Pour une usine nigériane, produire ne dépend plus seulement de la demande ou des matières premières. La continuité de l’électricité devient un facteur de compétitivité. Dans ce contexte, des entreprises commencent à accéder au solaire sans acheter elles-mêmes les centrales qui alimentent leurs sites.
Le principe est simple. Un développeur privé finance et installe les équipements, puis les exploite sur la durée. L’entreprise cliente paie l’électricité produite, selon un contrat défini à l’avance. Elle évite ainsi un investissement initial lourd, tout en réduisant son exposition au réseau national et aux groupes électrogènes.
Au Nigeria, l’électricité pèse directement sur l’industrie
Le Nigeria concentre une grande partie de cette évolution. La première économie d’Afrique de l’Ouest dispose d’importantes ressources énergétiques, mais son réseau électrique reste insuffisant pour répondre aux besoins des industries, des commerces et des services. Les entreprises doivent donc combiner réseau public, générateurs au diesel ou au gaz, batteries et solutions solaires.
Cette situation renchérit les coûts de production. D’après des données attribuées à la Manufacturers Association of Nigeria, l’organisation qui représente le secteur manufacturier nigérian, les industriels auraient consacré 1 340 milliards de nairas aux sources alternatives d’électricité en 2025. Ce montant serait supérieur d’environ 21 % à celui de 2024, estimé à 1 110 milliards de nairas. Plusieurs médias nigérians ont rapporté ces chiffres, notamment The Punch et TheCable.
Ces dépenses ne correspondent pas uniquement au solaire. Elles couvrent aussi les groupes électrogènes, le gaz et d’autres dispositifs d’autoproduction. Elles montrent toutefois le prix économique d’un approvisionnement instable. Pour les grandes usines, une panne ne signifie pas seulement quelques heures perdues. Elle peut interrompre une chaîne de production, retarder une livraison et augmenter le coût final des marchandises.
Un contrat de 4 MW dans la région South-South
Le nouvel accord conclu entre Daystar Power et United Metal and Plastic Industry Limited illustre cette transformation. L’entreprise nigériane doit bénéficier d’une centrale solaire de 4 mégawatts pour ses activités industrielles. Daystar indique prendre en charge la conception, le financement, la construction, l’exploitation et la maintenance de l’installation.
United Metal and Plastic Industry Limited n’a donc pas à mobiliser immédiatement le capital nécessaire pour acheter et construire l’actif. Le contrat doit lui permettre d’accéder à une production solaire dédiée, tout en transférant une partie des risques techniques et opérationnels au développeur.
Daystar présente ce projet comme son plus important dans la région South-South, qui regroupe plusieurs États du sud du Nigeria, notamment autour du delta du Niger. Cette zone combine une forte activité industrielle, une présence portuaire et une demande élevée en électricité. Les informations publiques disponibles ne précisent toutefois ni le coût total du projet, ni son calendrier de mise en service, ni la structure exacte du financement.
Le développeur s’est déjà positionné auprès de grands consommateurs d’électricité au Nigeria, mais aussi au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Togo. Son modèle repose sur des installations solaires distribuées, c’est-à-dire produites au plus près du lieu de consommation, plutôt que dans une très grande centrale éloignée des clients.
Le solaire devient un service énergétique
Le montage ne repose pas uniquement sur Daystar. D’autres acteurs proposent aux entreprises africaines de consommer une électricité solaire sans devenir propriétaires des panneaux, des onduleurs ou des batteries.
Au Nigeria, Empower New Energy a ainsi annoncé un programme avec l’enseigne de distribution Justrite. Le projet doit couvrir 21 magasins. L’entreprise norvégienne finance et détient les installations, tandis que le distributeur achète l’électricité produite. Le montant annoncé pour l’ensemble du programme atteint 11 millions de dollars, selon les informations publiées par Empower New Energy.
Ce type de contrat change la manière de calculer le coût de la transition énergétique. Pour un industriel ou un commerçant, la question n’est plus seulement de savoir s’il peut acheter une centrale. Il doit aussi comparer le prix de l’électricité contractuelle avec celui du diesel, du gaz, du réseau et du financement bancaire.
Le modèle réduit également le risque lié aux devises. Une entreprise nigériane qui achète directement des équipements importés peut subir la dépréciation du naira, les retards logistiques et la hausse des taux d’intérêt. Avec un contrat de fourniture, une partie de ces contraintes est portée par le développeur. En revanche, la durée d’engagement, les clauses d’indexation et la solidité financière du fournisseur deviennent déterminantes.
Une progression qui dépasse les grandes usines
Les installations commerciales et industrielles s’inscrivent dans une progression plus large du solaire distribué sur le continent. Le Global Solar Council estime que les systèmes distribués ont représenté environ 44 % des nouvelles capacités solaires installées en Afrique en 2025. Cette catégorie comprend notamment les toitures, les petites centrales privées et les équipements installés directement chez les consommateurs.
Le même organisme a estimé que les installations solaires africaines avaient progressé de 54 % sur un an en 2025. Ces données doivent être lues avec prudence. Les petites installations privées sont plus difficiles à recenser que les centrales raccordées au réseau. La part réelle du solaire distribué pourrait donc être supérieure aux statistiques disponibles. Les résultats publiés par le Global Solar Council sont consultables dans son bilan du marché africain.
Cette dynamique concerne plusieurs profils d’acteurs. Les grandes usines cherchent à sécuriser leurs lignes de production. Les chaînes de magasins veulent réduire les dépenses liées à leurs points de vente. Les télécoms ont besoin d’alimenter des équipements dispersés. Les hôtels, les entrepôts et les centres commerciaux recherchent, eux aussi, une alimentation plus prévisible.
Le financement reste le principal verrou
Le développement de ces solutions dépendra cependant de la capacité des développeurs à lever des capitaux à long terme. Les équipements solaires ont un coût initial élevé, même si leur fonctionnement exige ensuite moins de combustible qu’un générateur thermique. Les batteries ajoutent une dépense importante, mais elles permettent de déplacer une partie de la consommation vers les heures où le soleil ne produit plus.
Pour les entreprises clientes, l’enjeu sera de sécuriser des contrats transparents. Le prix du kilowattheure, les garanties de disponibilité, la maintenance, le remplacement des batteries et les conditions de sortie doivent être clairement définis. Sans ces protections, le transfert du financement ne supprime pas le risque. Il peut seulement le déplacer.
À l’échelle régionale, ces projets montrent aussi les limites d’une lecture centrée uniquement sur les grands réseaux nationaux. Au Nigeria comme dans d’autres pays africains, une partie de la croissance électrique passe désormais par des installations privées, implantées dans les usines, les magasins ou les sites de services. Le prochain enjeu sera de relier ces solutions aux politiques industrielles, aux régulateurs et aux objectifs d’intégration énergétique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO.
Le solaire commercial et industriel ne remplace donc pas encore les réseaux publics. Il offre plutôt une voie intermédiaire pour les entreprises qui doivent produire aujourd’hui, malgré les incertitudes de l’approvisionnement. La bataille se jouera désormais autant sur le coût du financement que sur le prix des panneaux.