À Kipushi, dans le Haut-Katanga, le zinc est désormais produit à un rythme qui place la mine parmi les grandes exploitations mondiales. Pour la République démocratique du Congo, l’enjeu dépasse le record trimestriel : il s’agit de transformer une hausse rapide des volumes en retombées durables pour l’économie nationale.

Une filière qui change d’échelle

Le 8 octobre 2026, Ivanhoe Mines a annoncé que son concentrateur de Kipushi avait produit 77 147 tonnes de zinc en concentré au troisième trimestre. C’est un record pour le site et une hausse de 10 % par rapport au trimestre précédent. La performance s’explique notamment par une teneur élevée du minerai traité et un taux de récupération record de 96 %, selon les données de l’entreprise.

Ce résultat s’inscrit dans une progression continue depuis la reprise de la production à Kipushi, en 2024. En 2025, la RDC a produit 209 306,58 tonnes de zinc, contre 15 305 tonnes en 2020, d’après les statistiques du ministère des Mines. La mine de Kipushi en a fourni 203 168 tonnes. La Société du Terril de Lubumbashi, liée à l’entreprise publique Gécamines, complète la production en récupérant notamment des métaux dans des résidus métallurgiques.

Il faut distinguer le minerai extrait du métal raffiné. Les chiffres de Kipushi portent sur le zinc contenu dans le concentré, un produit intermédiaire destiné à être traité davantage. Ils ne correspondent donc pas automatiquement à la quantité de zinc raffiné disponible pour les industries. Cette distinction compte lorsqu’on compare les volumes congolais aux statistiques mondiales.

Le zinc sert surtout à protéger l’acier contre la corrosion. Il est utilisé dans la construction, les véhicules et plusieurs équipements industriels. Il entre aussi dans certains alliages et produits chimiques. La demande dépend ainsi de secteurs très différents, des infrastructures aux chaînes manufacturières.

Une place encore modeste dans l’offre mondiale

À l’échelle internationale, la production minière reste dominée par l’Asie et les Amériques. L’édition 2026 des statistiques mondiales de l’US Geological Survey estime la production de 2025 à environ 13 millions de tonnes. La Chine en aurait produit 4,1 millions, le Pérou 1,5 million et l’Australie 1,1 million. Les estimations varient selon les pays et les méthodes de déclaration.

Avec un peu plus de 209 000 tonnes, la RDC reste loin des principaux producteurs nationaux. Mais son volume se rapproche de l’estimation de 230 000 tonnes attribuée à la Suède par l’USGS. Ce rapprochement donne une mesure de la vitesse de la montée en puissance congolaise ; il ne signifie pas que la RDC figure déjà parmi les dix premiers pays producteurs dans toutes les séries internationales.

La progression repose aujourd’hui surtout sur un seul grand site. Cette concentration rend les chiffres nationaux sensibles aux performances de Kipushi, à la disponibilité de l’électricité et au fonctionnement des équipements. Une hausse rapide peut donc coexister avec des risques opérationnels importants. Ivanhoe indique que Kipushi reste exposée à l’instabilité du réseau électrique, même si l’entreprise a renforcé ses capacités de secours.

La mine est exploitée dans le cadre d’un partenariat entre Ivanhoe Mines et Gécamines, l’entreprise publique congolaise. Pour l’État, les enjeux comprennent les recettes fiscales et les revenus liés à sa participation. Pour les travailleurs, les fournisseurs et les entreprises de la région, l’activité peut soutenir des emplois et des commandes locales. Mais ces effets dépendent notamment de la part des biens et services achetés en RDC, de la formation dispensée et du respect des obligations sociales et environnementales.

Les prochains tests : production, données et retombées locales

Ivanhoe vise entre 240 000 et 290 000 tonnes de zinc en concentré à Kipushi en 2026. Le record du troisième trimestre correspond, s’il était maintenu toute l’année, à un rythme annualisé d’environ 309 000 tonnes. Ce calcul est une projection, pas une prévision de production annuelle : les volumes peuvent varier d’un trimestre à l’autre. La société estime néanmoins que la mine est en bonne voie pour atteindre le haut de sa fourchette annuelle.

Pour confirmer une diversification de la filière, la RDC devra aussi développer d’autres activités et mieux documenter son sous-sol. Le 5 octobre 2026, le gouvernement a lancé à Kinshasa le Programme de cartographie géophysique aéroportée et géologique, ou PC2G-RDC. Coordonné techniquement par le Service géologique national du Congo et financé par le Fonds minier pour les générations futures, ce programme vise à améliorer les connaissances disponibles pour l’exploration. Son lancement a été rapporté par l’agence congolaise ACP et le média congolais Actualite.cd.

Cette démarche peut aider à repérer de nouvelles cibles, mais une carte géologique ne garantit ni la découverte d’un gisement exploitable ni son développement. Il faudra des investissements, des études, des infrastructures et des règles de gouvernance lisibles. La question est aussi de savoir si les nouvelles activités renforceront les compétences et les entreprises congolaises, plutôt que de se limiter à l’extraction et à l’exportation de concentrés.

Le dossier concerne également l’Afrique australe. La RDC est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), un cadre de coopération régionale où les infrastructures, l’énergie et les échanges miniers pèsent dans la compétitivité des producteurs. Pour les populations proches des sites, les résultats se jugeront concrètement : emplois, achats locaux, services publics et maîtrise des impacts. À l’échelle nationale, le prochain indicateur sera la production effective de 2026, confrontée aux objectifs annoncés et aux statistiques officielles.