Le marché africain des énergies renouvelables attire désormais un nouvel investisseur du Golfe. Après les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, Oman avance à son tour avec deux projets de grande capacité au Botswana et en Angola. Pour Mascate, l’enjeu dépasse la vente d’électricité : il s’agit aussi d’installer une présence durable dans les infrastructures énergétiques africaines.

Du Botswana à l’Angola, une stratégie qui prend forme

Le mouvement omanais s’appuie d’abord sur le Botswana, pays d’Afrique australe confronté à une forte dépendance aux importations d’électricité malgré un potentiel solaire important. Le 16 avril 2026, les autorités botswanaises ont lancé à Maun un projet de centrale photovoltaïque de 500 mégawatts, associé à un système de stockage par batteries de 500 mégawattheures.

Le projet est porté par Okavango Solar, en partenariat avec Botswana Power Corporation, la compagnie nationale d’électricité. Il doit être développé selon le modèle de producteur indépendant d’électricité, ou IPP : une entreprise privée finance, construit et exploite la centrale, puis vend l’électricité à un acheteur public dans le cadre d’un contrat de long terme.

La production sera vendue à Botswana Power Corporation pendant 30 ans. Les batteries doivent stocker l’électricité produite durant la journée et la restituer lors des périodes de pointe, notamment le soir et au petit matin. Cette combinaison répond à une difficulté centrale du solaire : produire beaucoup lorsque la demande est parfois plus faible.

Le projet de Maun s’inscrit dans un accord plus large entre le Botswana et Oman. Celui-ci prévoit l’étude de projets solaires, éoliens et de stockage pouvant atteindre une capacité cumulée de 3 gigawatts. À terme, Gaborone veut porter la part des renouvelables à 50 % de son bouquet électrique d’ici 2030.

Cette ambition arrive alors que le pays renforce progressivement ses premières centrales solaires de grande taille. Le complexe de Mmadinare, développé par le groupe norvégien Scatec, a atteint une capacité totale de 120 MW en décembre 2025, après la mise en service de sa seconde tranche de 60 MW. L’électricité est vendue à Botswana Power Corporation dans le cadre d’un contrat d’achat de 25 ans.

L’Angola ouvre un autre front pour l’investissement omanais

Le 18 septembre 2026, OQ Alternative Energy, filiale du groupe énergétique public omanais OQ, a signé avec le ministère angolais de l’Énergie et de l’Eau un protocole de coopération. Le document prévoit d’évaluer le développement d’environ 500 MW de capacités renouvelables, accompagnées d’un système de stockage par batteries.

À ce stade, il ne s’agit pas encore d’une décision finale d’investissement. Les études techniques et commerciales doivent déterminer la faisabilité du projet, son coût, son calendrier et les conditions de raccordement au réseau. OQ n’a pas communiqué de montant ni de date de mise en service.

L’accord prévoit toutefois un développement sous modèle IPP. En Angola, cette formule doit permettre d’attirer des capitaux privés dans un secteur encore largement dominé par les investissements publics et les grands projets hydroélectriques.

Le pays dispose d’un potentiel solaire considérable, mais son système électrique reste marqué par de fortes disparités territoriales. Luanda et les principaux centres urbains concentrent les infrastructures les plus solides. Dans plusieurs provinces, l’accès au réseau demeure plus limité. Des capacités renouvelables décentralisées pourraient donc compléter les grands projets raccordés au réseau national.

Le protocole consacré aux renouvelables a été signé parallèlement à un autre accord entre OQ et Sonangol, la compagnie pétrolière nationale angolaise. Celui-ci couvre notamment l’exploration pétrolière et gazière, le gaz naturel liquéfié, les engrais et la pétrochimie. La démarche omanaise combine ainsi transition énergétique et coopération sur les filières conventionnelles.

Un marché africain encore jeune, mais plus ouvert

Le Botswana et l’Angola présentent un point commun : ils ouvrent progressivement leur production électrique aux producteurs indépendants. Cette évolution modifie le rôle des compagnies nationales. Elles restent souvent les acheteurs de l’électricité, mais ne financent plus seules l’ensemble des centrales.

Le modèle offre des avantages. Il peut accélérer la construction des infrastructures et répartir le risque financier entre plusieurs acteurs. Cependant, il exige des contrats solides, des garanties publiques et une capacité de paiement suffisante de la compagnie acheteuse. Le prix de l’électricité, la stabilité réglementaire et l’accès au réseau restent donc déterminants.

Pour les populations, l’impact dépendra moins de la puissance annoncée que de la capacité réelle des projets à réduire les coupures et à améliorer l’accès. Au Botswana, Maun et les zones du nord pourraient bénéficier d’un approvisionnement plus stable. En Angola, l’effet dépendra du lieu d’implantation et de la qualité des lignes de transport vers les provinces.

Les bénéfices économiques seront eux aussi inégaux. Les grands projets créent des emplois pendant la construction et peuvent faire émerger des services locaux. En revanche, les compétences techniques, la maintenance et la fabrication des équipements resteront largement dépendantes de partenaires étrangers si les dispositifs de transfert de savoir-faire ne sont pas précisés.

Oman face aux acteurs émiratis et saoudiens

Oman arrive sur un marché où ses voisins du Golfe disposent déjà d’une avance importante. Masdar, entreprise basée aux Émirats arabes unis, développe des projets dans plusieurs pays africains. AMEA Power, autre groupe émirati, revendique également un portefeuille de projets dans une vingtaine de marchés.

L’Arabie saoudite s’appuie pour sa part sur ACWA Power, déjà implantée au Maroc, en Égypte et en Afrique du Sud. Ces groupes disposent d’équipes locales, de références opérationnelles et d’un accès établi aux grands bailleurs et aux marchés financiers.

La stratégie omanaise devra donc se distinguer. Le sultanat peut miser sur des partenariats d’État à État, sur le stockage et sur des projets combinant énergie solaire, éolienne et réseaux. Cette approche peut répondre aux besoins de pays qui cherchent à réduire leur dépendance aux importations, sans renoncer à la maîtrise publique de leurs infrastructures stratégiques.

La prochaine étape sera décisive. Au Botswana, il faudra suivre le financement et le calendrier de construction de Maun. En Angola, les études de faisabilité diront si le protocole débouche sur une centrale concrète. À l’échelle régionale, ces deux projets montreront surtout si les investisseurs du Golfe peuvent transformer leurs annonces africaines en capacités électriques effectivement livrées.