une protection contre le pâturage libre. C’est précisément là que se joue la différence entre une opération visible et une restauration durable. Sans suivi au sol, l’essentiel de l’effort peut être perdu avant même la première saison de croissance.

Un pays saharien sous pression climatique et humaine

La désertification ne résulte pas seulement de la variabilité des pluies. Elle est aussi aggravée par les usages des terres, comme le surpâturage, les défrichements agricoles et la coupe du bois pour le charbon. La combinaison de ces facteurs fragilise les sols, accélère l’érosion et réduit la capacité des écosystèmes à se régénérer. La FAO décrit la Mauritanie comme l’un des pays sahéliens les plus exposés à la désertification, avec un environnement dominé par des paysages arides et semi-arides.

Le ministère mauritanien de l’Environnement a, lui aussi, rappelé récemment que la désertification affecte plus de 84 % du territoire national. L’ampleur du chiffre donne la mesure du défi. Dans ce contexte, le semis aérien répond à une contrainte très concrète : intervenir vite, sur de vastes surfaces, dans des zones souvent difficiles d’accès.

La Mauritanie a déjà engagé plusieurs réponses complémentaires. La campagne nationale de l’arbre, les opérations de fixation des dunes, les projets de reboisement autour de Nouakchott et les programmes liés à la Grande Muraille verte visent tous le même objectif : stabiliser les terres et retenir l’eau là où elle tombe. La FAO souligne aussi que la restauration des terres en Mauritanie passe par des techniques locales adaptées, comme les zai, les aménagements antiérosifs et les solutions énergétiques qui réduisent la pression sur le bois.

Le défi est aussi social. Quand les pâturages se dégradent, les éleveurs doivent déplacer plus loin leurs troupeaux. Quand le bois se raréfie, les ménages pauvres se tournent vers d’autres ressources ou intensifient la coupe. Quand les sols s’appauvrissent, les rendements baissent et les marges des exploitants diminuent. Le problème n’oppose donc pas l’environnement à l’économie locale. Il les relie de façon directe.

Un enjeu mauritanien, mais aussi sahélien et panafricain

La portée de ces campagnes dépasse largement les frontières mauritaniennes. La Mauritanie fait partie des onze pays de la Grande Muraille verte retenus par l’Union africaine et la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Le programme a évolué d’une logique de plantation vers une approche plus large de paysages productifs, d’emplois ruraux et de résilience climatique.

Dans cette perspective, les semis aériens sont un outil parmi d’autres, pas une solution miracle. Leur utilité dépend de la capacité à assurer l’après-coup : protection des jeunes plants, gestion des parcours pastoraux, restauration des points d’eau, implication des communautés et financement régulier. La FAO insiste depuis plusieurs années sur cette logique de terrain, en montrant que la restauration réussit là où les communautés gardent un intérêt direct dans la protection des parcelles.

Pour Nouakchott, le sujet est aussi stratégique. La capitale et ses périphéries sont exposées à la progression du sable, à l’étalement urbain et à la pression démographique. La ceinture verte de Nouakchott, déjà pensée comme une barrière écologique, illustre ce lien entre protection du cadre de vie et aménagement urbain. En d’autres termes, la lutte contre la désertification ne se limite pas aux campagnes : elle conditionne aussi la stabilité des villes.

Le prochain test sera celui de la continuité. La Mauritanie dispose d’un cadre politique et régional pour agir, avec la Grande Muraille verte, les programmes de la FAO et les engagements climatiques du pays. Reste une question centrale : les campagnes de semis aérien seront-elles suivies d’un entretien suffisant pour transformer une opération ponctuelle en restauration durable des terres ? C’est là que se joue, pour les Mauritaniens, la différence entre visibilité politique et effet environnemental réel.