Une élection test pour Lusaka et pour toute l’Afrique australe
En Zambie, une présidentielle ne se joue jamais seulement sur un nom. Elle dit aussi si la croissance récente a commencé à toucher les ménages, les jeunes qui cherchent un emploi, et les zones rurales encore très exposées à la pauvreté. Le vote de 2026 est donc devenu un test politique pour Hakainde Hichilema, mais aussi un signal attendu dans toute l’Afrique australe, où la stabilité électorale reste un enjeu central.
Le pays compte parmi les grands producteurs de cuivre du continent, un atout stratégique à l’heure où les minerais critiques pèsent de plus en plus dans les rapports de force internationaux. La Zambie est également un membre clé de la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe, qui suit de près les scrutins de la région. À Lusaka, capitale politique et centre du dépouillement, l’élection s’inscrit donc dans un double cadre : national, avec la recherche d’un second mandat pour le président sortant, et régional, avec l’attention des observateurs africains et européens.
Des résultats partiels très favorables au président sortant
Selon les chiffres rendus publics pendant le dépouillement, Hakainde Hichilema était en tête avec 1 544 140 voix, soit 58,87 % des suffrages, après la remontée des résultats dans 135 des 226 circonscriptions. Son principal adversaire, Brian Mundubile, totalisait 1 030 662 voix parmi les 14 candidats en lice. Le système électoral zambien prévoit une victoire dès le premier tour à la majorité absolue des suffrages valides ; à défaut, les deux premiers doivent s’affronter dans un second tour.
Au moment où ces résultats partiels circulaient, le décompte avait déjà connu une suspension d’environ six heures, après des signalements d’attaques contre du personnel électoral et d’un vol présumé de bulletins marqués. La commission électorale a ensuite relancé l’opération sous surveillance renforcée. Les autorités ont aussi fait état d’un décès le jour du scrutin dans un quartier périphérique de Lusaka, et de neuf arrestations. Ces éléments expliquent la prudence des observateurs, qui ont appelé les acteurs à éviter les propos incendiaires avant l’annonce des résultats définitifs.
La mission d’observation de la SADC a dit voir dans cette interruption une source d’« incertitude et d’inquiétude », tandis que la délégation du Parlement européen a jugé la suspension disproportionnée. Ces prises de position comptent, car elles pèsent sur la perception de la crédibilité du scrutin dans une région où la régularité électorale reste un marqueur politique majeur.
Une campagne sous tension, un pays en quête de retombées concrètes
Le vote a eu lieu dans un climat globalement calme le jour même, mais la campagne a été marquée par des accusations d’intimidation, d’arrestations et de violences formulées par l’opposition. En parallèle, l’Union européenne a estimé que certaines restrictions avaient créé des conditions inégales. Cela éclaire un point essentiel : en Zambie, le débat électoral ne porte pas seulement sur les résultats du pouvoir en place, mais aussi sur l’espace laissé aux concurrents pour faire campagne et contrôler le processus.
Hichilema, élu en 2021 après plusieurs tentatives, a mis en avant sa gestion de la dette et la reprise de l’économie. L’argument a du poids à Lusaka, notamment auprès des milieux d’affaires et des acteurs qui espèrent plus de prévisibilité. Mais la réalité sociale reste plus dure. La Banque mondiale estime qu’une large part de la population vit encore avec moins de 3 dollars par jour, et son diagnostic montre que la pauvreté demeure fortement concentrée dans les campagnes. Autrement dit, les progrès macroéconomiques ne se traduisent pas encore, pour beaucoup de Zambiens, en amélioration immédiate du panier de la ménagère ou de l’emploi.
Brian Mundubile a, lui, capitalisé sur un discours centré sur le coût de la vie, l’agriculture et les libertés publiques. Ce positionnement parle à des électeurs qui ne contestent pas forcément les réformes économiques, mais veulent en voir les effets dans les marchés, l’électricité, les revenus informels et les services de base. Dans un pays de 22 millions d’habitants, le ressenti populaire compte presque autant que les agrégats budgétaires. C’est là que se joue l’arbitrage politique.
Ce que le scrutin zambien dit à la région
La Zambie a une tradition rare sur le continent : depuis le retour au multipartisme en 1991, les alternances se sont faites par les urnes. Cette continuité institutionnelle donne du poids à chaque présidentielle. Elle explique aussi l’attention portée par la SADC, l’Union européenne et les partenaires stratégiques comme la Chine et les États-Unis, tous soucieux de la stabilité d’un pays dont le cuivre pèse dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Si Hichilema confirme son avance, il entrera dans un second mandat avec une double attente : préserver la discipline macroéconomique et produire des gains plus visibles pour les ménages. Si un second tour devient nécessaire, l’enjeu changera de nature, car les alliances entre partis et la capacité à sécuriser le processus de décompte deviendront décisives. Dans les deux cas, la suite immédiate se joue à Lusaka, mais l’écho dépasse la Zambie : il touche à la crédibilité électorale en Afrique australe, à la gestion des ressources minières et à la manière dont une croissance retrouvée peut, ou non, se transformer en progrès social.