La Côte d’Ivoire gagne des tonnes d’or, mais une partie de la valeur de ce métal se construit ailleurs : dans les raffineries, les circuits commerciaux et les marchés qui fixent les conditions d’accès aux acheteurs. Comprendre où part l’or ivoirien aide à mesurer l’enjeu de la transformation locale.
Des destinations visibles, mais pas toujours l’acheteur final
Les dernières données publiques détaillées sur les destinations par mine restent anciennes. Le rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) consacré à l’année 2022 recense, pour plusieurs mines industrielles ivoiriennes, des expéditions vers la Suisse. Il fait aussi apparaître l’Afrique du Sud, la France et l’Australie. Pour l’or issu de l’exploitation artisanale et à petite échelle, les Émirats arabes unis dominent les destinations déclarées ; la Turquie apparaît également.
Ces données décrivent les pays de destination déclarés à l’exportation, pas nécessairement les acheteurs finaux. L’or peut y être raffiné, négocié puis revendu. La Suisse et l’Afrique du Sud disposent d’importantes infrastructures de traitement. Les Émirats arabes unis sont, eux, une plateforme majeure du commerce de l’or. La destination douanière constitue donc un indice sur le circuit du métal, mais ne suffit pas à en établir toute la trajectoire.
Le rapport ITIE 2023 confirme que les destinations de l’or minier peuvent varier d’un pays producteur à l’autre : au Mali, l’Afrique du Sud et la Suisse figuraient en tête des expéditions déclarées cette année-là. Ce constat régional ne permet toutefois pas de déduire la répartition actuelle des exportations ivoiriennes.
Une filière en expansion, des statistiques à actualiser
La production d’or ivoirienne a progressé de 23,54 tonnes en 2015 à 59,124 tonnes en 2024, selon les chiffres du ministère des Mines repris par le portail économique national. Les exportations ont atteint 57,265 tonnes cette dernière année, pour une valeur déclarée de 1 999 milliards de francs CFA. Ces séries officielles confirment la montée en puissance du secteur, mais ne donnent pas le détail récent des destinations par mine.
La différence entre production et exportations rappelle aussi qu’il faut distinguer les volumes extraits des volumes expédiés au cours d’une même année. Les données disponibles ne permettent pas, à elles seules, d’expliquer chaque écart ni de suivre les stocks et les délais entre extraction et exportation.
La croissance s’appuie sur l’ouverture de nouvelles mines et l’extension de projets existants. Lafigué a rejoint les sites en exploitation ; le projet Koné est attendu dans les prochaines années. Les prévisions publiques tablaient sur 61 tonnes de production en 2025, mais il s’agit d’une estimation et non d’un bilan annuel confirmé dans les données consultées. L’objectif annoncé par les autorités est de porter la production à 100 tonnes par an à l’horizon 2035.
Dans ce contexte, l’absence de statistiques récentes détaillées sur les destinations limite le débat public. Sans ventilation régulière des exportations par opérateur, forme du métal et pays destinataire, il est difficile de savoir si les circuits observés en 2022 restent représentatifs. Les marchés évoluent, tout comme les sites producteurs et les intermédiaires.
Le raffinage local, prochain test de la stratégie ivoirienne
Les autorités veulent désormais capter davantage de valeur sur le territoire national. Le ministère des Mines prévoit l’entrée en exploitation de la première unité ivoirienne d’affinage au premier semestre 2027. La Société ivoirienne des métaux précieux (SIMEP) doit associer cette installation à un comptoir national chargé de collecter et de tracer l’or issu des petites exploitations, puis d’organiser sa commercialisation.
Le projet ne se résume pas à construire une usine. Pour vendre sur les marchés internationaux, l’or raffiné doit répondre à des exigences reconnues de qualité, de traçabilité et de conformité. L’accès à ces débouchés dépendra aussi des contrats commerciaux, de la logistique et des mécanismes de contrôle. Les autorités indiquent que la commercialisation internationale de l’or affiné doit s’appuyer sur un partenaire spécialisé ; les modalités concrètes et les volumes concernés restent à suivre.
Les effets attendus ne seront pas identiques pour tous les acteurs. L’État vise une meilleure visibilité des flux et des recettes. Les opérateurs miniers industriels devront composer avec les choix de raffinage et de vente. Pour les mineurs artisanaux et semi-industriels, le comptoir pourrait structurer la collecte et faciliter l’accès au marché formel, à condition que les règles et les prix proposés soient accessibles. La transparence des achats sera déterminante pour mesurer les bénéfices réels.
Cette politique s’inscrit dans une dynamique ouest-africaine où l’or occupe une place importante dans les exportations, tandis que les pays cherchent à mieux contrôler les circuits et la transformation. Pour la Côte d’Ivoire, membre de la CEDEAO, l’enjeu est de renforcer la capacité locale sans confondre raffinage national et maîtrise complète du commerce mondial. La publication de statistiques récentes et comparables, ainsi que l’entrée en service de l’unité annoncée pour 2027, permettront de juger si la valeur ajoutée reste davantage dans le pays.
Sources de contexte intégrées : rapport ITIE 2022 de la Côte d’Ivoire, statistiques nationales sur la production et les exportations d’or, présentation ministérielle de la SIMEP et de l’unité d’affinage, analyse de SWISSAID sur les flux africains d’or.