À Tasiast, la production progresse alors que les objectifs mondiaux de Kinross Gold reculent. Ce contraste place la mine mauritanienne au cœur de la stratégie du groupe canadien, mais aussi des équilibres économiques de la Mauritanie.
Tasiast confirme son rôle dans le portefeuille de Kinross
Située dans la région de l’Inchiri, à environ 300 kilomètres au nord-est de Nouakchott, Tasiast reste l’un des principaux actifs de Kinross Gold. La mine à ciel ouvert a produit 503 429 onces équivalent or en 2025. Ce volume représentait environ un quart de la production totale du groupe.
Le site mauritanien dispose d’une capacité de traitement renforcée depuis l’achèvement du projet Tasiast 24K, en 2023. L’usine peut désormais traiter jusqu’à 24 000 tonnes de minerai par jour sur une base annuelle. Cette montée en puissance soutient les volumes, même lorsque la teneur du minerai varie selon les phases d’exploitation.
Au premier semestre 2026, Tasiast a produit 263 325 onces, contre 256 870 onces sur la même période de 2025. La hausse atteint donc environ 2,5 %. Au deuxième trimestre, la production s’est établie à 133 311 onces. Le débit plus élevé de l’usine a contribué à cette performance.
Ces résultats distinguent Tasiast de plusieurs autres mines du groupe. Kinross prévoit désormais une production mondiale comprise entre 1,84 million et 1,86 million d’onces équivalent or en 2026. Cette fourchette se situe 2 à 3 % sous la limite basse de la prévision communiquée précédemment.
Une baisse mondiale concentrée hors de Mauritanie
La révision annoncée le 23 septembre 2026 ne remet pas en cause les objectifs opérationnels de Tasiast. Elle concerne principalement La Coipa, au Chili, et Round Mountain, aux États-Unis.
À La Coipa, plusieurs épisodes météorologiques extrêmes ont perturbé l’extraction et le traitement du minerai au troisième trimestre. Kinross a également rencontré des teneurs en cuivre plus élevées que prévu dans certains minerais sulfurés. Cette composition a réduit la récupération de l’or, c’est-à-dire la part du métal effectivement extraite lors du traitement.
À Round Mountain, les cadences d’extraction ont été inférieures aux prévisions. Les teneurs du minerai et les taux de récupération ont également pesé sur les volumes. Kinross concentre donc l’ajustement de ses prévisions sur deux actifs confrontés à des difficultés spécifiques, plutôt que sur l’ensemble de son portefeuille.
Le groupe maintient, en revanche, son objectif de production combinée d’environ 1,1 million d’onces pour Paracatu, au Brésil, et Tasiast en 2026. Ces deux mines sont présentées comme les plus importantes et les moins coûteuses de son dispositif minier.
Pour la Mauritanie, un actif stratégique mais exposé
La bonne tenue de Tasiast apporte une visibilité importante à la Mauritanie. La mine constitue l’un des grands pôles industriels du pays. Elle génère des emplois, mobilise des entreprises locales et contribue aux recettes publiques par les redevances, les impôts et d’autres paiements liés à l’activité extractive.
Selon les données publiées par l’exploitant, Tasiast comptait plus de 4 000 emplois directs et indirects en 2025. L’effectif direct était composé à 97,8 % de Mauritaniens. Ces chiffres doivent toutefois être lus avec précision : l’activité minière crée de la valeur, mais elle dépend aussi des cours de l’or, des coûts énergétiques, de la logistique et du calendrier d’extraction.
La mine se trouve loin de Nouakchott et des principaux centres urbains. Les effets économiques ne sont donc pas répartis de manière uniforme. Les travailleurs, les sous-traitants et les communautés proches du site sont directement concernés. Les ménages urbains bénéficient davantage des effets budgétaires et commerciaux indirects, tandis que les zones d’accueil attendent surtout des services, des infrastructures et des retombées durables.
Cette question est d’autant plus importante que la Mauritanie cherche à diversifier son économie. Le pays demeure fortement lié aux industries extractives, notamment le minerai de fer, l’or et désormais le gaz naturel. La progression de Tasiast renforce les recettes à court terme, mais elle ne dispense pas de développer la transformation locale, la formation technique et les activités productives autour du secteur minier.
Des réserves encore importantes, mais une trajectoire à surveiller
À la fin de 2025, Tasiast disposait de 4,4 millions d’onces de réserves prouvées et probables. La durée de vie actuellement annoncée s’étend jusqu’en 2033. Kinross prévoit aussi d’accéder progressivement à des teneurs plus élevées dans les parties profondes de la mine.
Cette perspective peut soutenir la production mauritanienne à moyen terme. Elle dépend cependant de plusieurs paramètres : l’évolution du gisement, les investissements, les coûts d’exploitation et les autorisations nécessaires. Une réserve minière n’est pas une production garantie. Elle doit être extraite dans des conditions techniques et économiques viables.
Kinross prévoit par ailleurs une contribution de Phase X à Round Mountain à partir de 2028. Pour Tasiast, la stratégie repose surtout sur la progression vers des zones plus riches du gisement. Le groupe entend ainsi maintenir la mine parmi ses piliers après 2026.
Une portée régionale au-delà des comptes de Kinross
La trajectoire de Tasiast s’inscrit dans une Mauritanie située à la jonction de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. Le pays a quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, en 2000. Il reste membre de l’Union du Maghreb arabe et conserve des liens économiques avec l’espace ouest-africain.
Cette position donne aux investissements miniers mauritaniens une portée particulière. Les fournisseurs, les corridors logistiques et les compétences circulent entre la Mauritanie, le Sénégal, le Mali et d’autres marchés voisins. La stabilité de la production à Tasiast peut donc soutenir des chaînes économiques dépassant les limites de la mine.
Le prochain point d’attention sera l’exécution de la nouvelle prévision mondiale de Kinross en 2026 et en 2027. Pour la Mauritanie, l’enjeu sera de transformer la performance de Tasiast en retombées plus larges, tout en préparant l’après-2033 et en limitant la dépendance à une seule grande exploitation.