À Lagos, Abuja ou dans les villes secondaires du Nigeria, une coupure d’électricité peut arrêter une chaîne de froid, retarder une production ou obliger un commerce à faire tourner un générateur. Pour les entreprises, la question n’est donc pas seulement de trouver une énergie plus propre : il s’agit d’obtenir un courant fiable sans alourdir des coûts déjà élevés.

Un marché façonné par les limites du réseau

Le solaire décentralisé répond à cette demande avec des installations placées au plus près des clients. Elles peuvent alimenter une entreprise ou plusieurs bâtiments, avec des batteries et, selon les besoins, un générateur d’appoint. Les mini-réseaux desservent un groupe de consommateurs dans des zones où le réseau national est absent ou insuffisant.

Le Nigeria a commencé à encadrer ces solutions. L’Electricity Act de 2023 reconnaît plusieurs sources de production et ouvre davantage de place aux énergies renouvelables. La Commission nigériane de régulation de l’électricité (NERC) a également adopté des règles propres aux mini-réseaux. Elles couvrent les zones non desservies, mais aussi celles où le réseau existe sans fournir un service adéquat. La loi nigériane sur l’électricité de 2023 et la réglementation de la NERC sur les mini-réseaux constituent ainsi un cadre pour les opérateurs privés.

Les résultats des programmes d’électrification montrent que le modèle n’est plus seulement théorique. La Banque mondiale indique que le Nigeria Electrification Project, conduit de 2018 à 2024, a contribué à installer 125 mini-réseaux et à vendre plus d’un million de systèmes solaires domestiques. Plus de 5,5 millions de Nigérians auraient ainsi obtenu un accès à l’électricité. Ces équipements ne remplacent pas à eux seuls le réseau national, mais ils apportent des solutions complémentaires, notamment dans les communautés rurales et les activités de proximité. Le bilan du programme d’électrification nigérian documente cette progression.

PowerGen mise sur les entreprises et les communautés

Le 17 septembre 2026, All On, investisseur nigérian spécialisé dans l’accès à l’énergie, a annoncé un investissement stratégique dans PowerGen Renewable Energy. Le financement doit soutenir à la fois les installations destinées aux entreprises et les opérations de distribution décentralisée. Selon les informations publiées par Delphos, conseiller financier de PowerGen, le projet pourrait financer jusqu’à 6 000 raccordements et toucher environ 41 000 bénéficiaires au Nigeria.

Ces chiffres décrivent des objectifs annoncés, et non des raccordements déjà réalisés. L’annonce ne précise pas le montant investi ni le calendrier détaillé du déploiement. Elle indique toutefois que l’opération s’inscrit après une levée de fonds réalisée par PowerGen en 2025. La participation d’All On, un acteur local du financement énergétique, apporte au projet un ancrage nigérian. L’annonce de l’investissement dans PowerGen précise les objectifs communiqués.

Pour les entreprises, l’intérêt potentiel tient à la continuité de l’activité. Les systèmes solaires hybrides peuvent réduire le recours au diesel ou à l’essence et limiter l’exposition aux interruptions du réseau. Mais le bénéfice dépend du prix du service, de la capacité des batteries, de la maintenance et de la qualité de l’alimentation pendant les périodes de faible ensoleillement. L’entreprise PowerGen présente ses solutions comme un assemblage de solaire, de stockage et de gestion énergétique ; cette description commerciale ne constitue pas, à elle seule, une garantie de baisse des coûts pour chaque client.

Le financement, point sensible du modèle

Les équipements solaires et les batteries sont souvent importés. Lorsque leur achat ou leur financement est libellé en dollars, une dépréciation du naira peut accroître le coût du projet et fragiliser son remboursement. C’est un enjeu majeur pour les investisseurs, mais aussi pour les clients si cette hausse se répercute sur les tarifs.

La transaction PowerGen remet donc au premier plan la manière dont les risques de change sont répartis entre investisseurs, opérateurs et consommateurs. L’annonce consultée confirme le rôle de Delphos dans la structuration financière, mais ne publie pas les modalités permettant d’évaluer cette protection. Il serait donc prématuré d’affirmer que le risque de change est neutralisé. La présence d’un investisseur nigérian peut rapprocher le financement du marché local, sans résoudre à elle seule les difficultés liées à la monnaie, aux taux d’intérêt ou au coût des équipements.

La question de l’abordabilité reste centrale. Une installation solaire peut demander un investissement initial important, ou entraîner des paiements réguliers dans le cadre d’un contrat de fourniture. Les entreprises disposant d’une activité stable sont mieux placées pour souscrire ces offres que les petits commerces à revenus irréguliers. Dans les zones rurales, un mini-réseau peut rapprocher l’électricité des habitants, mais son équilibre dépend du nombre de clients, de leur consommation et de leur capacité à payer.

Une complémentarité, pas un substitut au réseau

Pour le Nigeria, l’enjeu est de faire coexister investissements décentralisés et amélioration du réseau national. Les mini-réseaux peuvent servir des zones mal desservies et des pôles économiques locaux. Le solaire installé chez les entreprises peut réduire la pression sur l’alimentation électrique nécessaire à leurs activités. En revanche, ces dispositifs ne remplacent pas les investissements dans la production, le transport et la distribution à grande échelle.

La dynamique concerne aussi d’autres marchés ouest-africains, où les entreprises recherchent des moyens de sécuriser leur alimentation électrique. Toutefois, les règles nationales, les monnaies et les structures de marché diffèrent d’un pays à l’autre : un modèle fonctionnel au Nigeria ne se transpose pas automatiquement chez ses voisins. À l’échelle continentale, l’expansion des solutions décentralisées s’inscrit dans un effort plus vaste pour étendre l’accès à l’énergie, notamment par des mini-réseaux et des systèmes solaires autonomes.

Les prochaines étapes seront concrètes : vérifier le nombre de raccordements effectivement réalisés, suivre les tarifs proposés et observer si le financement protège réellement les projets des variations monétaires. Le résultat se mesurera autant dans la continuité du courant pour les entreprises que dans la capacité des ménages et des petits opérateurs à accéder à une énergie fiable et abordable.