Pour une femme qui subit des violences, demander de l’aide peut être aussi difficile que nécessaire. À Yaoundé, un dispositif installé à l’hôpital Jamot cherche à réduire un obstacle immédiat : le coût d’une première consultation et, lorsque cela s’impose, d’une hospitalisation en santé mentale.
À Jamot, un accueil gratuit pour commencer à parler
L’hôpital Jamot est un établissement public spécialisé en santé mentale. Un espace d’écoute et de consultation y accueille en priorité des personnes confrontées à des violences, notamment des femmes et des jeunes. Les consultations et les hospitalisations concernées sont prises en charge par la Fondation Françoise Puene pour la liberté, selon les informations communiquées par l’équipe du service.
Le registre de suivi a été ouvert le 8 juillet 2025. Le psychiatre Kamga Olen Jean-Pierre indiquait alors que treize personnes y avaient été inscrites. Ce chiffre ne mesure pas la fréquence des violences au Cameroun : il compte uniquement les personnes reçues dans ce dispositif depuis son ouverture. La peur des représailles, la stigmatisation ou la dépendance économique peuvent empêcher certaines victimes de chercher de l’aide.
Le service propose une écoute et un accompagnement psychologique. Il peut aussi orienter les personnes vers une prise en charge plus poussée. Cette porte d’entrée médicale ne remplace toutefois ni une protection contre l’auteur des violences, ni un hébergement d’urgence, ni un accompagnement juridique. Ces réponses doivent pouvoir se compléter pour éviter qu’une victime soit laissée seule après sa première démarche.
Des violences peu visibles, un accès aux recours inégal
Le dispositif s’inscrit dans un contexte où les associations camerounaises alertent depuis plusieurs années sur les violences conjugales et les féminicides. Les chiffres disponibles ne couvrent pas toujours les mêmes périodes ni les mêmes définitions. Ils doivent donc être lus avec prudence. Un rapport publié par le système des Nations unies au Cameroun fait état de 77 femmes tuées en 2024 dans des féminicides. Ce bilan souligne l’ampleur du problème, mais ne rend pas compte à lui seul des violences psychologiques, physiques ou sexuelles qui ne conduisent pas à la mort.
Les obstacles ne sont pas identiques pour toutes. À Yaoundé, la proximité d’un hôpital spécialisé peut faciliter une consultation, mais les frais de transport et la crainte d’être reconnue restent des freins possibles. Hors de la capitale, la distance jusqu’à un service adapté peut compliquer davantage le suivi. Pour les femmes dépendantes financièrement de leur conjoint ou de leur famille, partir, porter plainte ou poursuivre des soins peut aussi menacer les ressources du foyer.
Les conséquences dépassent la santé individuelle. Des violences répétées peuvent affecter la capacité à travailler, à étudier et à prendre soin de ses enfants. Le soutien psychologique compte donc, mais son efficacité dépend aussi de relais concrets : soins physiques, protection, aide sociale et accès à la justice. La gratuité annoncée à Jamot réduit un obstacle précis. Elle ne garantit pas, à elle seule, la continuité de toutes ces réponses.
Écouter, protéger et rendre les recours accessibles
Lors d’une rencontre organisée autour des féminicides, une jeune femme prénommée Marguerite a raconté avoir été isolée par son mari et avoir craint qu’il ne l’étrangle. Elle expliquait espérer trouver, dans les échanges, un appui pour se remettre de ses blessures psychologiques. Son témoignage illustre l’importance d’un accueil où la parole peut être entendue sans jugement. Il ne permet pas, à lui seul, de tirer des conclusions sur la fréquence de ces situations.
Des pratiquantes d’arts martiaux ont également participé à la sensibilisation. Leur message associait l’apprentissage de gestes de défense à la recherche d’aide, plutôt qu’à l’affrontement. Cette distinction est essentielle : la responsabilité des violences incombe à leurs auteurs. La prévention et la protection ne peuvent reposer sur les seules victimes, ni faire de l’autodéfense un substitut aux institutions chargées de les protéger.
La fondatrice de l’ONG, la sénatrice Françoise Puene, a appelé les femmes à dénoncer les violences et à ne pas craindre la stigmatisation. Cet appel pose une condition décisive : la confiance dépend de la réponse qui suit le signalement. Les victimes doivent pouvoir être orientées sans exposition inutile, accéder à des soins et obtenir une protection adaptée. Sans garanties concrètes, demander de parler peut sembler risqué.
Un réseau de prise en charge encore à consolider
Le projet de Maison de l’espoir annoncé à Yaoundé vise à offrir un hébergement temporaire et une formation professionnelle à des femmes victimes de violences. Il pourrait compléter l’accueil médical si ses modalités, ses capacités et ses conditions d’accès sont précisées. L’accompagnement vers l’autonomie économique peut aider certaines femmes à reprendre des choix. Il ne doit cependant pas détourner l’attention de l’obligation de prévenir les violences et de répondre aux actes commis.
Depuis, une autre initiative a renforcé l’offre autour de l’hôpital Jamot : en novembre 2025, l’UNFPA a annoncé l’ouverture à Yaoundé d’un centre de prise en charge holistique des violences basées sur le genre, développé avec le Centre AFIRI et l’hôpital. Cette structure, présentée comme un guichet regroupant plusieurs services, constitue une évolution distincte du dispositif soutenu par la Fondation Puene. Les deux démarches montrent l’intérêt de rapprocher les soins et l’accompagnement, mais leur articulation et leur capacité à répondre aux besoins hors de Yaoundé restent des enjeux à suivre.
Le cadre régional compte également. Le Cameroun appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui regroupe six pays autour d’une coopération économique et monétaire. La lutte contre les violences faites aux femmes relève d’abord des politiques nationales, mais les échanges régionaux sur les services de santé, la protection et la collecte de données peuvent contribuer à améliorer les réponses. Pour les Camerounaises, l’enjeu immédiat demeure plus concret : pouvoir accéder à une aide confidentielle, abordable et suivie, dans la capitale comme dans les régions.
Les informations de l’UNFPA sur le centre de prise en charge à Yaoundé et le rapport des Nations unies au Cameroun documentent les développements récents et les données disponibles.