Un portefeuille mobile peut recevoir un transfert en quelques secondes. Mais obtenir un crédit adapté, assurer une activité ou épargner dans de bonnes conditions reste une autre étape. C’est sur ce passage des paiements aux services financiers plus complets que se joue désormais une partie de l’inclusion financière en Côte d’Ivoire.

Le 6 octobre 2026, à Abidjan-Plateau, les autorités ivoiriennes ont lancé un projet d’accompagnement des entreprises de finance technologique, ou fintechs. L’initiative veut consolider un secteur déjà visible dans les usages, mais encore confronté à des obstacles de financement, de compétences et de réglementation.

Des usages numériques en forte progression

La Côte d’Ivoire appartient à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), où la BCEAO supervise notamment les services de paiement et la monnaie électronique. Ce cadre régional compte pour les jeunes entreprises : leurs innovations doivent répondre aux besoins locaux tout en respectant des règles communes à plusieurs marchés.

Le projet a été lancé par le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, par l’intermédiaire de l’Agence de promotion de l’inclusion financière de Côte d’Ivoire (APIF-CI). Il bénéficie de l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), dans le cadre du Programme d’appui à l’amélioration du climat des affaires en Côte d’Ivoire, le PACA-CI. L’APIF présente cette initiative comme un accompagnement des capacités techniques et managériales des entreprises fintech.

La progression des paiements numériques fournit un contexte immédiat. Les données attribuées à la BCEAO pour la Côte d’Ivoire indiquent que la densité des points de service de monnaie électronique est passée de 574 pour 1 000 km² en 2019 à 1 325 en 2024. Le taux d’utilisation de ces services serait passé, sur la même période, de 61 % à 84,2 %. Ces indicateurs décrivent une diffusion croissante des services, mais ne signifient pas que chaque personne dispose d’un compte actif ou l’utilise régulièrement.

À l’échelle de l’UEMOA, la banque centrale confirme une hausse de l’activité numérique en 2024 : comptes, points marchands et transactions ont progressé dans l’Union. Ces chiffres régionaux ne doivent toutefois pas être confondus avec les données propres à la Côte d’Ivoire. L’écart rappelle aussi qu’un réseau de points de service et un accès effectif à des produits utiles sont deux réalités différentes.

Au-delà du transfert d’argent

Les autorités veulent aider les fintechs à diversifier leurs offres, encore fortement associées aux paiements et aux transferts. Le potentiel est plus large : faciliter l’épargne, proposer des outils de gestion aux petites entreprises ou améliorer l’accès à certains services financiers. Mais le passage à ces nouveaux produits exige des compétences, des capitaux et un dialogue régulier avec les autorités de supervision.

Lors du lancement, Dely Soumahoro, conseiller technique représentant le ministre, a mis en avant le rôle des technologies mobiles, des données, des plateformes numériques et de l’intelligence artificielle pour réduire les barrières d’accès. Cette déclaration exprime l’ambition publique ; elle ne démontre pas, à elle seule, que les outils concernés sont déjà déployés à grande échelle ou qu’ils profitent de façon égale aux différents publics.

Un diagnostic de la Banque mondiale consacré à l’écosystème ivoirien avait déjà identifié des difficultés de financement, de compétences commerciales et numériques, ainsi qu’un environnement réglementaire complexe pour les jeunes entreprises. Le projet lancé en octobre s’inscrit donc dans une problématique connue. Son enjeu sera de transformer l’accompagnement annoncé en solutions concrètes, adaptées aux entreprises qui n’ont pas les mêmes besoins ni les mêmes capacités.

Les chiffres d’inclusion doivent eux aussi être lus avec précision. L’APIF rapporte, sur la base du Global Findex 2025, un taux de 58 % en 2024, contre 41 % en 2017 et 51 % en 2021. Il s’agit d’un indicateur d’accès aux services financiers, distinct du taux d’utilisation de la monnaie électronique. Les séries et les définitions ne sont donc pas interchangeables.

La moyenne nationale peut également masquer des écarts entre les villes et les zones rurales, entre les femmes et les hommes, ou entre les entreprises formelles et les activités qui fonctionnent surtout en espèces. Dans son rapport sur l’inclusion financière en 2022, l’APIF relevait déjà des différences selon le genre et le lieu de résidence. La couverture numérique ne suffit pas si les coûts, la qualité du réseau, la maîtrise des outils ou les conditions d’accès au crédit restent des freins.

Un test pour l’écosystème régional

Pour les usagers, la question est pratique : les nouveaux services seront-ils accessibles, fiables et abordables ? Pour les petites entreprises, ils pourraient simplifier certains paiements ou la gestion de trésorerie, à condition que les produits répondent à leurs besoins. Pour les fintechs, l’accompagnement devra aussi clarifier les exigences de conformité et faciliter l’accès aux compétences et au financement, sans affaiblir la protection des clients.

La portée dépasse le marché ivoirien. Dans l’UEMOA, des règles monétaires communes et des usages numériques en croissance créent des possibilités de services plus intégrés. La CEDEAO, qui réunit les pays d’Afrique de l’Ouest, constitue un autre espace économique et politique pertinent, mais les cadres de paiement et de supervision ne se confondent pas avec ceux de l’UEMOA. Pour les entreprises, cette distinction est décisive lorsqu’elles envisagent de s’étendre au-delà de leur marché national.

Le lancement du projet marque ainsi une étape institutionnelle, pas encore un résultat mesurable pour les ménages. Les prochains éléments à observer seront les entreprises effectivement accompagnées, les produits développés et leur usage hors des grands centres urbains. La progression de la monnaie électronique a élargi les portes d’entrée ; l’enjeu est maintenant de savoir si l’écosystème pourra les relier à des services financiers plus diversifiés et utiles.

Le projet a été annoncé par les autorités ivoiriennes et son lancement a été rapporté par l’Agence Ivoirienne de Presse. Les indicateurs régionaux de monnaie électronique sont publiés par la BCEAO ; les données de contexte sur les fintechs et l’inclusion proviennent également de l’APIF et de la Banque mondiale. Le communiqué du gouvernement ivoirien sur le projet fintech, le compte rendu de l’Agence Ivoirienne de Presse, le rapport BCEAO sur les services financiers numériques dans l’UEMOA, les indicateurs d’inclusion financière publiés par l’APIF et le diagnostic de la Banque mondiale sur les fintechs ivoiriennes apportent des éléments de vérification et de contexte.