Pour l’Algérie, le défi touristique ne consiste plus seulement à attirer des visiteurs. Il faut aussi rendre l’offre visible, réservable et compréhensible depuis Alger comme depuis les marchés étrangers. C’est dans cette logique que les autorités préparent un nouvel outil numérique de promotion de la destination nationale.

Une vitrine numérique pour élargir les marchés

Le ministère algérien du Tourisme et de l’Artisanat travaille avec la société italienne Ck Cooperation S.r.l. sur une plateforme destinée à présenter les atouts touristiques de l’Algérie. Le projet s’appuierait sur le portail italien My Temple Art, selon une annonce publiée le 3 octobre 2026 par l’Agence Algérie Presse Service.

Une séance technique a réuni des responsables du ministère et les représentants de l’entreprise. Les échanges ont porté sur les sites, les circuits et les expériences à mettre en avant. L’objectif est de renforcer la présence numérique de la destination auprès du public algérien, mais aussi des voyageurs étrangers.

Cette orientation répond à une difficulté concrète. L’Algérie possède une façade méditerranéenne, des villes historiques, des paysages sahariens, des sites archéologiques et un patrimoine culturel dense. Pourtant, ces offres restent encore dispersées sur internet. Pour un visiteur, l’accès à l’information, à la réservation et aux itinéraires peut donc manquer de simplicité.

Un chantier qui dépasse la promotion

La future plateforme ne constitue qu’un volet d’une transformation plus large. Le ministère développe également des services en ligne pour les hébergements, les agences de voyages, les guides et les artisans. Le portail officiel présente notamment Book in Algeria, un service destiné à rechercher et réserver des hôtels et des résidences hôtelières.

Le secteur dispose déjà de plusieurs points d’accès numériques. Le ministère référence un portail de services publics, un site de circuits touristiques et une plateforme de promotion de la destination algérienne. Cette architecture doit encore gagner en cohérence pour éviter que les visiteurs ne passent d’un site à l’autre sans parcours unifié.

La numérisation concerne aussi l’administration. Le ministère affirme vouloir dématérialiser les procédures liées à l’agrément et au classement des établissements, ainsi qu’à l’activité des agences, des artisans et des guides. En pratique, l’enjeu est double : réduire les délais pour les professionnels et améliorer la visibilité de l’offre déclarée.

En septembre 2026, la ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Houria Meddahi, a suivi l’avancement de cette stratégie. Le ministère évoque la modernisation de ses plateformes, l’intégration des directions du tourisme des wilayas et le renforcement des outils liés au suivi des activités. Il met également en avant le concours IA Tour Algérie 2026, destiné à encourager les usages de l’intelligence artificielle dans la promotion touristique.

Un objectif de croissance élevé

Les autorités algériennes visent huit millions de touristes à l’horizon 2029. La cible représente environ 4,5 millions de visiteurs supplémentaires par rapport au niveau annoncé pour 2025. Elle suppose toutefois de distinguer les visiteurs internationaux, les membres de la diaspora et les touristes résidents, souvent regroupés dans les statistiques générales.

Cette distinction est essentielle pour mesurer les retombées réelles. Un voyageur étranger dépense dans le transport, l’hébergement, la restauration et les loisirs. Un touriste algérien contribue aussi à l’économie, mais ses dépenses circulent davantage dans les réseaux nationaux, notamment durant les périodes estivales et les fêtes.

Les projections du World Travel & Tourism Council, élaborées avec Oxford Economics, donnent une idée du poids attendu du secteur. Elles évaluent à près de 16 milliards de dollars la contribution directe et indirecte du voyage et du tourisme au produit intérieur brut algérien en 2025. Le chiffre pourrait atteindre environ 16,6 milliards en 2026 et 21 milliards en 2036, selon les prix et les taux de change utilisés dans cette étude.

Le même travail estime que le secteur a soutenu environ 727 100 emplois en 2025. Ce total inclut les emplois directement liés au tourisme et ceux qui dépendent de ses chaînes d’approvisionnement. Il pourrait atteindre près de 900 500 emplois en 2036. Ces estimations restent des projections : elles dépendent de l’investissement, de la fréquentation et de la capacité des entreprises à formaliser leurs activités.

Le marché intérieur comme premier levier

La stratégie algérienne ne repose pas uniquement sur l’arrivée de visiteurs étrangers. Les dépenses des touristes résidents constituent déjà la principale composante du marché. Cette réalité offre un avantage, car elle réduit la dépendance aux fluctuations des marchés internationaux et aux variations des liaisons aériennes.

Elle impose aussi une exigence de qualité. Les familles algériennes recherchent des hébergements accessibles, des transports fiables, des informations claires et des activités adaptées aux différentes régions. Une plateforme efficace devra donc afficher les prix, les disponibilités et les conditions de réservation de manière transparente.

Le numérique peut également rapprocher les petites structures des clients. Une maison d’hôtes dans une wilaya éloignée, un guide local ou un artisan peuvent gagner en visibilité sans disposer d’un budget publicitaire comparable à celui d’un grand établissement. Cependant, cette ouverture ne fonctionnera que si les professionnels sont formés et si la couverture internet reste suffisante dans les zones rurales et sahariennes.

Un enjeu pour le Maghreb et l’Afrique

À l’échelle régionale, l’Algérie évolue dans un espace maghrébin marqué par une forte concurrence entre destinations. Le Maroc et la Tunisie disposent d’une longue expérience dans la commercialisation internationale de leurs offres. L’Algérie cherche donc à valoriser un positionnement différent, fondé sur la diversité de ses territoires, son patrimoine et l’ampleur de son marché intérieur.

La relance numérique intervient aussi dans un contexte de coopération maghrébine limitée. L’Union du Maghreb arabe, qui réunit l’Algérie, la Libye, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie, reste peu active sur le plan de l’intégration économique. Les connexions touristiques régionales demeurent donc plus difficiles qu’elles ne pourraient l’être.

Pour l’Union africaine, l’expérience algérienne pose une question plus large : comment transformer la richesse patrimoniale en produits accessibles, sans réduire les cultures locales à de simples images promotionnelles ? La réponse passera par des plateformes multilingues, des données fiables, des circuits mieux connectés et une place réelle accordée aux opérateurs locaux.

La prochaine étape sera de vérifier la capacité de ces outils à produire des résultats mesurables. Il faudra suivre le nombre de réservations, la répartition des visiteurs entre les régions, les revenus générés pour les petites entreprises et la progression de l’emploi. Pour l’Algérie, la réussite ne se mesurera donc pas seulement au lancement d’une plateforme, mais à son usage quotidien par les voyageurs et les professionnels.