À Madaouela, dans la région d’Agadez, le Niger ne cherche pas seulement à rouvrir un projet minier. Niamey tente de reprendre une place plus importante dans une filière stratégique, tout en négociant une part accrue des revenus et des décisions.
Un projet relancé après une période de tension
Le projet d’uranium de Madaouela a franchi une nouvelle étape en septembre 2026. L’État nigérien détient désormais 40 % de la future société d’exploitation. Le groupe australien Atomic Eagle conserve 60 % et reste chargé du développement technique et commercial du site.
Cette nouvelle répartition met fin à plusieurs années de désaccord entre Niamey et l’ancien détenteur du projet, alors connu sous le nom de GoviEx. Le permis d’exploitation avait été accordé en 2016. Le différend s’était ensuite déplacé sur le terrain juridique et financier, avant l’ouverture de négociations destinées à préserver le projet.
Le compromis prévoit une nouvelle convention minière et la reprise des travaux d’évaluation. Il ne signifie toutefois pas que la production commencera prochainement. Les prochaines études devront encore confirmer les ressources, les coûts et la faisabilité industrielle du site.
Pourquoi le scénario initial est remis à plat
Une étude de faisabilité réalisée en 2022 prévoyait une production moyenne de 2,67 millions de livres d’oxyde d’uranium par an pendant dix-neuf ans. Atomic Eagle examine désormais un développement plus vaste que celui retenu dans ce premier scénario.
La révision doit notamment étudier une usine capable de traiter davantage de minerai. Elle portera aussi sur l’utilisation combinée de mines à ciel ouvert et de galeries souterraines. Certaines zones minéralisées, écartées du précédent plan, pourraient être intégrées si leur exploitation devient rentable.
Le groupe australien justifie cette nouvelle analyse par l’évolution des prix. Le précédent modèle retenait une hypothèse de 55 dollars par livre d’oxyde d’uranium. Fin août 2026, l’indicateur cité pour les contrats d’approvisionnement atteignait 96,50 dollars. Cette différence peut améliorer la rentabilité de volumes auparavant considérés comme trop coûteux à extraire.
Elle ne garantit cependant ni une hausse de la production ni un bénéfice automatique. Les coûts de l’énergie, de l’eau, des équipements, de la sécurité et du transport pèseront directement sur le résultat final.
Une filière nigérienne en net recul
Le redimensionnement de Madaouela intervient alors que la production d’uranium du Niger a fortement diminué. Les données de la World Nuclear Association font état de 4 116 tonnes d’uranium produites en 2015, contre 962 tonnes en 2024.
Une autre série statistique, publiée par la BCEAO dans son bilan régional, retient 1 031 tonnes pour 2024. Cette différence tient aux méthodes de compilation et aux périodes de référence. Dans les deux cas, la tendance est identique : la production nigérienne reste très inférieure à son niveau de la décennie précédente.
Le Niger a ainsi perdu sa position de premier producteur africain d’uranium en 2016. La Namibie occupe désormais une place dominante sur le continent. Pour Niamey, Madaouela représente donc à la fois un projet industriel et un moyen de diversifier une filière longtemps concentrée sur un nombre limité d’exploitations.
La question dépasse les volumes extraits. Elle concerne aussi la transformation des ressources en recettes publiques, en emplois qualifiés et en contrats pour les entreprises nigériennes. La participation de l’État ne produira des revenus importants que si la mine entre effectivement en production et si le partage des charges reste soutenable.
Le financement sera le premier test politique
Les 40 % détenus par l’État nigérien ne sont pas entièrement gratuits. Quinze points de participation ne nécessitent pas de contribution financière directe. Les 25 points restants obligent en revanche Niamey à participer aux futures levées de fonds.
Atomic Eagle a prévu un crédit de 40 millions de dollars pour couvrir les premières contributions attendues. Ce mécanisme donne du temps au Niger, mais il ne règle pas la question du financement à long terme. La construction d’une mine et d’une usine exige des capitaux bien supérieurs aux premières avances.
La capacité de Niamey à financer sa part déterminera donc la réalité de son influence dans le projet. À défaut, l’État pourrait conserver une participation sur le papier tout en disposant d’une marge limitée sur les décisions opérationnelles et sur le calendrier des investissements.
Le contenu local constituera un autre indicateur. Les autorités nigériennes devront préciser la place des entreprises nationales, les formations proposées aux travailleurs et les marchés accessibles aux sous-traitants. Dans la région d’Agadez, l’enjeu sera de transformer l’activité minière en retombées durables, au-delà des emplois directement créés sur le site.
Un corridor logistique encore vulnérable
Madaouela se situe loin des ports maritimes. Le transport de l’uranium et l’acheminement des équipements dépendront donc de corridors terrestres fiables. La fermeture prolongée de la frontière entre le Niger et le Bénin a fragilisé l’itinéraire reliant Niamey au port de Cotonou.
Ce corridor constitue historiquement l’un des principaux débouchés commerciaux du Niger. Son interruption oblige les opérateurs à envisager des routes alternatives, notamment par le Togo et le Burkina Faso. Ces itinéraires allongent les distances et peuvent accroître les coûts, les délais et les risques sécuritaires.
La reprise de Madaouela devra donc être coordonnée avec la diplomatie régionale. La relation entre le Niger et ses voisins, notamment au sein de la CEDEAO — l’organisation ouest-africaine chargée de favoriser la coopération économique et la libre circulation — reste un facteur concret de compétitivité minière.
Les prochaines échéances à surveiller
Atomic Eagle prévoit une nouvelle estimation des ressources selon le code australien JORC au quatrième trimestre 2026. Ce référentiel encadre la présentation des ressources et des réserves minières. Une étude économique préliminaire est ensuite attendue au premier trimestre 2027.
Ces deux étapes permettront de vérifier si le scénario élargi repose sur des ressources suffisantes et sur des coûts compatibles avec le marché. Elles devront aussi préciser les besoins en énergie, en eau, en routes et en équipements.
Pour le Niger, Madaouela ouvre une possibilité, mais pas encore une garantie. Le projet peut renforcer la participation de l’État dans une ressource stratégique. Il peut également soutenir l’économie d’Agadez et diversifier les recettes minières. Toutefois, le financement, la logistique, la sécurité et la capacité à développer un tissu industriel local décideront de sa portée réelle.
À l’échelle ouest-africaine, le dossier rappelle enfin qu’une mine ne se résume pas à son gisement. Son avenir dépend aussi des frontières, des ports, des accords régionaux et de la capacité des États à négocier une meilleure valeur ajoutée pour leurs populations.