À Mbuji-Mayi, la relance de la Minière de Bakwanga (MIBA) ne dépend pas seulement de nouveaux équipements ou de capitaux. Elle repose aussi sur une question immédiate : les organes de direction et les actionnaires pourront-ils travailler ensemble alors que leurs désaccords pèsent sur l’avenir de l’entreprise ?
Une entreprise stratégique pour le Kasaï-Oriental
La MIBA est un acteur historique de l’extraction diamantifère en République démocratique du Congo (RDC). Son siège et ses activités sont liés à Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï-Oriental. Son avenir concerne donc autant l’État actionnaire que les travailleurs et l’économie locale. Les difficultés de production et la fragilité financière de la société compliquent cependant toute reprise durable.
La gouvernance est également un enjeu économique. L’État congolais détient 80 % du capital, tandis qu’ASA Resources Group en possède 20 %. Les deux actionnaires sont en désaccord sur une augmentation de capital destinée à financer la relance. Ce différend intervient après des tensions entre le conseil d’administration et l’ancienne direction générale.
De nouveaux responsables, des désaccords qui demeurent
Une ordonnance présidentielle lue sur les antennes de la Radio-Télévision nationale congolaise le 31 octobre 2026 annonce plusieurs changements à la tête de la MIBA. Des médias congolais ont également rapporté ces nominations. Placide Ndumbi Kayembe Mubanga prend la présidence du conseil d’administration, à la place de Jean-Charles Okoto Lolakombe. Albert-Gordon Kalonji Ditutu, jusque-là directeur technique, devient directeur général en remplacement d’André Kabanda Kana. Les nominations annoncées à la tête de la MIBA ont aussi été rapportées par la presse congolaise.
Niu Haoran conserve ses fonctions de directeur général adjoint et d’administrateur représentant ASA, selon les comptes rendus disponibles. L’ordonnance maintient par ailleurs plusieurs administrateurs représentant l’État et nomme Joseph Daniel Mukendi Wa Dinanga au conseil, en remplacement de Minor Mutoke Katembwe, décédé. Ces changements ne mettent pas fin au désaccord sur la représentation des actionnaires. Ils n’établissent pas non plus, à eux seuls, que toutes les questions de gouvernance ont été réglées.
La recapitalisation concentre les tensions. L’opération prévue porte sur environ 137,54 milliards de francs congolais, soit près de 60,7 millions de dollars selon les montants rapportés en août. ASA conteste les résolutions adoptées lors d’une assemblée générale extraordinaire en mai et craint que sa participation soit diluée si elle ne souscrit pas à l’augmentation de capital. L’existence d’une procédure engagée devant le Tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe a été rapportée ; son état exact et ses suites ne peuvent être déduits des seules déclarations des parties. Le différend entre l’État et ASA sur la recapitalisation a été documenté par un média économique congolais.
ASA a salué les nominations par la voix de son avocat-conseil, qui y voit une confirmation de la place de son groupe dans l’actionnariat et de son représentant à la direction générale adjointe. Cette lecture est celle d’ASA : elle ne constitue pas une décision de justice ni une interprétation indépendante de l’ordonnance. Le groupe avait contesté en justice le processus de recapitalisation ; l’État, actionnaire majoritaire, reste central dans les décisions de financement et de gouvernance.
Le redressement au-delà des nominations
La nouvelle équipe hérite d’une entreprise confrontée à des problèmes structurels. Selon des chiffres attribués à l’ancien directeur général dans la matière rendue publique, le passif de la MIBA avoisinerait 280 millions de dollars et l’âge moyen du personnel serait proche de 55 ans. Ces estimations doivent être lues comme des données attribuées, et non comme un audit récent et indépendant. Les arriérés de salaires et la vétusté des installations sont aussi signalés, sans qu’un bilan actualisé et vérifié soit disponible ici.
Pour les travailleurs, la relance ne se mesurera pas uniquement au montant inscrit dans un plan financier. Elle dépendra du paiement régulier des salaires, de la reprise de l’activité et de la capacité à renouveler les compétences. Pour Mbuji-Mayi, la santé de la société touche aussi les emplois et les échanges économiques liés à la mine. À l’échelle de l’État, l’enjeu est de remettre en activité une entreprise publique sans laisser le conflit entre actionnaires retarder les investissements.
La recapitalisation annoncée ne suffira pas si les responsabilités de gestion restent disputées ou si les investissements ne sont pas accompagnés d’un plan opérationnel vérifiable. Un audit, un état des équipements et une feuille de route assortie d’échéances permettraient de distinguer les annonces de financement des résultats concrets. Les modalités de participation d’ASA et le traitement du contentieux seront donc déterminants pour la suite.
Un enjeu congolais, une portée régionale
La MIBA n’est pas seulement une société minière : son redémarrage concerne l’emploi et l’activité économique dans le Kasaï-Oriental, tandis que le partage des responsabilités engage directement l’État congolais. Le dossier s’inscrit aussi dans un contexte régional où les pays cherchent à mieux transformer la valeur de leurs ressources et à renforcer la transparence de leur gouvernance. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de tirer des conclusions sur l’ensemble du secteur diamantifère africain.
Les prochains repères seront concrets : décisions judiciaires confirmées, clarification de la représentation des actionnaires et calendrier de financement de la relance. La nouvelle direction devra également démontrer que le conseil d’administration et la direction générale peuvent coordonner leurs décisions. Tant que ces éléments ne sont pas établis, le changement de dirigeants ouvre une nouvelle étape, mais ne garantit pas encore la reprise de la production.