Une usine peut vendre presque autant et pourtant retrouver de l’air. C’est le signal envoyé par Uniwax en Côte d’Ivoire : ses ventes restent stables, mais ses comptes d’exploitation repassent dans le vert. La question est désormais de savoir si cette amélioration tiendra face aux tissus importés et au changement d’actionnaire.
Un marché régional sous pression
Uniwax fabrique et commercialise des textiles imprimés depuis la Côte d’Ivoire. Ses ventes dépassent les frontières nationales, notamment vers plusieurs marchés ouest-africains. L’entreprise évolue donc dans un espace commercial plus large que son seul marché domestique.
La CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, encadre une partie de ces échanges et de la concurrence régionale. Dans une décision du 22 mai 2026, son Autorité régionale de la concurrence a examiné la reprise d’Uniwax par la Compagnie ivoirienne de coton (COIC). L’institution estime que les importations asiatiques représentent entre 80 % et 85 % des volumes consommés sur le marché textile régional. Ce chiffre décrit la pression concurrentielle, mais ne mesure pas à lui seul les ventes d’Uniwax ni la situation de chaque pays.
Le secteur relie aussi deux étapes industrielles : la production et l’égrenage du coton, puis sa transformation en tissu imprimé. La COIC intervient principalement en amont, tandis qu’Uniwax transforme et commercialise des textiles. Leur rapprochement peut ainsi rapprocher une partie de la filière, sans garantir automatiquement des débouchés ou des prix plus favorables.
Des ventes stables, une exploitation redressée
Sur les neuf premiers mois de 2026, Uniwax annonce un chiffre d’affaires de 22,48 milliards de francs CFA, quasiment au même niveau que sur la période correspondante de l’année précédente. Son résultat net atteint 990,8 millions de francs CFA. Le résultat d’exploitation, qui mesure la performance de l’activité avant frais financiers et impôts, avoisine lui aussi un milliard de francs CFA.
Le contraste avec la période précédente est notable : le résultat d’exploitation était déficitaire d’environ 350 millions de francs CFA. Le rapport d’activité publié le 28 octobre attribue le redressement à une production plus élevée, à une meilleure maîtrise des dépenses et à une composition des ventes plus favorable aux marges. Des chiffres repris dans une analyse financière ivoirienne confirment les principaux montants publiés. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de distinguer précisément la contribution de chaque mesure.
Produire davantage peut aider à répartir les coûts fixes de l’usine sur un plus grand nombre de pièces. Mais cette amélioration n’est durable que si les articles produits trouvent des acheteurs et si les stocks restent maîtrisés. Un résultat d’exploitation positif constitue donc un signe encourageant, pas encore la preuve d’un redressement installé.
La comparaison du bénéfice net demande également de la prudence. Les comptes de 2025 ont été retraités : les données comparables font état d’une perte de 546,6 millions de francs CFA sur les neuf premiers mois. Les comptes publiés initialement affichaient, eux, un bénéfice de 8,14 milliards, largement lié à un gain exceptionnel. Les deux chiffres ne décrivent donc pas la même base comptable. La hausse actuelle ne doit pas être présentée comme une progression directe par rapport au montant publié l’an dernier.
Un changement de propriétaire au milieu du redressement
La performance opérationnelle s’inscrit dans une période de transition actionnariale. Le 18 septembre 2026, des déclarations de franchissement de seuil ont établi que la COIC détenait 72,29 % du capital d’Uniwax, après le transfert des parts jusque-là détenues par des sociétés du groupe Vlisco. L’Autorité de la concurrence de la CEDEAO avait autorisé l’opération en mai. Elle a notamment relevé la complémentarité entre les activités cotonnières de la COIC et la transformation textile d’Uniwax.
Le changement d’actionnaire ne peut cependant pas être tenu pour la cause des résultats des neuf premiers mois. Selon les éléments publiés, les efforts de réduction des coûts et d’amélioration de la production avaient commencé avant la transaction. Ils avaient déjà contribué aux résultats du premier semestre. Il faut donc séparer le redressement engagé par l’entreprise de la stratégie que son nouvel actionnaire pourrait décider ensuite.
Un autre changement complique la lecture des ventes : la marque Woodin est sortie du périmètre opérationnel d’Uniwax après le transfert de la participation majoritaire. La hausse de 2,4 % des ventes de la marque Uniwax aurait compensé cette sortie, maintenant le chiffre d’affaires global presque inchangé. Ainsi, la stabilité des recettes ne signifie pas que toutes les marques ou activités ont évolué de la même façon.
La prochaine étape : convertir l’efficacité en débouchés
Pour les salariés et les fournisseurs, une usine qui améliore son exploitation peut offrir davantage de visibilité. Pour la direction et le nouvel actionnaire, le défi est de prolonger les gains de productivité sans fragiliser l’emploi, la qualité ou l’approvisionnement. Pour les commerçants et les consommateurs, l’enjeu se joue aussi dans la disponibilité, le prix et l’attrait des tissus face aux produits importés.
À l’échelle ivoirienne, l’enjeu concerne la transformation locale d’une matière première produite dans le pays. À l’échelle ouest-africaine, il pose une question plus vaste : une filière régionale peut-elle gagner en compétitivité lorsque les importations occupent une place majeure sur les marchés ? L’Autorité de la CEDEAO a autorisé le rapprochement tout en indiquant qu’elle suivrait l’évolution de la concurrence après l’opération.
Les prochains résultats d’Uniwax permettront de vérifier si les marges restent positives et si les ventes progressent réellement à périmètre comparable. Il faudra aussi observer les investissements industriels et l’évolution des débouchés régionaux. Pour l’heure, le signal est précis, mais encore limité : l’activité courante s’est redressée, tandis que les ventes restent presque stables.