Un nouveau front pétrolier s’ouvre au large de la Côte d’Ivoire
Sur le littoral ivoirien, la bataille ne se joue pas seulement sur les plateformes déjà en activité. Elle se joue aussi dans les zones encore peu cartographiées du bassin sédimentaire, là où un succès d’exploration peut changer l’équilibre énergétique d’un pays qui cherche à diversifier ses revenus et à sécuriser son approvisionnement. C’est dans ce cadre que la Côte d’Ivoire a signé, à Abidjan, huit contrats de partage de production avec Petrobras, la compagnie pétrolière nationale brésilienne.
Ce dossier s’inscrit dans une trajectoire déjà accélérée depuis la mise en production du gisement Baleine, au large du pays, et dans une stratégie ivoirienne plus large de montée en puissance des hydrocarbures. Le bassin sédimentaire ivoirien couvre environ 87 000 km², dont 54 blocs offshore, et 20 blocs sont déjà en activité, selon le ministère chargé des Mines, du Pétrole et de l’Énergie.
Ce que prévoit l’accord signé à Abidjan
Les contrats concernent huit blocs offshore situés dans la partie ouest du bassin, identifiés comme CI-513, CI-600, CI-601, CI-602, CI-603, CI-605, CI-701 et CI-702. Les blocs visés se trouvent dans des eaux profondes, avec des zones allant, selon l’Agence ivoirienne de presse, d’environ 1 500 à 4 000 mètres de colonne d’eau. Petrobras détiendra 90 % des parts opérationnelles, tandis que Petroci gardera 10 %.
L’accord porte d’abord sur l’exploration. Petrobras prévoit un premier investissement supérieur à 250 milliards de francs CFA, soit plus de 380 millions d’euros, pour les études géologiques et géophysiques. Ensuite, l’opérateur devra réaliser au moins huit forages sur une période estimée entre cinq et sept ans. Le gouvernement ivoirien indique aussi que, si des hydrocarbures sont découverts, près des deux tiers des volumes produits reviendront à la partie ivoirienne après recouvrement des coûts engagés.
Pourquoi Abidjan mise sur Petrobras maintenant
La séquence n’est pas isolée. En juin 2026, le gouvernement ivoirien avait déjà annoncé la signature de huit nouveaux contrats de partage de production avec Petrobras, en présentant cette étape comme un moyen d’élargir l’occupation du bassin sédimentaire national à 75 %. Le 17 septembre 2026, la signature a donc pris une forme contractuelle plus concrète, après plusieurs mois de négociation. Le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie avait d’ailleurs signalé que Petrobras avait manifesté son intérêt pour les huit blocs concernés dès mai 2025.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est double. D’abord, il s’agit d’attirer des capitaux et des compétences dans des zones offshore plus difficiles, où l’exploration coûte cher et exige une expertise technique lourde. Ensuite, il faut consolider une base énergétique nationale capable d’accompagner l’industrialisation et la croissance. Le pays n’en est plus à ses débuts : le champ Baleine, développé avec Eni, Petroci et Vitol, est devenu le symbole de cette nouvelle étape, avec une production déjà engagée et une phase 3 validée fin mai 2026 par un investissement de 4 milliards de dollars.
Dans ce contexte, Petrobras arrive dans un paysage où plusieurs majors et compagnies nationales se disputent l’accès aux blocs encore libres. La présence brésilienne traduit aussi une forme de diversification des partenaires de la Côte d’Ivoire, qui ne dépend plus d’un seul pôle d’investisseurs pour faire avancer son portefeuille pétrolier. C’est un signal important pour la souveraineté de décision du pays, mais aussi pour sa capacité à négocier des contrats plus favorables sur la durée.
Un intérêt qui dépasse le seul cadre ivoirien
L’arrivée de Petrobras en Côte d’Ivoire a une portée régionale. Le golfe de Guinée attire depuis plusieurs années des acteurs qui cherchent de nouvelles frontières d’exploration, alors que les bassins déjà matures exigent davantage d’investissements pour de nouveaux résultats. L’entreprise brésilienne dit elle-même vouloir reconstituer ses réserves de pétrole et de gaz par l’exploration de nouvelles zones, au Brésil comme à l’étranger. Cette logique explique son regard sur la marge atlantique africaine, où elle cherche désormais à s’installer plus durablement.
Pour la Côte d’Ivoire, membre de la CEDEAO, ce type d’accord compte aussi dans la compétition sous-régionale. Les États ouest-africains restent très attentifs à la manière dont ils valorisent leurs ressources, dans un moment où les recettes publiques, les besoins d’investissement et la transition énergétique coexistent avec de fortes contraintes budgétaires. À Abidjan, le pétrole est donc à la fois un levier de croissance, un enjeu de souveraineté et un test de gouvernance contractuelle. La question, désormais, n’est pas seulement de signer. Elle est de savoir si les prochaines années de forage confirmeront le potentiel attendu, et si la valeur créée bénéficiera à l’État, à Petroci et, plus largement, à l’économie ivoirienne.
Ce dossier s’inscrit enfin dans une dynamique continentale plus large. Plusieurs pays africains cherchent à mieux capter la valeur de leurs hydrocarbures tout en renforçant leur autonomie énergétique. La Côte d’Ivoire veut clairement compter parmi les pôles montants de cette carte. Les prochaines étapes seront donc décisives : lancement effectif des travaux, premiers forages, puis éventuelles découvertes sur ces blocs profonds de l’ouest du bassin.