Pour les habitants du Sahara occidental, l’enjeu des négociations ne se limite pas au choix d’un dispositif institutionnel. Il porte aussi sur la possibilité de peser sur le statut futur du territoire. À Rabat, le Maroc défend une autonomie sous sa souveraineté. Le Front Polisario réclame, lui, l’autodétermination des Sahraouis.
Un dialogue relancé, sans accord sur l’issue
Après plusieurs années sans discussions directes, trois séries de pourparlers ont réuni au début de 2026 le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. Les rencontres se sont tenues à Washington les 18 et 19 janvier, à Madrid les 8 et 9 février, puis de nouveau à Washington les 23 et 24 février, selon le compte rendu du rapport annuel du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, daté du 1er octobre. Le document porte la cote S/2026/781.
Les échanges ont abordé des pistes concrètes, dont une version approfondie du projet marocain d’autonomie présenté en 2007, ainsi qu’un possible conseil et un accord-cadre de transition. Ces pistes restent des propositions discutées : elles ne constituent ni un accord conclu ni la preuve que les participants ont accepté une transition. Les positions sur la souveraineté et l’autodétermination demeurent en désaccord.
La reprise des pourparlers s’inscrit dans le cadre fixé par la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025. Celle-ci place le plan marocain d’autonomie au centre des négociations, tout en visant une issue mutuellement acceptable et en réaffirmant l’autodétermination. Le Front Polisario continue de défendre un référendum, tandis que l’Algérie conteste le cadrage de la résolution. La mission onusienne, la MINURSO, reste chargée du dossier depuis 1991.
Deux rythmes diplomatiques, un même obstacle
Le rapport de Guterres souligne le besoin de poursuivre les échanges et de consolider la confiance. Cette démarche graduelle contraste avec l’urgence diplomatique affichée par Washington, qui a contribué à réunir les parties et à élaborer, avec l’ONU, un projet d’accord-cadre. L’écart porte donc sur le rythme et la méthode, pas sur l’existence d’un compromis déjà trouvé.
La médiation américaine a donné une impulsion aux rencontres. Mais trois cycles de discussions n’ont pas suffi à rapprocher les parties sur les questions centrales. Le manque de confiance, particulièrement entre le Maroc et le Front Polisario, reste un obstacle. Un calendrier accéléré peut maintenir les négociateurs autour de la table ; il ne règle pas, à lui seul, le désaccord politique.
Le rapport recommande également de prolonger d’un an le mandat de la MINURSO, jusqu’au 31 octobre 2027. Le Conseil de sécurité doit examiner l’avenir de la mission en octobre. Cette échéance donne au débat une portée immédiate : les membres devront décider du mandat de l’ONU alors que le processus politique reprend, mais sans règlement en vue.
Le consentement des Sahraouis au cœur du débat
La manière de consulter les Sahraouis constitue un point déterminant. Le secrétaire général insiste sur la nécessité d’une consultation significative autour de tout accord éventuel et de garanties internationales pour sa mise en œuvre. Cela ne tranche pas la forme de cette consultation. Le Front Polisario défend un référendum d’autodétermination ; le Maroc présente l’autonomie comme une solution politique possible sous sa souveraineté.
Ces divergences ont des conséquences concrètes. Un accord sur les institutions, le partage des ressources ou les arrangements de sécurité toucherait les populations vivant dans le territoire, mais aussi les Sahraouis déplacés et leurs familles. Les modalités de représentation et de participation pèseraient sur la légitimité de tout règlement. Les discussions sur une transition ne peuvent donc être confondues avec une transition déjà acceptée par les personnes concernées.
Le contexte régional complique encore la négociation. Le différend nourrit depuis des décennies les tensions entre le Maroc et l’Algérie, deux acteurs majeurs d’Afrique du Nord. La Mauritanie participe aux échanges en tant que voisine directement concernée. L’Union du Maghreb arabe, cadre régional auquel appartiennent les trois pays, n’a pas permis de résoudre ce contentieux. L’impasse diplomatique pèse ainsi sur une coopération régionale déjà limitée.
La MINURSO et le Conseil de sécurité sous pression
Le débat ne concerne pas seulement le texte d’un futur accord. Il porte aussi sur le rôle de la MINURSO si les négociations évoluent. Les États-Unis ont demandé une réduction importante de la mission, tandis que Guterres recommande de maintenir son mandat jusqu’à fin octobre 2027. Le renouvellement préserverait une présence onusienne pendant la poursuite des pourparlers ; il ne préjuge pas de leur résultat.
Au Conseil de sécurité, les positions des membres influencent le cadre de négociation, mais ne remplacent pas l’adhésion des parties ni la consultation des Sahraouis. En octobre, le vote sur la mission permettra de mesurer si les membres privilégient la continuité du dispositif ou une révision de son rôle. La résolution de 2025 a renforcé la place du plan d’autonomie dans les discussions, sans effacer le désaccord sur l’autodétermination.
Le dossier dépasse ainsi la relation entre Rabat et le Front Polisario. Pour l’Afrique du Nord, il engage la stabilité des relations entre le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie. Pour l’Union africaine, il rappelle qu’un appui diplomatique ou une formule institutionnelle ne règle pas la question de la participation des Sahraouis. La prochaine étape sera double : le Conseil décidera du mandat de la MINURSO, tandis que les négociateurs devront préciser si les propositions de transition peuvent rapprocher les positions, sans présenter comme acquis un accord qui n’existe pas.