Former des soignants ne suffit pas
À Niamey, le Niger continue d’élargir le vivier de ses futurs soignants. Mais le vrai test n’est pas le nombre de diplômes délivrés. Il se joue dans les villages, les centres de santé éloignés et les hôpitaux où chaque poste vacant se voit immédiatement sur la prise en charge.
Dans un pays où la population progresse vite et où les distances compliquent l’accès aux soins, la question n’est plus seulement de former. Il faut aussi retenir, répartir et encadrer les professionnels. Sans cela, l’effort de certification reste utile, mais incomplet.
Cette dynamique s’inscrit dans le cadre du Plan de Développement Sanitaire et Social 2022-2026, articulé avec les orientations nationales de développement, et dans une région ouest-africaine où les États cherchent à renforcer des systèmes de santé fragilisés par la pression démographique, les mobilités et les inégalités territoriales. Le Niger n’évolue donc pas en marge de cette crise des ressources humaines : il en est l’un des points les plus sensibles.
Une session 2026 plus large, mais un déficit qui persiste
Le ministère nigérien de la Santé a installé, à Niamey, la commission nationale chargée d’organiser l’Examen unique de certification en santé, édition 2026. Cette session doit réunir 9 143 candidats issus de 60 établissements publics et privés. Le dispositif existe depuis 2011 et a pris une place centrale dans la validation des formations sanitaires au Niger.
L’édition 2025 avait déjà mobilisé 8 910 candidats, avec un taux de réussite annoncé à 88,99 %. En 2023, ce taux était de 85,40 %. Ces chiffres montrent une montée en puissance régulière de la certification. Ils traduisent aussi l’essor des écoles de santé, publiques comme privées, dans un pays qui cherche à élargir sa base de formation.
Pour autant, l’amélioration du flux d’entrée ne règle pas la pénurie de sortie. L’Organisation mondiale de la Santé estime la densité du personnel de santé au Niger à 0,25 agent pour 1 000 habitants, soit le niveau le plus faible de la Région africaine de l’OMS. Le seuil généralement évoqué par l’OMS pour couvrir les services essentiels est de 44,5 soignants pour 10 000 personnes, un repère que le pays reste très loin d’atteindre.
Autrement dit, le Niger forme davantage, mais l’écart structurel demeure immense. Le système produit des diplômés, sans encore produire une couverture suffisante sur l’ensemble du territoire.
Le vrai problème est celui de la rétention et de la répartition
Le déficit ne s’explique pas par une seule cause. D’abord, la croissance démographique absorbe rapidement les gains obtenus par les nouvelles promotions. Ensuite, les départs vers d’autres marchés de travail privent le pays d’une partie de ses profils qualifiés. Enfin, la couverture territoriale reste très inégale, avec une présence plus forte dans les centres urbains que dans les zones rurales.
Le Niger est un pays vaste, peu dense et fortement rural. Cela pèse lourd sur l’organisation sanitaire. Une étude de la Banque mondiale publiée en 2022 indiquait que près d’un Nigérien sur deux vit à plus de cinq kilomètres de la structure de santé la plus proche. Dans un tel contexte, la formation seule ne suffit pas. Il faut des postes, des logements, des équipements, des routes praticables et une gestion des affectations qui tienne compte des écarts entre Niamey et les régions.
Le gouvernement dit viser, dans son plan sanitaire 2022-2026, un doublement de la densité de personnel qualifié, de 0,4 à 0,8 soignant pour 1 000 habitants. L’objectif est clair. Mais il met surtout en lumière l’ampleur du retard. Même doublé, le ratio resterait très en dessous des niveaux nécessaires pour assurer une couverture satisfaisante.
Le sujet touche aussi l’économie réelle. Quand un centre de santé fonctionne mal, les ménages dépensent davantage pour se déplacer, se soigner ou attendre. Les femmes enceintes, les enfants et les habitants des zones reculées en paient le coût le plus immédiat. Dans les zones rurales, la faiblesse des effectifs réduit la continuité des soins. Dans la capitale, la pression se concentre sur quelques structures déjà saturées.
Le Niger a donc intérêt à traiter la certification comme un maillon d’une chaîne plus large. Former, oui. Mais aussi recruter, fidéliser, déployer et suivre. Sans politique de maintien en poste, les efforts de l’État nourrissent surtout le papier administratif.
Un enjeu nigérien, mais aussi continental
La situation du Niger résonne bien au-delà de ses frontières. Le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique rappelle que le continent reste confronté à une pénurie massive de personnels de santé, avec des tensions fortes sur les métiers de base, les sages-femmes et les infirmiers. Le problème est général, mais il frappe plus durement les pays où les ressources publiques sont limitées et où la population croît rapidement.
C’est pourquoi la question de la certification ne peut pas être lue comme une simple affaire académique. Elle renvoie à la souveraineté sanitaire, à la capacité d’un État à garder ses compétences et à la possibilité, pour chaque région, de disposer d’un minimum d’agents qualifiés. Dans l’espace ouest-africain, ce sujet est aussi lié aux mobilités professionnelles, à l’attractivité des systèmes nationaux et aux écarts d’investissement entre pays voisins.
Le Niger se retrouve ainsi à l’intersection de plusieurs urgences : organiser des examens crédibles, améliorer la qualité des formations, mais aussi rendre le métier viable. Le calendrier de l’édition 2026 de l’EUCES dira si l’appareil de certification continue de monter en cadence. Le reste se jouera sur le terrain, dans les districts sanitaires, où la promesse d’une meilleure couverture se mesure en présence réelle, pas en seule capacité d’examen.