À Madagascar, le cacao ne joue pas dans la même catégorie que les géants ouest-africains. Le pays pèse peu par ses volumes, mais il compte dans un segment où l’arôme, l’origine et la régularité peuvent valoir davantage que la production de masse. Cette singularité a récemment offert à la filière malgache une visibilité nouvelle dans la gouvernance internationale du cacao.

Une filière concentrée dans le nord-ouest de Madagascar

La production malgache est principalement implantée dans le bassin du Sambirano, autour d’Ambanja, dans la région Diana. Selon les estimations disponibles, cette zone fournit environ 90 % à 95 % du cacao du pays. Elle bénéficie d’un climat chaud et humide, ainsi que de conditions favorables à la culture de cacaoyers dont les fèves développent des profils aromatiques recherchés.

La filière repose surtout sur des exploitations familiales. Elle fait vivre plusieurs dizaines de milliers de producteurs, auxquels s’ajoutent les acteurs de la collecte, de la fermentation, du séchage, du transport et de l’exportation. Cette organisation crée une activité économique importante dans une région éloignée d’Antananarivo, mais elle expose aussi les producteurs aux variations des prix internationaux et aux difficultés d’accès aux infrastructures.

Les données de production doivent toutefois être lues avec prudence. La FAO a officiellement renseigné 10 234 tonnes de fèves pour Madagascar en 2022. La base FAOSTAT fait apparaître une estimation de 21 000 tonnes pour 2024, tout en précisant que cette valeur provient d’une source externe et ne constitue pas une donnée officielle de la FAO. Ces écarts montrent les limites du suivi statistique d’une filière encore peu structurée.

À l’échelle mondiale, Madagascar reste donc un producteur de niche. La campagne cacaoyère 2024-2025 représente près de 4,8 millions de tonnes selon les données de l’Organisation internationale du cacao, l’ICCO. Même en retenant l’estimation la plus élevée pour Madagascar, la part malgache demeure inférieure à 1 % de l’offre mondiale.

La qualité comme stratégie de différenciation

Le principal atout du cacao malgache réside dans sa classification comme cacao fin ou aromatique. Cette catégorie désigne des fèves présentant des caractéristiques sensorielles particulières, liées à la génétique des plants, au terroir, aux pratiques agricoles et aux opérations effectuées après la récolte.

L’ICCO classe 100 % des exportations malgaches de fèves dans cette catégorie. La liste actualisée par l’organisation en 2024 confirme cette reconnaissance. Elle ne signifie pas que Madagascar domine le marché par ses volumes. Elle indique plutôt que ses fèves sont positionnées sur un segment spécialisé, utilisé notamment par des chocolatiers recherchant des notes fruitées, acidulées ou épicées.

Dans le Sambirano, la qualité dépend autant des variétés cultivées que de la fermentation et du séchage. Ces étapes déterminent une grande partie du profil final de la fève. Elles demandent du temps, des équipements adaptés et un contrôle régulier. Une mauvaise fermentation peut réduire la valeur d’un cacao pourtant issu d’un terroir favorable.

Cette réputation peut permettre aux exportateurs d’obtenir une prime par rapport au cacao courant. Cependant, cette prime ne bénéficie pas automatiquement à tous les producteurs. Elle dépend de la transparence de la chaîne, de la qualité des lots, des contrats, des coûts logistiques et de la capacité des organisations paysannes à négocier.

Un pays encore très dépendant des exportations de fèves

Comme dans plusieurs pays producteurs africains, Madagascar transforme encore une faible part de sa récolte sur place. La majorité du cacao quitte le pays sous forme de fèves. Les marchés européens figurent parmi les principaux débouchés, aux côtés des États-Unis, des Émirats arabes unis, de l’Inde et de la Russie.

Entre 2020 et 2023, Madagascar a exporté en moyenne environ 13 400 tonnes de fèves par an, selon les données compilées à partir des statistiques commerciales et agricoles. Les recettes correspondantes ont atteint près de 25 millions de dollars par an en moyenne sur la période. Ces montants restent modestes à l’échelle du commerce mondial du cacao, mais ils représentent un revenu significatif pour les territoires producteurs.

Le contraste avec les produits transformés demeure marqué. En 2023, les exportations de fèves ont atteint environ 11 600 tonnes, tandis que les produits dérivés du cacao n’ont représenté qu’un peu plus de 280 tonnes. Les produits cacaotés, notamment le chocolat et ses dérivés, ont constitué l’essentiel de ces volumes transformés.

Cette situation limite la création de valeur à Madagascar. La transformation locale peut pourtant générer davantage d’emplois, renforcer les compétences industrielles et réduire la dépendance aux cours de la fève brute. Elle exige cependant une alimentation électrique fiable, des équipements adaptés, des normes sanitaires maîtrisées et un accès régulier aux marchés.

Des investissements apparaissent autour d’Ambanja

Des capacités nouvelles commencent à modifier cette équation. En juillet 2024, une unité de production de poudre de cacao a été mise en service à Ambanja dans le cadre du programme public « Un district, une usine ». Sa capacité annoncée atteint une tonne par heure.

En novembre 2024, l’entreprise Sambirano Ingredients a également inauguré une installation dédiée à la transformation du cacao. La société a annoncé une capacité d’au moins 100 tonnes de produits semi-finis par an. Ces unités restent limitées par rapport au potentiel de la filière, mais elles marquent une évolution importante : le cacao n’est plus seulement considéré comme une matière première destinée à quitter l’île.

Le défi consiste désormais à relier ces investissements aux petits producteurs. Sans contrats durables, services techniques et rémunération liée à la qualité, les usines risquent de fonctionner en dessous de leurs capacités. À l’inverse, une meilleure organisation de la collecte pourrait sécuriser l’approvisionnement et améliorer la part de valeur revenant aux communautés du Sambirano.

Une responsabilité nouvelle dans la gouvernance mondiale

La filière malgache a obtenu une visibilité supplémentaire après l’élection de Philippe Fontayne, vice-président du Conseil national du cacao, à la présidence du Conseil international du cacao pour l’année cacaoyère 2026-2027. Cette décision a été prise lors de la 114e réunion ordinaire de l’ICCO, organisée à Abidjan du 14 au 18 septembre 2026, selon des informations publiées par CapMad et confirmées par le média malgache Newsmada.

Cette présidence ne transforme pas automatiquement Madagascar en puissance cacaoyère. Elle lui donne toutefois une tribune dans les discussions sur la qualité, la durabilité, les revenus des producteurs et l’évolution des règles internationales. Elle intervient aussi dans un contexte où les pays africains cherchent à mieux valoriser leurs matières premières au lieu d’exporter principalement des produits peu transformés.

Pour Madagascar, la prochaine étape sera de convertir cette reconnaissance internationale en progrès concrets dans le Sambirano. La question centrale ne sera pas seulement le volume produit. Elle concernera la capacité à préserver la qualité, à développer la transformation locale et à mieux répartir la valeur entre producteurs, entreprises et territoires.