Un fichier électoral à reconstruire avant le prochain cycle politique

À Antananarivo, le chantier électoral ne ressemble pas à une simple opération administrative. Il conditionne la suite du calendrier politique malgache, alors que la transition doit mener, d’ici 2027, à un référendum constitutionnel puis à une présidentielle. Dans un pays où chaque scrutin pèse lourd sur la stabilité nationale, la qualité de la liste électorale devient un enjeu de confiance, de représentation et de légitimité.

La Commission électorale nationale indépendante, la Céni, a lancé le 28 juillet 2026 la révision complète du fichier électoral à Madagascar. L’opération doit courir jusqu’au 25 avril 2027, selon les indications rendues publiques par l’institution. Elle s’inscrit dans un processus plus large de refondation politique, déjà suivi de près par la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui reste impliquée dans la transition malgache.

Pourquoi la Céni mise sur une refonte complète

Le fichier électoral actuel est contesté depuis des années. La Céni estime qu’il n’est plus crédible, en raison de doublons, de numéros de carte d’identité nationale identiques et d’électeurs fantômes liés à l’usage d’ordonnances électorales. La nouvelle révision doit donc recenser les Malgaches en âge de voter, puis établir une base plus solide pour les scrutins de 2027.

Le dispositif annoncé repose sur plusieurs canaux. Des agents se rendront dans les ménages, les inscriptions passeront aussi par les fokontany, ces plus petites subdivisions administratives du pays, et une partie du processus pourra être effectuée en ligne. La Céni prévoit également un contrôle technique du fichier, avec des acteurs nationaux et internationaux, ainsi qu’une participation des partis politiques et de la société civile à la CLRE, la commission locale de révision électorale.

Le chantier a une dimension financière importante. La CénI évoque 34,5 milliards d’ariary, inscrits dans la loi de finances 2026, et dit disposer d’un budget jugé suffisant. Cette enveloppe doit couvrir une opération longue, exigeante et politiquement sensible, dans un pays où la moindre faille de procédure alimente vite les accusations de partialité.

Une transition encore sous supervision régionale

La refonte électorale n’avance pas dans un vide institutionnel. La SADC suit toujours la situation malgache. En décembre 2025, ses chefs d’État et de gouvernement ont salué le retour au calme à Madagascar, pris acte du lancement d’une concertation nationale et demandé au gouvernement de transition de remettre un projet de feuille de route nationale. Ils ont aussi réaffirmé leur soutien à un dialogue inclusif, porté par les Malgaches eux-mêmes.

Ce cadrage régional compte. La SADC a déjà envoyé une mission technique d’établissement des faits à Madagascar et prévoit d’accompagner les réformes politiques, constitutionnelles et électorales. Autrement dit, la refonte de la liste n’est pas seulement un dossier de gestion publique ; elle s’inscrit dans un ensemble de garanties attendues par les partenaires régionaux avant tout retour durable à une compétition électorale reconnue.

Sur le plan institutionnel, la Céni estime qu’elle doit encore gagner en indépendance. Son président, Thierry Rakotonarivo, juge qu’il faut renforcer son autonomie financière, revoir certaines règles comme les cautions exigées des candidats, et lui donner davantage de pouvoir sur le calendrier électoral. Pour l’heure, l’institution propose un chronogramme, mais la date finale relève encore du gouvernement. C’est l’un des nœuds du débat malgache : disposer d’un organe électoral crédible, sans lui donner une autonomie pleine et entière.

Ce que cela change pour les électeurs et pour les acteurs politiques

Pour les électeurs, l’enjeu est simple : être inscrits sans obstacle, sans doublon et sans dépendre de procédures opaques. Pour les partis, la refonte peut rebattre les cartes, car un fichier plus rigoureux réduit les marges de contestation après le vote. Pour la société civile, c’est aussi un test : la transparence annoncée sera jugée à l’aune de l’accès aux données, de la présence des observateurs et de la rapidité du traitement des réclamations.

Le calendrier ajoute une pression supplémentaire. La Céni a laissé entendre, dans la presse locale, qu’un référendum pourrait se tenir en juin 2027 et la présidentielle en octobre 2027. Cette séquence suppose que la refonte soit achevée à temps, puis que la concertation nationale promise par les Églises chrétiennes et les acteurs politiques aboutisse à des choix clairs sur les règles du jeu. Or, à ce stade, ce dialogue n’a pas encore de date publique ferme.

Dans la capitale comme dans les régions, la différence sera aussi logistique. À Antananarivo, l’accès aux plateformes numériques peut faciliter l’enrôlement. Dans les zones plus éloignées, la présence effective des agents, des fokontany et des structures locales restera décisive. C’est souvent là que se joue, en silence, la crédibilité d’un fichier électoral : dans la capacité de l’État à aller vers les citoyens, et non l’inverse.

Un signal à l’échelle de l’Afrique australe

Madagascar n’est pas un cas isolé. Dans l’espace SADC, la qualité des listes électorales, l’indépendance des commissions et la prévisibilité des calendriers restent des critères centraux de stabilité politique. Le dossier malgache rappelle qu’une transition réussie ne dépend pas seulement d’une date de scrutin, mais d’une chaîne complète : recensement, concertation, règles électorales, supervision et acceptation des résultats.

Le prochain point de vigilance sera donc double : l’avancée concrète du recensement jusqu’en avril 2027, puis l’articulation entre la concertation nationale, la réforme constitutionnelle et la présidentielle annoncée pour la même année. Si ce calendrier tient, il pourrait ouvrir une sortie de transition plus lisible. S’il se grippe, la question de la légitimité institutionnelle reviendra aussitôt au premier plan.